Un van parti en pleine nuit, une famille devenue injoignable et un départ par la mer : voilà le récit qui circule autour de Ren Zhengfei, le fondateur de Huawei. Les nouvelles restrictions chinoises sur les voyages alimentent la rumeur. Mais c'est quoi cette histoire au juste ?
Une disparition très racontée
Tout commence par une capture de conversation dont l'auteur n'est pas identifié. Le président du conseil d'administration Liang Hua aurait essayé de joindre Ren Zhengfei pendant deux jours, sans succès. Sa fille Meng Wanzhou, directrice financière du groupe, ainsi que d'autres membres de la famille seraient également restés injoignables. Ces appels supposés n'ont pas été vérifiés.
Le récit ajoute un van quittant la résidence familiale le 11 septembre, vers 1 heure du matin, en direction de la péninsule de Dapeng, près de Shenzhen. Des internautes en déduisent une fuite en bateau. Une courte vidéo présentée comme montrant des policiers armés devant le siège accompagne les spéculations, sans établir de lien avec un départ de Ren Zhengfei. Le trajet lui-même n'est pas authentifié.
Des doutes, aucune confirmation
L'universitaire taïwanais JC Shen juge ces allégations insuffisamment étayées. Son analyse, relayée ces derniers jours, rappelle que le manque d'informations sur les dirigeants chinois favorise les spéculations. Déduire une disparition de quelques jours sans apparition est quand même un brin fragile.
Huawei n'a toujours pas répondu publiquement à cette rumeur, et aucune déclaration des autorités chinoises n'y figure. Sur le site du groupe, Ren Zhengfei est toujours présenté comme administrateur et directeur général. Une fiche biographique ne renseigne évidemment pas sur ses déplacements, mais on n'a pas davantage de preuve qu'il aurait quitté ses fonctions.
Des restrictions déjà annoncées en juillet
Il y a tout de même une vraie actualité derrière cette histoire : la Chine applique depuis le 15 septembre de nouvelles restrictions sur les déplacements. Le règlement était public depuis le 31 juillet. Il permet d'empêcher un citoyen de sortir du pays s'il enfreint les règles de contrôle des exportations ou de transfert de technologies et que ces actes peuvent menacer la sécurité industrielle ou technologique chinoise.
Autre cas prévu par le texte, les citoyens qui reviennent après avoir commis des actes illégaux à l'étranger menaçant la sécurité nationale pourront se voir interdire de repartir pendant six mois à trois ans. Ces dispositions ne visent donc pas tous les patrons ou ingénieurs chinois du seul fait de leur métier. Rien de vérifié ne permet de dire que Ren Zhengfei en fait l'objet.
On en dit quoi ?
Une prise de parole de Huawei aiderait certainement à comprendre ce qui se passe. Pour l'instant, on a beaucoup plus de détails sur un prétendu trajet de van que de réponses sur le fond de l'affaire. Le récit est intriguant, mais on aimerait bien savoir qui a réellement constaté cette disparition avant d'en tirer des conclusions.