Par Didier A+  A-   28/02/2015 - 09:02
Prise en main du Raspberry Pi 2, un véritable petit ordinateur à 40€
Présenté début février, la seconde version du Raspberry Pi cartonne ! Avec déjà un demi-million d'exemplaires écoulés, c'est surtout Broadcom qui doit se frotter les mains. Car derrière une fondation bienveillante aux vocations pseudo-éducatives, c'est en réalité le fondeur américain qui tire les ficelles et qui conserve jalousement la propriété intellectuelle de cette petite carte, bardée de qualités.

Raspberry Pi 2 : du neuf et du moins neuf


On ne reviendra pas ici sur la genèse sur Raspberry Pi puisque notre dossier « A la découverte du Raspberry Pi reste parfaitement d'actualité. Vous y trouverez d'ailleurs un tutoriel pour y installer XBMC (rebaptisé depuis Kodi) ainsi qu'un tutoriel détaillé pour y installer NOOBS.



Extérieurement, peu de choses différencient vraiment cette nouvelle version des déclinaisons précédentes : nous avons toujours à faire à un circuit électronique de la taille d'une carte de crédit, mais épais d'environ 2 ports USB.


Raspberry Pi 2 (modèle B) à gauche, Pi 1 à droite (modèle B)


C'est vraiment sous le capot que l'on retrouve les deux différences majeures :

- Le CPU est désormais un modèle Broadcom BCM283661 (sur base ARM Cortex-A7 ). Ce modèle se rapproche de ce qu'on retrouve dans les téléphones récent, il héberge ainsi 4 coeurs à 900Mhz, dont la fréquence peut être overclockée jusqu'à 1Ghz sans trop de soucis.



- Enfin, ça n'a l'air de rien, mais le passage de 512Mo à 1Go était très attendu. Difficile en effet de lancer un OS moderne et des applications gourmandes avec quelques centaines de Mo de mémoire vive disponibles. Cette augmentation de la RAM permet également de naviguer confortablement sur internet (on y reviendra)



Pour le reste, ils 'agit stricto-sensu d'un modèle B+ : HDMI, prise stéréo Jack 3,5 mm, Ethernet 10/100 et des dimensions rigoureusement identiques.



L'alimentation est toujours de 600 mA (3 W), ce qui permet de la brancher sur une simple prise USB standard avec une puissance de 2,5Watts.



Enfin, on reste également sur une carte microSD, qui permet de réduire la voilure, mais qui n'est pas sans conséquence pour le configurer. En effet, vous aurez toujours besoin de votre Mac pour pré-charger facilement les OS (au moins le premier), il vous faudra donc un adaptateur microSD sur votre votre lecteur de cartes SD standard.



Comme nous l'évoquions dans notre dossier complet, pour vraiment pouvoir utiliser ce petit ordinateur, il est indispensable de lui adjoindre un écran HDMI, un couple clavier/souris, et une petite carte WiFi (celle-ci est généralement bien reconnue). La facture s'élève donc rapidement, même si vous pouvez aussi reprendre ce matériel d'un vieux PC par exemple.

Enfin un ordinateur vraiment utilisable !


Jusqu'ici, le Raspberry ne prétendait pas réellement rivaliser avec un ordinateur classique. Certes, il était quand-même possible de faire un peu de programmation ou de lancer des fenêtres de Terminal, mais ça s'arrêtait là. La plupart du temps, les Pi sont utilisés pour de petites tâches spécifiques : émulation, récepteur AirPlay, NAS (même si c'est très lent), robotique... Sa capacité à se reprogrammer en un clin d'oeil lui a ouvert les portes de quantité d'applications.



Avec le Raspberry Pi 2, ses fondateurs ont opéré une petite révolution : la puissance de calcul a grimpé d'un facteur 6. Dans les faits, la différence oscille entre x3 et x6 suivant le type de tâche et suivant la capacité du programme à prendre en charge tous les coeurs à la fois. Lorsqu'on sait qu'un Mac gagne en moyenne 10 à 15% de puissance de calcul chaque année, on comprend mieux toute l'excitation après pareille annonce.

Au lancement de Raspbian, une adaptation de Debian pour Raspberry, la différence est fulgurante : tout est fluide, rapide, parfaitement utilisable comme n'importe quel ordinateur sous Linux. On vous conseillera d'ailleurs d'opter pour une carte SD Classe 10 qui écrit au moins à 30 voire 60Mo/s, car sans cela, les accès disque sont rapidement très lents.

