Six ans après son départ d'Apple, Sir Jony Ive signe sa première automobile de série. Ce n'est pas une Apple Car. C'est une Ferrari électrique à 550 000 euros HT qui prend justement le contrepied de l’esprit de la firme de Cupertino.
Présentée ce 25 mai à Rome, la Ferrari Luce ouvre l'ère électrique du cheval cabré et marque surtout les débuts en grande série de LoveFrom, le studio fondé par Ive et Marc Newson en 2019. Cinq ans de collaboration confidentielle avec le Centro Stile de Flavio Manzoni, et un résultat qui balaie d'un revers de main la doxa du tout-tactile imposée par Tesla et initié par Apple.
Le contre-pied du tout-tactile
La Luce assume une philosophie radicalement inverse. Boutons mécaniques, molettes anodisées, palmes magnétiques, palettes au volant, manettino à cinq positions doublé d'un e-manettino à trois positions : la cabine évoque davantage un cockpit de Formule 1 qu'un iPad sur roues.
Le grand écran central existe, mais il est rétractable, monté sur un module pivotant que conducteur et passager se partagent. Quatre dalles OLED développées sur mesure par Samsung Display (12,9", 12", 10,1" et 6,3"), du verre Corning Gorilla Glass jusque dans la clé (une première mondiale, avec affichage e-ink bistable qui ne consomme qu'au changement d'état), de l'aluminium anodisé recyclé partout.
On reconnaît la patte. Ive expliquait à Engadget en marge de la présentation que les voitures modernes ont perdu "ce qui lui plaît dans ses vieilles Ferrari". Le toucher. Un comble pour celui qui a contribuer à sa suppression de l'appareil que l'on touche le plus dans la journée.
Quatre moteurs, 1050 chevaux, 2,5 secondes
Sous la carrosserie, Ferrari déploie l'artillerie. Plateforme dédiée 800 volts, quatre moteurs synchrones à aimants permanents dérivés de la F80 (un par roue), 1050 ch cumulés, 990 Nm moteur, batterie NMC de 122 kWh co-développée avec SK On et intégrée structurellement au plancher.
Le 0 à 100 km/h tombe en 2,5 secondes, le 0 à 200 en 6,8 secondes, la vitesse de pointe culmine à 310 km/h, le tout pour 2260 kg sur la balance (un exploit compte tenu de la capacité de la batterie).
L'autonomie WLTP annoncée atteint (seulement) 530 kilomètres, la recharge plafonne à 350 kW (70 kWh en 20 minutes). Honorable, sans pulvériser les records chinois ou allemands.
60 brevets et un son capté à la source
Maranello signe aussi 60 brevets maison, un châssis à 25 % plus rigide en flexion que ses précédentes quatre portes, des suspensions actives 48 V tellement réactives qu'elles dispensent de barres antiroulis, et un système sonore breveté qui capte par accéléromètre les vibrations réelles des transmissions pour les réinjecter en cabine.
Pas de synthétiseur, pas de faux V12 : du signal mécanique amplifié comme sur une guitare électrique. Audio Bang & Olufsen est oublié, Ferrari développe son propre Audio Director et son Audio Signature maison, avec 21 haut-parleurs, 24 canaux et 3000 watts.
Cinq places, 24 pouces aux jantes
Côté gabarit, la Luce mesure 5026 mm, embarque cinq passagers (une première chez Ferrari) et 597 litres de coffre. Cinq couleurs au lancement, dont un Giallo Luce dérivé du jaune historique du logo.
Les jantes atteignent 23 pouces à l'avant et 24 à l'arrière, du jamais-vu en série sur une Ferrari. Du presque jamais vu tout court sauf sur des tracteurs dans les champs.
L'addition la plus salée de la gamme
Reste l'addition. 550 000 euros HT en Italie, soit environ 660 000 euros TTC en France (prix supposé), c'est plus cher que le Purosangue, la 12Cilindri et la 849 Testarossa.
Ferrari positionne d'emblée sa Luce au sommet de la gamme. Et glisse, à destination des puristes inquiets : "C'est une offre additionnelle." Les V12 atmosphériques ont encore de beaux jours devant eux.