La mémoire est aujourd’hui au coeur de tensions géo-stratégiques majeures, notamment avec la montée en puissance de l’IA, grande consommatrice de RAM et de SSD. Dans cette course mondiale majeure, la Chine tente de reprendre l’avantage via quelques acteurs clefs de cette transformation.
Lexar a proposé à quelques rares médias, dont Mac4Ever, de visiter leurs usines chinoises et de suivre la production des puces mémoire que l’on retrouvera ensuite dans tous nos produits du quotidien : ordinateurs, smartphones, drones, caméras…
La mémoire, le nouvel or noir
Elle est partout et pourtant, on ne la voit pas directement : la mémoire anime tous les objets électroniques de notre quotidien, elle est tout simplement indispensable au fonctionnement des appareils, même les plus basiques de la maison.
La récente montée en puissance de l’IA a permis de se rendre compte à quel point maîtriser la chaîne de valeur était crucial pour éviter les pénuries ou le retard technologique. Apple sécurise par exemple la production de ses puces sur plusieurs années en avance, ce qui lui permet de ne jamais souffrir des aléas du marché. Or même avec un bon niveau d’anticipation, elle a dû retirer certaines configurations de son Mac Studio, faute de pouvoir livrer des puces de 256Go en quantité suffisantes.
Pour ne pas se retrouver dépendante de technologies étrangères, la Chine a donc largement investi dans les semi-conducteurs ces dernières années. Le rachat de Lexar par Longsys en 2017 n’y est pas étranger, et s’inscrit dans cette dynamique, qui semble totalement absente en Europe. La plupart des acteurs du marché (Micron, SanDisk, Samsung) sont soit américains, soit asiatiques.
Lexar, de records en notoriétés
Encore peu connu du grand public, Lexar a pourtant colonisé tous les marchés de la mémoire, et s’est taillée une solide réputation dans de nombreux segment.
Par exemple, les créateurs plébiscitent largement leurs cartes SD métalliques, bien plus résistantes que les modèles en plastiques. La gamme Armorest même déclinée sur les SSD, eux-aussi souvent malmenés durant les déplacements et les tournages compliqués.
La qualité des produits est souvent mise en avant dans les tests techniques et la réputation de fiabilité mais aussi de vitesse soutenue en ont souvent fait le choix par défaut des vidéastes les plus exigeants.
Ces dernières années, les joueurs ont également largement adopté les fameuses barrettes illuminées de la marque, qui font fureur dans les PC aux boitiers transparents. Mais ce n’est pas qu’une affaire de LED, car en matière de gaming, la performance compte au moins tout autant.
Enfin, Lexar s’est positionné sur le marché des SSD MagSafe pour iPhone, nous avions d’ailleurs testé plusieurs modèles ces dernières années (ici et là). Contrairement à certaines marques, le constructeur s’était d’ailleurs focalisé sur les performances pour la lecture/écriture en ProRes, que très peu de modèles étaient capables d’assurer réellement.
Mais Lexar, c’est aussi de nombreux records ces dernières années, tous sous l’ère Longsys ! Citons par exemple :
• La première carte SD de 1 To dès 2019 • Le SSD grand public le plus rapide au monde en 2019 avec 7,5 Go/s • La première carte microSD de 2 To annoncée en 2026
Pour se faire mieux connaitre du grand public, Lexar a décidé d’être sponsor officiel de l’équipe de football d’argentine, de quoi élargir sa base de clients qui compte quand-même déjà 100 millions d’utilisateurs dans plus de 70 pays !
Plongée au coeur de la Chine
Mais pour comprendre concrètement pourquoi des marques comme Lexar pourraient dominer le marché ces prochaines années, il est souvent nécessaire se rendre sur place, une invitation à laquelle nous avons évidemment répondu présent.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’échelle. Lexar possède des locaux à Shenzhen, Shanghai, ou encore Suzhou (mais aussi à l'étranger, notamment au Brésil), des sites industriels gigantesques qui abritent déjà quantité d’usines et de lignes de production dans de nombreux secteurs. Sur chaque site, on observe des infrastructures immenses, où les ouvriers sont logés gratuitement sur place, tant les distances sont grandes pour venir travailler.
Les building sont nombreux et abritent des lignes de production automatisées avec une vitesse d’exécution impressionnante. Ici, tout est pensé pour aller vite et ça se ressent à chaque étape, que ce soit la recherche et le développement, la production, le contrôle qualité… Tout est intégré, optimisé, industrialisé.
L’objectif est clair : réduire l’écart avec les leaders, et, bien-sûr à terme, les dépasser. Et dans cet environnement, des marques comme Lexar évoluent au cœur même de cette dynamique, ce qui leur donne un avantage immense pour se développer rapidement.
Comment fabrique-t-on de la mémoire ?
Notre voyage commence à Suzhou, non loin de Shanghai, où nous visitons une partie des lignes de production de Lexar.
