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L’IA attend encore son iPhone

Par Nicolas Sabatier - Publié le

L’arrivée quotidienne de nouvelles technologies et de produits les exploitant peut parfois donner le tournis. Faire la part des choses entre marketing et véritables avancées technologiques est devenu particulièrement délicat. Ceci étant, malgré le buzz et la bulle spéculative autour des IA, il est difficile de ne pas voir qu’une vraie évolution des usages est en train de commencer.

L’IA attend encore son iPhone


Le futur est déjà là, il n’est juste pas réparti équitablement. Cette citation n'est pas de moi mais du célèbre auteur William Gibson, connu, entre autres, pour son livre Neuromancer qui a créé presque à lui tout seul le genre cyberpunk.

L’IA attend encore son iPhone


Depuis la sortie de ChatGPT en novembre 2022, l’IA s’invite partout. Dans nos smartphones, dans les moteurs de recherche, en passant par presque tous les logiciels (bureautique, outils de développement, etc.), chaque semaine amène son lot d’annonces.

Cela rappelle énormément d’autres grandes transitions technologiques que nous avons déjà connues. Et lorsque l’on prend un peu de recul historique, on réalise à quel point nous sommes probablement encore qu'au tout début des bouleversements qu'apporteront ces technologies.

De multiples révolutions



J'ai eu la chance de vivre en direct plusieurs révolutions de l'informatique. Cela a commencé avec l’arrivée des ordinateurs personnels dans les années 80. Une époque où posséder un ordinateur à la maison était extrêmement rare, voire étrange.

Cela aurait pu être moi...
Cela aurait pu être moi...


Je pense toujours aux personnes qui ont commencé leur carrière sans aucun ordinateur et qui ont dû, parfois très tardivement, apprendre à utiliser des outils n’ayant absolument rien à voir avec leurs compétences initiales.

L’ordinateur était considéré comme un jouet



Quand j’utilisais quotidiennement mon Atari 520 STe puis mon PC avec Windows 95, il y avait encore beaucoup de personnes qui ne comprenaient pas l’attrait de cette technologie. Cette incompréhension était telle que certains amis de mes parents pensaient que j’allais avoir une carrière de secrétaire, car ils me voyaient souvent taper sur un clavier avec une vitesse et une dextérité qu’ils croyaient réservées à ce type de carrière.

Quand j’essayais de leur expliquer tout ce que l’on pouvait faire avec un ordinateur (traitement de texte, tableur, faire de la musique, faire de la modélisation 3D, programmer des applications, etc.) ils restaient circonspects. Pour eux, cela relevait de l’accessoire, voire du jouet.

L'Atari ST, alternative bon marché au Mac.
L'Atari ST, alternative bon marché au Mac.


Et pourtant, le futur était déjà sous leurs yeux, mais ils n’étaient pas capables de s’en rendre compte.

Les pionniers de l’ordinateur personnel



Quand Apple, Microsoft et les autres se lancent à corps perdu dans le développement des ordinateurs personnels, ce n’est pas par hasard. Leurs fondateurs et ingénieurs avaient déjà vu ce que l’informatique permettait de faire dans le monde professionnel et universitaire.

Paul Allen et Bill Gates adolescents utilisant un terminal dans leur lycée.
Paul Allen et Bill Gates adolescents utilisant un terminal dans leur lycée.


Le portage du BASIC pour l’Altair par Bill Gates et Paul Allen, par exemple, avait été développé sur un mainframe. Gates lui-même avait eu accès très jeune à un terminal connecté à distance à un ordinateur central dans son collège puis lycée, une opportunité rarissime à l’époque. Il a eu d’ailleurs des soucis car il avait tendance à trop l’utiliser, chaque minute de connexion coûtant très cher à son établissement…

Ces pionniers avaient déjà entrevu le potentiel de l’informatique avant le grand public. Et surtout, ils savaient qu’avec la loi de Moore (cette observation selon laquelle la puissance des processeurs double environ tous les 18 mois) les ordinateurs finiraient par devenir suffisamment petits, abordables et puissants pour s’installer sur tous les bureaux.

L’histoire leur a évidemment donné raison.

Ce qui est intéressant, c’est que les usages existaient déjà avant leur démocratisation. Le futur était présent, mais réservé à une minorité capable d’y accéder.

Internet et Web



Et cette histoire va se répéter tout au long de l’histoire de l’informatique. Dès la fin des années 70, de nombreux universitaires, principalement aux États-Unis, utilisaient quotidiennement les emails pour partager leurs recherches. Par la suite, les proto-geeks qui discutaient sur les BBS ou utilisaient Usenet ont eu un avant-goût du web, 10 à 15 ans avant qu’il se démocratise.

J'ai par la suite vécu l'essor du web au milieu des années 90. Là aussi, beaucoup de personnes ne se rendaient pas encore compte qu’elles allaient se connecter sur Internet dans le futur pour pratiquement tout faire.

Site web d'Apple en 1994.
Site web d'Apple en 1994.


Quand le web commence à se démocratiser au milieu des années 90, une grande partie du grand public n’en voit pas encore l’intérêt. La première des raisons est liée au prix. En effet, les ordinateurs étaient encore assez chers et il fallait en plus ajouter le prix d’un abonnement Internet cher et limité en temps. De plus, Internet était alors perçu comme un espace dangereux, compliqué et souvent futile. Pour beaucoup, l’usage principal se limite à l’email ou aux salons de discussion comme Caramail.