Un petit PC pas cher ?

Pour la première fois, je peux le dire, il est possible de naviguer sur internet de façon comparable à un petit ordinateur de bureau, type Core i3. De la puissance de l'iPhone 4 sur le modèle précédent, on adopte ici un CPU comparable à celui de l'iPhone 5s qui serait doté d'1Go de RAM. Pas de quoi lancer le dernier Far Cry (qui ne tourne de toute façon pas sur ARM), mais largement assez pour taquiner Minecraft et même quelques émulateurs de consoles.



Même si Microsoft a annoncé vouloir porter Windows 10 (ARM) sur le Raspberry Pi 2 gratuitement, on ne sait pas si Office sera disponible ou si Redmond prévoit de relancer sa boutique ARM en perte de vitesse depuis l'abandon des Surface RT. Pour autant, acheter un Pi 2 pour remplacer un ordinateur personnel n'est vraiment pas conseillé. Car malgré l'activité de la communauté, cette petite carte ne répond pas à un usage quotidien. La plupart des programmes sont souvent en beta (voire même plutôt en alpha) et l'on est encore loin des standards de qualité de ce qu'on connait sous OS X ou Windows.



Le Pi 2 devrait surtout permettre de rentrer plus confortablement dans certains environnements de découverte, comme les écoles ou les universités. Faire tourner Eclipse, par exemple, est désormais envisageable sans trop de compromis, et le Pi ne se mettra plus à ramper comme un dingue si vous cherchez de la doc sur le web. Notez aussi que des tonnes de petits projets éducatifs ou même collaboratifs voient le jour. Citons par exemple Astro-Pi, qui projette « d'envoyer votre code dans l'espace » avec le partenariat de l'agence spaciale européenne.



Je ne crois pas à une réelle démocratisation dans les usages pour le grand public, car même avec ce surplus de puissance, il restera pour le moment réservé aux geeks et aux curieux, ou à des professionnels qui lui assigneront des tâches très spécifiques. Car même pour de la petite bureautique sous LibreOffice (cf ci-dessous), mieux vaut s'acheter une petite carte-mère X86 avec un Celeron de base, et profiter d'un environnement complet qui a déjà fait ses preuves.



Un mot quand-même à tous ceux pour qui un écran noir avec que du texte -ce qu'on appelle vulgairement une invite de commande ou un Terminal- donne de l'urticaire, il est vrai qu'on ne pourra pas y couper. Mais qu'on se rassure, il y a beaucoup de documentation simple sur internet, et l'installation d'un programme (qui passe souvent par la commande apt-get) ne demande au final qu'à faire un peu de copier-coller depuis une page web.

Quelques programmes utiles


Souvent, l'excitation du novice retombe au moment où il se demande quoi faire de son Raspberry Pi. Car à la sortie de la boite, autant vous le dire tout de suite, il n'y a ni iMovie, ni iPhoto, et aucun clone d'iWork à des kilomètres. On se retrouve face à un OS un peu vide, avec certes quelques interfaces, mais dont la plupart des options sont d'ailleurs accessibles qu'à la ligne de commande. (Pour supprimer ces vilaines marges noires et passer en 1080p, par exemple)



Dans 99% des cas (non en fait, j'en sais rien, mais vous voyez l'idée), la principale motivation consiste à installer XBMC, ce Media Center relativement complet, qui prend d'ailleurs en charge AirPlay audio/vidéo nativement. Accessoirement (ou principalement), il lit évidemment toutes sortes de formats vidéo et surtout ceux des fameuses séries que vous aurez achetées consciencieusement sur des plateformes de VOD, bien entendu.



Si vous êtes un peu aventureux, vous pouvez aussi aller faire un tour dans le (tout petit) Pi Store qui propose... pas grand chose. Les jeux rappellent le System 6 (du Mac) et il n'y a bien que les émulateurs qui présentent un réel intérêt. Quelques utilitaires ici et là, et beaucoup de programmes de geek peu aboutis et sur lesquels on ne s'attardera pas longtemps.

