Tests

Audio

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !

Par June Cantillon - Publié le

Teufel sort l'artillerie lourde. Avec son Ikonio, le constructeur berlinois délaisse un instant ses barres de son et ses enceintes plus traditionnelles pour investir le segment très disputé des enceintes connectées d'exception. Au programme : 650 W RMS, huit haut-parleurs dont deux volumineux boomers de 20 cm en opposition mécanique, 17,4 kg sur la balance et une descente annoncée à 19 Hz. L'Ikonio vient chasser sans complexe sur les terres des Devialet Phantom et autres Cabasse The Pearl. Nous l'avons poussée dans ses derniers retranchements : voici notre test complet.

Test Enceinte connectée Teufel Ikonio Cabasse Devialet




Teufel à l'assaut du haut de gamme design et sans fil



Dans le paysage audio européen, Teufel occupe une place à part. Fondée à Berlin à la fin des années 70, la marque s'est d'abord fait un nom en vendant des kits d'enceintes en pièces détachées avant de devenir l'un des pionniers de la vente directe en ligne. Depuis, le catalogue s'est étoffé avec un ADN bien trempé : des barres de son immersives, des systèmes home-cinéma certifiés THX et des enceintes Bluetooth festives capables de sonoriser un festival de quartier. L'efficacité acoustique et le rapport performances/prix ont toujours primé sur le snobisme audiophile.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


Mais avec l'Ikonio, Teufel franchit un cap stratégique majeur. Proposée à 1 200€, l'enceinte quitte l'arène du grand public et vient croiser le fer avec les références lifestyle de luxe. Sur ce créneau, les ténors tricolores Devialet (avec sa célèbre Phantom) et Cabasse (avec sa gamme The Pearl) règnent en maîtres (pour les parts de marché tout du moins). Pour exister face à ces références bien connues du public visé, il ne suffit pas de claquer un logo sur une jolie boîte : il faut une démonstration technique irréprochable et un son capable de justifier le tarif.

design : un monolithe brut qui s'assume



Autant vous le dire d'emblée : préparez vos lombaires au déballage. L'Ikonio affiche un poids respectable de 17,4 kg pour des dimensions de 30 × 38 × 30 cm. C'est un gabarit presque cubique, massif et dense. Point fondamental à souligner : il n'y a pas le moindre gramme de lest artificiel dissimulé dans le coffret pour gonfler artificiellement la facture, tenter de gérer les vibrations ou donner une illusion de robustesse. Nous avons vérifié auprès des ingénieurs de la marque, ce poids est exclusivement composé de matière utile : structure interne moulée ultra-rigide, électronique d'amplification et imposants radiateurs thermiques.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


Visuellement, l'Ikonio prend le contre-pied absolu de la concurrence. Alors que Devialet et Cabasse misent sur des rondeurs organiques, des sphères futuristes et des carrosseries laquées inspirées de l'aérospatiale, Teufel reste fidèle à ses racines germaniques avec un parti-pris brut, anguleux et presque industriel.

Selon votre serviteur, l'enceinte rend infiniment mieux en vrai qu'en photo. Sur les clichés promotionnels, sa géométrie stricte peut paraître austère ; une fois posée sur une console, un meuble bas ou son pied dédié (un support de sol K&M disponible en option), elle dégage une présence statutaire et une élégance indéniable. Les assemblages sont millimétrés et les matériaux inspirent une confiance absolue.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


L'enceinte est livrée avec des caches magnétiques amovibles recouverts d'un tissu acoustique de très belle facture. Pour ma part, je préfère largement le look de l'enceinte habillée de ses grilles, qui adoucit ses lignes et lui permet de s'intégrer harmonieusement dans un salon contemporain. Cela dit, les amateurs de mécanique audio pourront tout à fait retirer les façades pour exhiber fièrement la batterie de transducteurs.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


À l'arrière, Teufel a soigné le refroidissement, et c'est beau : on y découvre de magnifiques radiateurs à ailettes en aluminium massif. L'électronique interne bénéficie ainsi d'une dissipation thermique passive efficace, même après plusieurs heures d'écoute à haut volume.

