IBM vient de présenter la première puce gravée sous la barre du nanomètre, à 0,7 nm très exactement. Près de 100 milliards de transistors tiennent sur une surface grande comme un ongle, le double de densité de sa puce 2 nm de 2021. De quoi prolonger la loi de Moore d'une bonne décennie, à condition de patienter cinq ans.
La loi de Moore qu'on enterrait un peu vite
Voilà des années qu'on prédit la mort de la loi de Moore, qui veut que le nombre de transistors double tous les deux ans. L'industrie butait sur la physique, les électrons devenant capricieux dès qu'on approche la taille de l'atome. IBM vient de repousser l'échéance en dévoilant un node logique à 0,7 nanomètre. On entre dans l'ère de l'angström, qui mesure les atomes. Et la puce 2 nm de 2021 fait déjà figure d'ancêtre.
Le nanostack, ou l'art d'empiler en hauteur
La vraie trouvaille n'est pas la finesse de gravure. C'est la manière dont IBM agence ses transistors, avec une architecture baptisée nanostack qui les empile et les décale à la verticale au lieu de les aligner à plat, une première dans le secteur. Avec cette intégration séquentielle en 3D, l'entreprise gagne en densité sans s'étaler et combine des matériaux différents d'une couche à l'autre. Le bilan donne le tournis, avec jusqu'à 50% de performances en plus, ou au choix 70% de consommation en moins par rapport au 2 nm, plus des cellules mémoire SRAM rétrécies de 40%, à pic pour des charges d'IA voraces en bande passante. Jay Gambella, qui dirige IBM Research, résume l'affaire : on ne fait pas que des transistors plus petits, on réinvente la façon de construire une puce.
Cinq ans avant la moindre puce commerciale
Reste qu'il faut garder la tête froide. Entre une démo de recherche à Albany et une puce produite en série, il y a un gouffre. IBM le reconnaît, la production en volume n'arrivera pas avant cinq ans au mieux, le temps d'apprivoiser la lithographie High NA EUV d'ASML et de roder le procédé avec le fondeur japonais Rapidus, déjà chargé d'industrialiser le 2 nm. Bref, on parle d'une feuille de route, pas d'un processeur qu'on glissera demain dans un serveur ou un Mac.
On en dit quoi ?
Ce 0,7 nm coche toutes les cases du communiqué spectaculaire, et les annonces de labo savent décevoir. Sauf que voilà, IBM tient plutôt bien ses promesses sur le silicium, et son 2 nm de 2021 n'était pas du vent puisqu'il file vers l'industrialisation chez Rapidus. Doubler la densité en grattant 70% de consommation, ça change la donne pour des datacenters déjà voraces en électricité pour faire tourner l'IA. Le seul vrai bémol tient au calendrier. Cinq ans, c'est une éternité dans la tech, et d'ici là Moore aura encore été enterré trois ou quatre fois. Mais à chaque fois qu'on annonce sa mort, quelqu'un finit par repousser le mur d'une décennie.