Quand j’ai commencé à acheter des pièces d’ordinateurs, sur les conseils trouvés sur le site hardware.fr (alors hardware-fr.com…) et son célèbre forum, sur des sites de vente tels que TopAchat, on me traitait d’inconscient de vouloir payer en ligne. La peur de se faire voler son numéro de carte bleue était réelle et souvent exagérée par les médias, notamment à la télévision.

Mais le futur était déjà là. Qui aujourd’hui n’achète pas sur Internet ?

Smartphone



Et la même histoire se répète dans les années 2000. Certaines personnes utilisaient alors des téléphones portables, ou des PDA, pour faire autre chose que pour passer des appels ou envoyer des SMS. Beaucoup utilisaient des Palm Pilot pour synchroniser leur agenda entre leur ordinateur et leur mobile.

Je me rappelle d’amis qui me présentaient leur téléphone avec système Symbian comme le futur. D’autres ne juraient que par leur Psion. Puis est arrivé le BlackBerry qui va ouvrir la porte des PDA dans le monde professionnel. À tel point qu’un site va s’appeler CrackBerry, comparant l’utilisation addictive du téléphone à une drogue dure.

Le marché des mobiles avant l'arrivée de l'iPhone.
Le marché des mobiles avant l'arrivée de l'iPhone.


Puis sont arrivés les smartphones à la fin des années 2000. Quand certaines personnes avaient encore du mal à accepter qu’il fallait utiliser un ordinateur pour son travail (et qu’il fallait aussi se connecter sur Internet), voilà que l’ordinateur et sa connexion permanente s’invitait dans nos poches.

Il a fallu attendre Apple et son iPhone pour que ce futur se démocratise enfin, mais il était déjà là pour une minorité de personnes.

Et l’IA ?



Je pense que nous sommes dans la même situation actuellement avec l’IA. Bien que ChatGPT soit utilisé très largement (il vient de dépasser le milliard de comptes), l’utilisation de l’IA pour le grand public reste limitée. La plupart des gens se cantonnent à poser des questions dans un chat, alors que les utilisations sont déjà très avancées.

En effet, il est déjà possible non seulement de rédiger du texte, de résumer des documents, de traduire, de générer du code et de créer des images. Mais des utilisations beaucoup plus intéressantes existent déjà comme l’automatisation de certaines tâches.

L’IA attend encore son iPhone


Par exemple, en utilisant des outils comme OpenClaw ou Hermes, il est possible d’avoir un agent tournant 24 heures sur 24, à votre service. Il peut alors lire vos mails, connaître votre emploi du temps, se connecter à vos comptes Slack, Discord et autres. La vraie valeur ajoutée tient dans le fait que le système apprend de vos habitudes, devenant de plus en plus indispensable au fur et à mesure de son utilisation. J’ai personnellement mis en place un système de rapport matinal où une IA me fait un rapport complet sur ma journée à venir. Elle me rappelle les rendez-vous de la journée, les messages importants reçus que je n'ai pas encore lus, me donnant une priorité sur ceux auxquels je dois répondre rapidement et me rappelant les tâches que je dois faire. Et cela, sans que j'aie à ouvrir plusieurs applications, me faisant gagner beaucoup de temps.

L’informatique est devenue une technologie presque invisible. Personne ne se rend compte que tous les usages passent par Internet, que ce soit pour écouter de la musique, regarder une vidéo ou commander un Uber. Internet est totalement intégré à tous les usages quotidiens.

L’IA attend encore son iPhone


L’informatique est devenue tellement invisible que même le terme ordinateur tend à disparaître. Même Apple s’est moqué du terme ordinateur, avec une publicité qui montre une personne utilisant un iPad sans qu’elle s’aperçoive que c’est un ordinateur.



Et Apple dans tout cela ?



Les technologies liées aux différentes IA pourraient suivre la même trajectoire. Les dernières annonces de Google, avec notamment Gemini Spark, vont dans ce sens. Les IA vont être partout, que cela vous plaise ou non, et à terme ce sera totalement transparent.

Une des forces d’Apple est de pouvoir simplifier les technologies complexes afin qu’elles soient adoptées par le grand public. Que ce soit l’ordinateur personnel avec l’Apple II, l’interface graphique avec le Lisa et le Macintosh, le Wi-Fi et les smartphones avec l’iPhone : Apple a toujours proposé quelque chose d’intéressant et de facile à utiliser.

Le futur est déjà là, il n’est juste pas réparti équitablement. Le futur arrive aussi plus lentement qu’on ne l’imagine (j’attends toujours une voiture volante…) mais il arrive aussi plus vite que prévu (j'ai depuis plus de 15 ans dans ma poche un ordinateur surpuissant connecté en permanence à Internet). Espérons qu’avec la WWDC qui pointe bientôt le bout de son nez, Apple nous fera entrevoir cet avenir radieux pour le grand public.

L’IA attend encore son iPhone


En attendant, je vais utiliser Claude tant que mes limites d’utilisation ne sont pas dépassées...