Après avoir analysé l’amont de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle générative, l’Autorité de la concurrence élargit désormais son champ d’investigation. Elle annonce s’autosaisir du fonctionnement concurrentiel des agents conversationnels, situés à l’aval de cette chaîne, un secteur en pleine explosion qui pourrait profondément transformer plusieurs pans de l’économie.
Un marché dynamique, mais déjà structurant
Cette démarche s’inscrit dans la continuité de son avis n°24-A-05 du 28 juin 2024, consacré à la conception et à l’entraînement des modèles de GenAI, ainsi que de ses travaux récents sur les enjeux énergétiques et environnementaux liés à l’IA. Cette fois, le régulateur s’intéresse aux usages concrets des modèles, à travers les assistants conversationnels déployés auprès du grand public et des entreprises.
En apparence, le marché des agents conversationnels se présente comme particulièrement dynamique, avec la coexistence de plusieurs acteurs majeurs. En France, l’usage de ces outils a progressé de plus de 60 % en 2024, témoignant d’une adoption rapide par les particuliers comme par les professionnels.
Le secteur est aujourd’hui structuré autour de quelques plateformes dominantes : ChatGPT d’OpenAI, Google Gemini, Microsoft Copilot, mais aussi Le Chat de Mistral AI ou Perplexity. Cette concentration soulève néanmoins de nombreuses interrogations sur la structure concurrentielle du marché, les modèles économiques retenus (abonnements, intégration aux services existants, captation de données) et les effets de levier dont disposent certains acteurs déjà très présents dans d’autres secteurs numériques.
Des impacts potentiels sur l’économie réelle
Si l’Autorité reconnaît le dynamisme actuel du secteur, elle alerte sur les risques systémiques à moyen terme. Les agents conversationnels ne se contentent plus de répondre à des questions : ils deviennent progressivement des intermédiaires incontournables entre les utilisateurs et les services numériques.
L’un des axes majeurs de l’analyse portera sur leur utilisation dans le commerce en ligne, un phénomène émergent souvent qualifié de commerce agentique. Recherche de produits, recommandations personnalisées, comparaison de prix, voire passage à l’acte d’achat : les agents conversationnels pourraient remodeler l’accès aux marchés, redistribuer la visibilité entre acteurs et influencer les choix des consommateurs.
En revanche, l’Autorité précise que les relations entre agents conversationnels et moteurs de recherche traditionnels ne font pas partie du périmètre de cette autosaisine, malgré les débats actuels sur la concurrence entre ces deux modes d’accès à l’information.
Une consultation publique prévue en 2026
Pour nourrir son analyse, l’Autorité de la concurrence lancera une consultation publique dans les prochains mois. Elle souhaite recueillir les contributions des acteurs du secteur, des entreprises utilisatrices, des chercheurs et des représentants de la société civile.
L’avis final est attendu dans le courant de l’année 2026. Il pourrait servir de base à de futures recommandations, voire à des interventions réglementaires, dans un contexte où l’IA générative s’impose comme une infrastructure stratégique de l’économie numérique.
Avec cette autosaisine, l’Autorité confirme sa volonté d’anticiper les effets de concentration et de dépendance liés à l’essor rapide des agents conversationnels, avant que leurs usages ne deviennent irréversibles.