L’expérience est inédite car rarement ouverte au public. D'ailleurs, l'accès est ultra-sécurisé, avec caméras de sécurité, reconnaissance faciale etc. On doit aussi revêtir des tenues spécifiques, afin d’éviter la moindre poussière sur nos vêtements ou même nos chaussures, que l’on doit d’ailleurs laisser dans des box sur place. Ces usines sont en réalité de véritables salles d'opération technologiques.
La première étape commence avec ce qu'on appelle un wafer, ce fameux disque de silicium ultra-pur, que j’ai pu tenir pour la première fois en main… et c’est étonnamment léger !
C’est sur cet élément que sont gravés des milliers de circuits mémoire identiques. Avant toute chose, le wafer est protégé par un film, puis poli pour obtenir une surface parfaitement plane. La moindre imperfection serait fatale aux circuits.
Une fois prêt, le wafer est découpé en minuscules carrés : ce sont les dies, les futures puces individuelles. Cette découpe se fait soit au laser, soit avec une lame ultra-fine, avec une précision de l’ordre du micron. Les machines utilisées ici peuvent coûter plusieurs millions d’euros et à voir le soin qui leur était accordé, on sentait bien que chaque acquisition avait malgré tout pesé dans le budget de l’usine.
Après la découpe, chaque puce est soigneusement nettoyée, pour éliminer toute poussière ou résidu invisible à l’œil nu. Ces étapes garantissent une connexion électrique fiable par la suite. La puce est ensuite collée sur un support qui contient également d'autres puces, comme des contrôleurs mémoire par exemple.
Pour solidifier l’ensemble, un matériau est injecté sous la puce afin de renforcer les connexions et absorber les contraintes mécaniques. L’ensemble est ensuite chauffé pour être durci et assurer une tenue parfaite dans le temps.
Le testing, une étape cruciale
Avant d’être vendue, chaque puce doit être évidemment testée tout au long du processus.
En réalité, ces étapes sont en fait très nombreuses et réalisées en amont, pendant et après la production. On vérifie par exemple tout wafer avant la gravure, et avant d'en extraire les puces, chacune est vérifiée individuellement. Sur chaque wafer, certaines sont écartées dès cette étape.
La suite se déroule Shenzhen — la Silicon Valley chinoise où nous avons pu visiter les laboratoires de test de Lexar, là où l'on va soumettre ces puces à des tests encore plus poussés.
Il sera notamment question de :
• Résistante à l’eau et à l'humidité • Contrôles précis sur l’épaisseur (rien ne dois dépasser) • Des tests plus mécaniques (torsion), • De résistance aux chocs • De résistance à la chaleur
Enfin, on teste évidemment les circuits électriques, pour vérifier que les puces sont conformes au design originel. Mais ce n’est pas fini !
Malgré cette batterie de vérifications, Lexar pousse le vice à tester aussi ses produits dans des conditions réelles, avec du matériel extrêmement varié, et étonamment, beaucoup de produits Apple :
On a visité une véritable caverne d'Alibaba technologique, une sorte de musée à ciel ouvert, mais dont les produits sont utilisés tous les jours pour vérifier la compatibilité des cartes mémoire, SSD et autres barrettes de RAM avec les objets du monde réel. On nous a d’ailleurs confirme qu’il pouvait y avoir ponctuellement certaines incompatibilités avec du matériel spécifique, malgré le respect des normes et des standards.
C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus marqué lors de cette immersion : le soin apporté au contrôle qualité. Il faut dire que lorsqu’on confie à ces puces toutes ses photos, ses données personnelles ou même les bases d’une intelligence artificielle, on attend principalement un fiabilité exemplaire.
Une affaire de souveraineté… et l’Europe ?
Derrière ces usines et tous ces composants, se joue en réalité une bataille beaucoup plus large, notamment pour la souveraineté technologique.
Aujourd’hui, la mémoire est partout, dans nos smartphones, nos voitures, nos serveurs… mais aussi au cœur des infrastructures critiques et de l’intelligence artificielle.
Et dans un monde où les tensions technologiques s’intensifient, ne plus dépendre des autres devient un enjeu stratégique majeur. La Chine l’a bien compris… et elle accélère, quand en Europe, on ne semble pas avoir pris la mesure des enjeux. Nous avions pourtant déjà reçu un avertissement durant le covid, où la « crise des puces » a touché toute notre industrie (ou ce qu’il en reste), notamment automobile.
Une chose est sûre, la mémoire est en train de devenir l’un des champs de bataille les plus stratégiques de notre époque. Ce qui se joue aujourd’hui en Chine pourrait bien redéfinir l’équilibre technologique mondial de demain.
On tient évidemment à remercier toutes les équipes de Lexar de nous avoir permis de découvrir les coulisses de leur activité, et surtout, d’avoir eu le droit de vous ramener des images -on ne compte plus le nombre de visites d’usines sans avoir pu produire la moindre photo/vidéo.