Puisqu'on parle de jeux : l'éditeur de Minecraft a sorti Minecraft: Pi Edition. Oui, MineCraft sur Pi. Le pire, c'est que ça tourne plutôt bien et que c'est nettement plus agréable que sur le petit écran de l'iPhone. Je n'irais pas jusqu'à dire que les 40€ dépensés pour la petite carte se justifient avec ce seul jeu, mais... presque.



Après, il y a le clan des travailleurs. Ceux qui ont décidé qu'il fallait dépenser un minimum pour lancer une suite type Libre Office. Ça tombe bien, cette dernière a été portée sur le Pi et avec ce nouveau modèle, elle fonctionne aux petits oignons. Plus besoin d'attendre 2 ou 3 seconde quand vous modifiez une case dans « Calc » (Excel) ou lorsque vous tapez un texte dans Writer (Word). C'est vraiment utilisable et j'irais même jusqu'à l'installer sur un poste de travail d'une secrétaire (je suis un fou) sans qu'elle s'offusque de la lenteur du programme.



Côté web, ce n'est pas la joie. On est quand-même content de pouvoir télécharger Chromium, seul navigateur vraiment correct sur le Pi 2. On arrive à surfer de manière convenable sur Mac4Ever (un gros site bien chargé, avec plein d'images et de JavaScript) et contrairement au Pi 1.0, on peut réellement envisager de passer de longues heures sur le net sans avoir besoin d'appeler son vieux pote kosovare pour faire passer le temps entre deux chargements.



En cherchant un peu, on déniche aussi quelques clients de messagerie (comme Thunderbird), mais trouver un bon logiciel pour tchatter ou se connecter à Twitter relève du parcours du combattant (pour se finir à relancer ce bon vieux Mac qui boudait dans son coin). De manière générale, vous pouvez toujours vous amuser à recompiler du code OpenSource destiné à Linux (et compilables en ARM), dont certains binaires sont parfois disponibles pour le Pi. Mais c'est vite la galère et pour l'heure, difficile pour les non-initiés (ceux qui ne savent pas compiler) d'utiliser ce petit ordinateur sur internet en dehors de l'aspect découverte.

Je serais en revanche plus optimise pour l'avenir dans la mesure où ce gain de performances va remotiver les troupes à créer des programmes plus complets, maintenant qu'ils deviennent vraiment utilisables. Il ne serait pas impossible que d'ici 3 à 4 ans, NOOBS soit livré avec autre chose que 3/4 apps pseudo-éducatives qui se battent en duel.

En quelques mots...


Alors, faut-il craquer pour ce Raspberry Pi ? Evidemment ! Même sans être un gros geek des cavernes, les curieux un peu débrouillards seront ravis d'arriver à installer un OS sans l'aide de leur pote informaticien. Car c'est ça, aussi, l'intérêt du Raspberry Pi : retourner aux bases de l'informatique et avoir l'impression de bricoler un peu pour arriver à ses fin. Une vision qui peut paraitre à l'opposé de celle d'Apple, où il suffit d'appuyer sur un bouton et de se connecter à iCloud pour pouvoir travailler dans les 10 minutes. Et pourtant, comme je vous le racontais dans mon dossier sur le Raspberry, l'impression est plutôt celle d'être face à une nouvelle ère de l'informatique, où l'ordinateur devient pratiquement invisible (on peut cacher le Pi dans un simple clavier) et où n'importe qui peut créer des trucs formidables avec quelques dizaines d'euros seulement. Ado, j'aurais rêvé de pouvoir faire joujou avec un truc pareil, en attendant de pouvoir travailler l'été et de me payer un MacBook Pro Retina dernier cri.



L'achat d'un Pi n'a donc pas vocation à remplacer votre iMac ou votre Mac mini. Il devient en revanche possible d'en faire une petite station internet pas cher pour une maison de vacances sans trop de frustration. Et si vous n'avez pas de villa en corse, achetez le pour votre gosse de 12 ans qui n'a pas encore le droit d'avoir son propre ordinateur dans sa chambre... Vous avez compris l'idée, le Pi, c'est une petite carte qui ne rentre dans aucune case, mais dont l'usage sera défini par votre seule créativité.

Où acheter ?


Si vous désirez acquérir votre propre Pi, un des meilleurs tarifs en France se trouve chez Materiel.net à 41,99€.

Amazon le vend 50€ environ.

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