Une construction particulièrement sérieuse



Pour concevoir cette Ikonio, les ingénieurs berlinois n'ont pas cherché la simplicité. Il s'agit d'une architecture active trois voies alimentée par huit canaux d'amplification indépendants en classe D, délivrant la bagatelle de 650 W RMS (avec des crêtes annoncées jusqu'à 2 500 W, même si cela a peu d'intérêt) pour un niveau de pression acoustique culminant à 118 dB SPL.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


La configuration des haut-parleurs est particulièrement élaborée :

• 3 tweeters de 25 mm à dôme textile souple, chargés d'apporter finesse et ouverture dans le haut du spectre
• 3 haut-parleurs médiums de 90 mm à membrane en polypropylène, réputés pour leur rapidité et leur faible distorsion
• 2 imposants woofers de 200 mm à membrane en aluminium pour le registre grave.


Ces transducteurs ne sont pas tous alignés en façade : les trois duos médium/aigu sont répartis sur trois faces du coffret (façade avant, flanc gauche et flanc droit).

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


Mais l'intelligence de la conception de Teufel réside dans le positionnement des deux haut-parleurs de grave. Enfermé dans un volume clos, le premier woofer est orienté vers le haut, tandis que le second est placé juste en dessous, orienté vers le bas. Ce montage mécanique en opposition (baptisé Force-Balancing) permet aux forces d'inertie des deux membranes de s'annuler mutuellement. Le cœur de la structure étant moulé d'un seul bloc, les vibrations parasites transmises au coffret ou au meuble récepteur sont réduites au. minimum. Même en poussant le volume, le boîtier de l'Ikonio reste parfaitement inerte sous la main.

Côté chiffres, Teufel revendique une réponse en fréquence spectaculaire s'étirant de 19 Hz à 22 kHz à -6 dB. Descendre sous le seuil des 20 Hz avec une enceinte de 38 cm de haut est une belle prouesse d'ingénierie.

Connectique et streaming : parée pour toutes les sources



Sur le plan de la connectivité, Teufel a prévu assez large afin de satisfaire la plupart des utilisateurs :

• Diffusion sans fil moderne : Compatibilité Apple AirPlay 2 native (un vrai bonheur pour nous au sein de l'écosystème Mac, iPhone, iPad et Apple TV, avec une diffusion multiroom sans latence), Google Cast (Chromecast), Spotify Connect, TIDAL Connect, ainsi que les radios web via TuneIn. Le Bluetooth 5.1 est également de la partie pour la praticité ou les invités de passage.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


• Connectique filaire : Situé à la base de l'enceinte, le panneau de connectique regroupe une entrée stéréo RCA Line-In (idéale pour relier une platine vinyle pourvue d'un préampli phono), une entrée numérique optique Toslink, une entrée auxiliaire mini-jack 3,5 mm et un port réseau Ethernet RJ45 pour ceux qui préfèrent s'affranchir des aléas du Wi-Fi.


L'entrée optique pourra s'avèrer particulièrement pratique pour brancher un téléviseur : le traitement numérique n'induisant aucun retard de synchronisation, l'Ikonio peut sans difficulté faire office de barre de son de luxe pour vos films et séries. On regrettera simplement l'absence d'une prise HDMI eARC, qui aurait permis de gérer l'allumage et le volume directement via la télécommande du téléviseur.

Une interface tactile bien pensée (mais pas de télécommande)



Sur le dessus de l’enceinte, Teufel a placé un panneau de commande tactile permettant notamment de sélectionner les sources, gérer la lecture et ajuster le volume. Une petite attention particulièrement réussie concerne son éclairage : un capteur de proximité détecte l’approche de la main et illumine automatiquement les commandes.

C’est à la fois pratique et assez élégant, d’autant que le panneau peut redevenir discret lorsque l’on ne s’en sert pas.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


L’application Teufel Home prend ensuite le relais pour les réglages plus avancés. Elle permet de réaliser la configuration initiale, gérer le volume, les favoris et les radios Internet, modifier différents paramètres audio ou encore préciser le positionnement de l’enceinte. L’interface est claire et nous n’avons rencontré aucune difficulté particulière durant notre test.

L’application fait également office de télécommande. C’est efficace, mais nous regrettons tout de même que Teufel n’ait pas prévu une petite télécommande physique. Tout le monde n’a pas forcément envie de sortir son smartphone simplement pour modifier le volume ou changer de source, surtout sur un appareil destiné à trôner au centre d’un système audio de salon.

