L’intelligence artificielle s’accompagne de plus en plus souvent de nouvelles exigences en matière d’identification. Anthropic, l’éditeur de Claude, vient ainsi de mettre à jour sa politique de confidentialité afin de préciser que certains utilisateurs pourraient être amenés à prouver leur âge ou leur identité à l’aide d’un document officiel. Une évolution qui intervient dans un contexte réglementaire de plus en plus tendu pour les entreprises d’IA, notamment aux États-Unis.
Passeport, permis de conduire et selfie à l’appui
Dans une nouvelle version de sa politique de confidentialité qui entrera en vigueur le 8 juillet, Anthropic indique qu’elle pourra demander à certains utilisateurs de vérifier leur identité ou leur âge dans certaines circonstances. L’entreprise ne détaille pas précisément les situations concernées, mais les personnes visées pourraient devoir fournir une copie numérique d’un document officiel, comme un passeport ou un permis de conduire.
La procédure pourrait également inclure un selfie photo ou vidéo afin de comparer le visage de l’utilisateur au document fourni. Anthropic précise même qu’un modèle biométrique du visage pourra être généré dans le cadre de cette vérification. L’entreprise conserverait également certaines informations liées au contrôle, notamment le résultat de la vérification ou la confirmation qu’un utilisateur a atteint l’âge requis.
Une mesure qui concernerait une minorité d’utilisateurs
Face aux inquiétudes suscitées par cette mise à jour, Anthropic a rapidement tenté de rassurer ses utilisateurs. Selon Thariq Shihipar, responsable au sein de l’entreprise, cette procédure ne viserait qu’un petit sous-ensemble de comptes faisant l’objet d’un signalement ou d’une suspicion d’activité frauduleuse.
L’objectif serait notamment de permettre à ces utilisateurs de contester certaines décisions ou restrictions plutôt que de voir leur compte définitivement bloqué. Anthropic n’a toutefois pas précisé combien de personnes pourraient être concernées. Claude compte aujourd’hui plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs chaque mois.
Une réponse aux pressions réglementaires
Cette évolution n'arrive pas à l'impromptu. Comme l’ensemble du secteur de l’IA générative, Anthropic fait face à une multiplication des contraintes réglementaires liées à la sécurité, à la lutte contre la fraude et à la protection des mineurs.
L’entreprise explique ainsi que ces contrôles d’identité pourront être utilisés pour faire respecter ses conditions d’utilisation, enquêter sur d’éventuelles activités frauduleuses, prévenir les abus ou encore répondre à certaines obligations légales. Anthropic a déjà commencé à déployer des mécanismes de vérification d’âge dans plusieurs pays et juridictions où la réglementation l’impose.
Un contexte politique particulièrement tendu
Cette décision intervient également alors que les relations entre Anthropic et l’administration Trump semblent traverser une période difficile. Selon plusieurs médias américains, les tensions se sont accentuées après que des responsables fédéraux ont critiqué certains modèles de cybersécurité développés par l’entreprise. D’autres désaccords porteraient sur l’utilisation potentielle de l’IA dans des programmes gouvernementaux sensibles, notamment dans les domaines de la surveillance ou de la défense.
Plus tôt cette année, le Département de la Défense américain aurait même classé Anthropic parmi les fournisseurs présentant un risque pour certaines chaînes d’approvisionnement gouvernementales. Même si aucun lien direct n’est officiellement établi, le renforcement des contrôles d’identité pourrait aussi être perçu comme une manière pour l’entreprise de démontrer sa bonne volonté face aux autorités.
Persona au cœur du dispositif
Pour réaliser ces vérifications, Anthropic s’appuie sur Persona, une société américaine spécialisée dans la vérification d’identité en ligne. Les utilisateurs pourraient ainsi voir apparaître des demandes de vérification lors de l’accès à certaines fonctionnalités ou dans le cadre de contrôles de sécurité jugés nécessaires par l’entreprise.
Une question demeure toutefois : combien de temps ces documents seront-ils conservés ? Anthropic indique pouvoir déterminer la durée de conservation des données par Persona, mais n’a pas encore communiqué de calendrier précis concernant leur suppression.
Qu’en penser ?
L’annonce d’Anthropic illustre une tendance qui risque de se généraliser dans l’industrie de l’IA. À mesure que ces outils deviennent plus puissants et plus sensibles sur le plan réglementaire, les entreprises cherchent à mieux identifier leurs utilisateurs afin de limiter les abus et répondre aux exigences des autorités. Reste que demander un passeport, un permis de conduire ou un selfie biométrique pour accéder à un assistant conversationnel constitue un changement important dans la relation entre les plateformes d’IA et leurs utilisateurs. La question de l’équilibre entre sécurité, conformité réglementaire et respect de la vie privée risque donc de devenir l’un des grands débats des prochaines années.