L'Italie vient d'infliger une amende record à Cloudflare pour son refus de bloquer des sites pirates. En réponse, l'entreprise américaine menace de retirer ses services du pays, y compris la protection gratuite des Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina.
Un bras de fer autour du blocage DNS
L'autorité italienne des communications AGCOM avait annoncé le 8 janvier une amende de 14,2 millions d'euros à l'encontre de Cloudflare. Le motif : le refus de l'entreprise de filtrer son résolveur DNS public 1.1.1.1 pour bloquer l'accès aux sites de streaming pirate. Cette sanction représente 1% du chiffre d'affaires mondial de Cloudflare, alors que la loi italienne autorise jusqu'à 2%. Selon l'AGCOM, Cloudflare serait lié à environ 70% des sites pirates ciblés par le dispositif anti-piratage italien, ce qui en fait un maillon essentiel du contournement des blocages traditionnels.
Le Piracy Shield, un système controversé
Le dispositif Piracy Shield, lancé en février 2024, permet aux détenteurs de droits de demander le blocage de domaines et d'adresses IP en 30 minutes seulement. Depuis sa mise en service, plus de 65 000 domaines et 14 000 adresses IP ont été bloqués. Ce système a été conçu pour protéger les diffuseurs de foot de la Serie A contre le streaming illégal. Sauf que voilà, il a aussi provoqué des blocages accidentels de sites légitimes, dont Google Drive en octobre 2024. Cloudflare argue que filtrer son DNS mondial affecterait des milliards de requêtes quotidiennes et dégraderait les performances pour tous les utilisateurs, pas seulement les Italiens.
Des menaces lourdes de conséquences
Le PDG Matthew Prince n'a pas mâché ses mots. Il qualifie le Piracy Shield de schéma de censure d'Internet fonctionnant sans contrôle judiciaire ni procédure d'appel transparente. L'entreprise menace de suspendre les services de cybersécurité gratuits prévus pour les JO d'hiver de février 2026, de fermer ses serveurs en Italie, de retirer les services gratuits aux utilisateurs italiens et de geler tous ses investissements dans le pays. Cloudflare a confirmé qu'elle ferait appel de la décision devant le tribunal administratif régional du Latium.
On en dit quoi ?
C'est quand même un sacré cas qui se joue ici. Si l'Italie obtient gain de cause, d'autres pays pourraient exiger la même chose de Google DNS ou d'OpenDNS, et on se retrouverait avec un Internet fragmenté où chaque résolveur devrait appliquer les règles de chaque pays. La menace sur les JO est un coup de pression un peu grossier, mais Cloudflare marque un point sur le fond : bloquer un DNS mondial pour satisfaire un seul pays, c'est techniquement et éthiquement problématique. Reste à voir si l'appel changera quelque chose. Et vous, vous êtes plutôt du côté des ayants droit ou de l'Internet ouvert ?