Dynamore Ultra : trois manières de profiter de l’IKONIO



L’un des principaux atouts de l’IKONIO vient de la technologie Dynamore Ultra et du placement particulier de ses différents transducteurs. L’objectif est notamment de dépasser les limites imposées par une enceinte unique et d’élargir considérablement la zone d’écoute.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


L’application permet de choisir parmi trois configurations :

• Le mode Immersif est celui que nous avons le plus utilisé. Les différents haut-parleurs travaillent alors de concert pour créer une scène sonore stéréo, bien au-delà des dimensions physiques de l’enceinte. On n’obtient évidemment pas la séparation physique de deux enceintes installées à plusieurs mètres de distance, mais le résultat est franchement convaincant et donne réellement l’impression que certaines informations proviennent de points situés largement à gauche ou à droite de l’IKONIO.

• Le mode Omnidirectionnel est pensé différemment. L’enceinte diffuse alors le son de manière beaucoup plus homogène dans toutes les directions. Ce mode s’avère particulièrement intéressant lorsque l’IKONIO est installée au centre d’une pièce ou lors d’une soirée pendant laquelle personne ne reste sagement installé dans la position d’écoute idéale.

• Enfin, le mode Mono désactive Dynamore Ultra et concentre la diffusion vers l’avant. Cette configuration prend notamment tout son sens lorsqu’on utilise deux Ikonio en paire stéréo, chacune prenant alors en charge son véritable canal gauche ou droit.


Nous avons justement pu écouter cette configuration stéréo directement chez Teufel et le résultat est assez spectaculaire. La scène sonore gagne évidemment encore en largeur et la réserve de puissance devient tout simplement déraisonnable pour un usage domestique classique. Une seule Ikonio suffira à la majorité des utilisateurs, mais ceux qui ont la place, le budget et l’envie de se faire plaisir savent qu’il reste une marche supplémentaire.

Et comment elle sonne alors ?



Reste évidemment le plus important : comment sonne cette Ikonio ? Très bien. Vraiment très bien.

La première bonne surprise vient selon moi de l’équilibre général choisi par Teufel. Une enceinte capable de descendre à 19 Hz, équipée de deux woofers de 200 mm et affichant 650 W RMS pourrait facilement céder à la tentation du spectaculaire permanent, avec des graves surgonflés destinés à impressionner pendant cinq minutes dans un showroom. Ce n’est pas le cas (merci).

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


Les graves sont évidemment présents et descendent effectivement assez bas, mais ils restent propres et maîtrisés lorsque les réglages sont laissés dans une configuration raisonnable. Une grosse ligne de basse ou une grosse caisse possède du poids et de l’impact sans venir systématiquement engloutir le reste du spectre. Ceux qui veulent faire trembler les murs pourront bien entendu pousser davantage le registre inférieur : l’Ikonio possède énormément de marge et peut devenir franchement démonstrative si on le lui demande. Mais elle n’est pas obligée de l’être.

Il est possible de coupler 2 Ikonio, et d'opter pour les pieds proposés en option par le constructeur
Il est possible de coupler 2 Ikonio, et d'opter pour les pieds proposés en option par le constructeur


Les médiums sont également une réussite, avec suffisamment de présence pour mettre correctement les voix en avant sans donner une restitution artificiellement chaleureuse. Sur les morceaux acoustiques, les guitares conservent leurs attaques et leurs résonances tandis que les voix restent parfaitement lisibles même lorsque l’arrangement devient chargé.

Les aigus m’ont également convaincu. Ils sont détaillés et cristallins sans tomber dans l’excès de brillance. C’est un point important sur une enceinte de ce niveau, car un haut du spectre impressionnant pendant quelques minutes peut rapidement devenir fatigant au fil des heures. Ici, nous avons pu multiplier les longues sessions d’écoute sans ressentir ce problème.

Le rendu général reste donc assez neutre, ce qui constitue selon moi une vraie qualité. Teufel ne cherche pas à masquer les morceaux sous une signature sonore trop prononcée. Et lorsque l’on souhaite obtenir quelque chose de plus spectaculaire, les réglages permettent ensuite de modifier le comportement de l’enceinte.

