Apple vient de remporter une bataille décisive dans l’un de ses dossiers les plus explosifs en Europe. Alors que son dispositif App Tracking Transparency (ATT) était sous le feu des critiques, le tribunal judiciaire de Paris vient de trancher en faveur de la Pomme. Malgré la fronde des géants de la publicité, la justice française a refusé d'ordonner l'arrêt du système, offrant à Cupertino une petite bouffée d'oxygène réglementaire sur un marché pourtant réputé pour sa sévérité.
Une fonctionnalité qui fait la guerre à la pub depuis 2021
Concrètement, cela signifie qu’Apple peut continuer à afficher sur iPhone et iPad sa fenêtre demandant à l’utilisateur s’il accepte d’être suivi sur des apps et des sites web appartenant à d’autres sociétés. Lancée en 2021, le suivi des apps est devenu l’un des marqueurs les plus visibles de la politique vie privée d’Apple. À chaque première ouverture d’une app, iOS peut afficher une demande explicite : autoriser ou non le suivi publicitaire inter-apps.
Cette mécanique a provoqué une levée de boucliers immédiate dans l’industrie de la publicité et des entreprises dont le modèle économique en dépend, notamment chez Meta (souvenez-vous des déclarations incendiaires de Mark Zuckerberg contre Tim Cook), mais aussi chez de nombreux acteurs de l’écosystème mobile (éditeurs, régies, associations professionnelles), qui accusent Apple d’avoir construit un système déséquilibré.
L’argument central des demandeurs était bien connu : l'ATT pénaliserait les tiers tout en épargnant Apple, car la firme ne serait pas soumise aux mêmes contraintes dans ses propres services publicitaires. De son côté, Cupertino a toujours dit appliquer des standards plus stricts à elle-même, et que son architecture limite déjà fortement les croisements de données entre services.
Elle expliquait qu'elle donnait ainsi aux utilisateurs un choix clair sur la publicité personnalisée. Et qu'elle concevait ses services comme Siri, Plans, FaceTime ou iMessage de manière à ne pas pouvoir relier les données entre eux, et ce, même si elle le souhaitait.
Un succès en justice… presque un an après une amende de 150 millions d’euros
Cette décision est d’autant plus notable qu’elle intervient après une sanction retentissante : l’Autorité de la concurrence avait infligé à Apple une amende de 150 millions d’euros au printemps 2025 pour abus de position dominante, portant justement sur la mise en œuvre d’ATT entre 2021 et 2023.
Mais le dossier jugé cette semaine n’est pas le même : il s’agissait d’une procédure visant à obtenir la suspension du dispositif. Et sur ce point, la justice parisienne n’a pas suivi les demandeurs. Selon La Tribune, la juge a refusé de suspendre ATT, laissant donc Apple continuer à exploiter la fonctionnalité en France.
Dans une déclaration publiée toujours par la Tribune, Apple précise accueillir avec satisfaction la décision du tribunal qui rejette ces allégations infondées ../.. Cette fonctionnalité a été largement adoptée par nos utilisateurs et saluée par les défenseurs de la vie privée ainsi que par les autorités de protection des données à travers le monde, y compris en France. Nous continuerons à soutenir des protections solides en faveur de la vie privée de nos utilisateurs. De leur côté, les organisations à l’origine de la plainte ne comptent pas lâcher l’affaire : elles ont confirmé à Les Échos vouloir poursuivre leur action contre ATT.
Qu'en penser ?
Cette victoire tricolore offre un répit salvateur à Apple dans un climat européen autrement plus hostile. On se souvient qu'en décembre dernier, l'Italie n'avait pas hésité à sanctionner la firme pour ses pratiques de suivi, tandis qu'en Allemagne, le régulateur continue de passer au crible les concessions de Cupertino.
Si l'ATT est vendu comme un bouclier pour la vie privée, il reste perçu par le secteur publicitaire comme une arme économique redoutable. En évitant une désactivation forcée sur un marché majeur comme la France, Apple ne sauve pas seulement une fonctionnalité technique : elle valide sa stratégie politique.
Ce jugement servira sans doute de base juridique pour défendre le dispositif dans d'autres juridictions. Au final, Apple réaffirme sa vision du marché : sur iPhone, la publicité ciblée ne doit plus être la règle, mais une exception consentie.