L’État français s’apprête à tourner une page sensible de son Health Data Hub. Lancée en 2019, la plateforme nationale de données de santé destinée à la recherche va quitter les centres de données de Microsoft pour être hébergée par un opérateur européen souverain, non soumis aux lois extraterritoriales américaines.
Un hébergement réservé aux clouds qualifiés SecNumCloud
Dans un communiqué publié ce jour, les ministères de la Santé, de la Réforme de l’État et du Numérique annoncent que la procédure de sélection du nouvel hébergeur débutera dès le lundi 9 février, avec une attribution du marché attendue d’ici à fin mars 2026.
Le futur prestataire devra impérativement être qualifié SecNumCloud, un label délivré par l’ANSSI qui impose notamment de ne dépendre d’aucune législation non européenne. Cette exigence exclut de facto les hyperscalers américains comme Microsoft, Amazon Web Services ou Google, tous soumis aux lois extraterritoriales des États-Unis. L’attribution de ce marché interviendra fin mars 2026, précisent dans leur communiqué commun les ministres Stéphanie Rist, David Amiel et Anne Le Henanff.
Un projet plombé dès l’origine par le choix de Microsoft
Conçu comme un vaste entrepôt de données de santé au service de la recherche publique et privée, le Health Data Hub devait notamment accueillir une copie complète des données de santé détenues par l’Assurance maladie. Il s'agissait de permettre aux chercheurs d’accéder à des jeux de données exhaustifs, sur de longues périodes, afin d’accélérer la recherche médicale et épidémiologique.
Mais le choix initial de Microsoft comme hébergeur a rapidement suscité de vives critiques, au point de freiner durablement le déploiement du projet. En cause : les risques d’accès aux données par les autorités américaines, en vertu de législations comme le Cloud Act.
Face à ces risques, la CNIL, garante des libertés numériques, n’avait d'ailleurs jamais autorisé le transfert complet des données de l’Assurance maladie vers la plateforme. Elle n’a accordé jusqu’à présent que des dérogations limitées, encadrées dans le temps et restreintes à des projets précis, à l’opposé de la logique d’entrepôt centralisé voulue à l’origine. Cette situation a durablement empêché le Health Data Hub de fonctionner à plein régime.
Des acteurs français en embuscade
En avril 2025, la précédente ministre du Numérique, Clara Chappaz, avait déjà indiqué devant l’Assemblée nationale que le gouvernement souhaitait lancer un appel d’offres afin de migrer le Health Data Hub vers un opérateur sécurisé.
Parmi les acteurs déjà qualifiés SecNumCloud et susceptibles de candidater figurent plusieurs entreprises françaises, dont OVH, Cloud Temple ou encore Sens, un opérateur adossé au groupe Thales, bien que reposant sur des technologies cloud issues de Google.
Qu'en penser ?
Au-delà de l’aspect technique, ce changement d’hébergeur revêt une forte portée politique et stratégique. Il marque la volonté de l’exécutif de reprendre la main sur l’hébergement des données de santé des Français et de mettre fin à une dépendance technologique devenue difficilement tenable sur le plan juridique et symbolique. Les prochaines semaines nous diront quel opérateur européen saura répondre aux exigences de sécurité, de performance et d’échelle d’un projet aussi sensible — et si cette migration permettra enfin au Health Data Hub de tenir ses promesses initiales.