Une réserve de puissance assez délirante



Difficile également de parler de l’Ikonio sans évoquer sa puissance. Les 650 W RMS annoncés ne servent pas uniquement à faire joli sur une fiche technique. L’enceinte est capable de sonoriser sans difficulté une grande pièce tout en conservant une restitution propre lorsque l’on monte sérieusement le volume. Elle peut même devenir assez intimidante.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


Les deux woofers possèdent une réserve impressionnante et la dynamique reste excellente lorsque l’on pousse le niveau. L’Ikonio peut ainsi passer d’une écoute tranquille en fond sonore à une véritable sono de soirée sans avoir l’impression de lui demander quelque chose pour laquelle elle n’a pas été conçue.

Le niveau maximal annoncé atteint 118 dB à un mètre, ce qui est évidemment beaucoup trop élevé pour une écoute prolongée et devra inciter à une certaine prudence pour préserver ses oreilles. Ce qui impressionne finalement le plus n’est pas tant la puissance maximale que la sensation qu’il reste constamment de la réserve. Même à un niveau déjà très confortable, l’enceinte ne semble jamais être à bout de souffle.

Conclusion



Cela ne sera pas une surprise à la lecture de cet article : J’ai adoré la proposition de Teufel.

L’Ikonio n’est évidemment pas parfaite. Son poids de 17,4 kg oblige à réfléchir sérieusement à son emplacement, l’absence de HDMI ARC/eARC est regrettable pour ceux qui souhaiteraient l'utiliser quotidiennement avec un téléviseur et une télécommande physique aurait été appréciable. Son design atypique ne plaira pas non plus forcément à tout le monde.

Mais pour le reste, il est difficile de trouver beaucoup de défauts à la proposition.

La fabrication inspire confiance, la conception acoustique est particulièrement ambitieuse et l’enceinte offre un rendu à la fois puissant, précis et étonnamment équilibré. Les graves savent descendre extrêmement bas sans devenir envahissants, les médiums sont correctement présents et les aigus détaillés restent agréables même sur de longues sessions. Le tout s’accompagne d’une scène sonore étonnamment large avec une seule enceinte grâce au mode Immersive de Dynamore Ultra.

Test de l'enceinte Teufel Ikonio : 17 kg de muscles pour faire trembler Devialet et Cabasse !


À cela viennent s’ajouter une réponse en fréquence extrêmement étendue de 19 Hz à 22 kHz, une puissance de 650 W RMS, AirPlay 2, Google Cast, Spotify Connect, TIDAL Connect, le Bluetooth, le Wi-Fi, l’Ethernet, une entrée analogique, une entrée optique et la possibilité de créer une véritable paire stéréo avec une seconde IKONIO.

Affichée actuellement à 1 200 euros, l’Ikonio évolue clairement dans le monde des enceintes connectées premium. Mais Teufel a ici suffisamment travaillé la partie acoustique pour que la comparaison avec les ténors du segment ne soit absolument pas usurpée.

L’Ikonio possède en prime une personnalité qui lui est propre. Là où certains concurrents misent sur les formes sculpturales et les rondeurs, Teufel assume une esthétique plus brute et technique qui correspond finalement assez bien à ce qui se trouve à l’intérieur.

Une enceinte extrêmement bien construite, puissante sans sacrifier la finesse, polyvalente, très agréable à écouter et capable de remplir sans difficulté une grande pièce : pour une première offensive aussi ambitieuse sur ce terrain, Teufel frappe très fort.



Avec l'Ikonio, Teufel réussit un tour de force magistral. Loin de se contenter d'un produit opportuniste, la firme allemande a injecté toute son expertise acoustique dans un appareil à la fois puissant, musical et superbement construit.Son look anguleux et sans concession changera des formes arrondies habituelles de ses rivales, mais c'est sur le terrain du son qu'elle met tout le monde d'accord : des basses monumentales maîtrisées d'une main de fer, un équilibre spectral très hi-fi, une connectique complète et une intégration AirPlay 2 sans faille.Si l'on excepte l'absence de télécommande physique et d'un port HDMI eARC, l'Ikonio s'impose comme une alternative de tout premier ordre face aux références du marché. Les cadors de la catégorie ont de quoi se faire du souci : chapeau Teufel !