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OpenAI en bourse : pourquoi cela pourrait provoquer la prochaine crise économique mondiale

Par Nicolas Sabatier - Publié le

Nous avons abordé à plusieurs reprises ici, sur Mac4ever, le problème de la bulle spéculative autour de l’IA. Avec l’entrée en bourse prochaine de plusieurs acteurs importants du marché, les risques atteignent leur paroxysme. Il va falloir qu'elles démontrent pour la première fois de vrais retours sur investissement. Nous sommes certainement au moment charnière où, si la bulle est réelle, elle risque d'éclater.

OpenAI en bourse : pourquoi cela pourrait provoquer la prochaine crise économique mondiale


Des chiffres fous



Pour bien comprendre ce qui se passe, il faut bien se rendre compte de la valeur totalement folle des investissements liés à l’IA. Si nous prenons seulement l'année 2026 et quatre acteurs (Amazon, Google, Microsoft et Meta), ils vont dépenser plus de 650 milliards de dollars en infrastructure pour les IA. Juste quatre entreprises, en un an, vont dépenser l’équivalent du PIB de la Suisse pour développer des datacenters et acheter des GPU.

OpenAI en bourse : pourquoi cela pourrait provoquer la prochaine crise économique mondiale


Morgan Stanley estime que les dépenses cumulées pour la création de datacenters aux USA atteindront 3 000 milliards de dollars d'ici à 2029. Ces chiffres perdent tout sens quand on arrive à ce niveau. Pour information, cela représente 10% du PIB annuel des USA. OpenAI, à elle seule, a annoncé 1 400 milliards de dollars de dépenses en infrastructure d'ici 2033. Rappelons encore une fois qu’OpenAI n’a jamais fait de bénéfices.

Ces chiffres ne sont pas des projections de start-up afin d’attirer des investisseurs. Ce sont des engagements réels et signés par les plus grands acteurs du marché : les pelleteuses travaillent nuit et jour pour construire des dizaines de datacenters au moment où l’on parle. Et pourtant, personne ne peut dire si cela sera rentable.

Des IA utiles en entreprises ?



OpenAI en bourse : pourquoi cela pourrait provoquer la prochaine crise économique mondiale


D’un côté on a donc des centaines, voire des milliers, de milliards de dollars de dépenses et de l’autre, l'industrie de l'IA n'a généré en 2026 qu'un chiffre d'affaires de 50 milliards de dollars. Je parle de chiffre d’affaires, même pas de bénéfices.

Ce qui est problématique, ce n’est pas qu’il y ait des investissements qui ne soient pas rentables avant un certain nombre d’années. C’est le principe même de l’investissement. Ce qui pose problème, c’est le ratio complètement déséquilibré entre investissement et retour sur investissement. Je l’avais d’ailleurs abordé dans un précédent article.

Ce qui est inquiétant, à quelques semaines de l'entrée en bourse d'OpenAI et d'Anthropic, c’est la conclusion d’études qui jettent un doute sur les gains de productivité liés à l’adoption des IA. Une étude du MIT publiée récemment estime de 95% des projets d’IA en entreprise n’ont généré aucun retour financier significatif. Ainsi, pour l’instant, il est impossible de dire que l’utilisation des IA en entreprise fait économiser de l’argent.

Cela ne veut pas dire que ces technologies sont inutiles, bien au contraire. Cela met en lumière le fait que l’adoption des IA sera plus longue et plus difficile à mettre en place qu’on ne le pensait au départ.

Une facture difficile à payer



Alors que certains, comme le patron de Nvidia, voulaient évaluer les employés sur leur utilisation de tokens, le vent a depuis tourné. Uber vient de plafonner les dépenses de ses employés en IA à 1 500 dollars par mois. La raison ? La société a dépensé l’intégralité de son budget IA pour 2026 en seulement quatre mois.

Neppalli Naga, CTO d'Uber.
Neppalli Naga, CTO d'Uber.


Même le CTO d’Uber s’est fait avoir. En faisant une démonstration interne, il a dépensé 1 200 $ de tokens en deux heures. Le COO, Andrew MacDonald, s’est alors rendu compte du problème : le lien entre dépenses en token et utilité pour l’entreprise est impossible à démontrer.

Uber n’est pas la seule entreprise à réduire la voilure sur les dépenses en IA. Walmart a aussi imposé des quotas sur l'utilisation de son IA interne. Microsoft a limité l’accès à Claude Code pour certaines divisions. Enfin, une société, qui n’a pas voulu donner son nom (et on peut le comprendre), vient d’admettre qu’elle a cumulé plus de 500 millions de dollars d'utilisation de tokens pour Claude en un seul mois… Les mauvaises langues disent que c’est peut-être Microsoft…

Nous avons donc un mouvement de fond pour limiter l’utilisation des IA au sein des entreprises. Il n’y a pas un rejet de la technologie, mais une volonté de mieux évaluer ce qu’elle peut apporter concrètement.

L’entrée en bourse d’OpenAI : le moment de vérité



Le patron de ChatGPT espère que le cours en bourse va monter.
Le patron de ChatGPT espère que le cours en bourse va monter.


Nous arrivons à un moment charnière : Anthropic et OpenAI vont bientôt entrer en bourse. Là encore les chiffres dépassent l’entendement. OpenAI serait évaluée autour de 500 milliards de dollars (la cinquième plus grosse évaluation au monde actuellement) alors que les pertes pour 2026 risquent de dépasser les 17 milliards de dollars. L'entreprise annonce ne devenir rentable pas avant 2030. Ainsi, une société qui investit des centaines, voire des milliers de milliards, ne compte pas faire de bénéfices avant encore plusieurs années.

Elle a d’ailleurs revu à la baisse ses dépenses en infrastructure. Au début évaluées à 1400 milliards de dollars, elles ne sont plus qu’aux alentours de 600 milliards. OpenAI essaie d’ailleurs de faire des économies en arrêtant des projets coûteux, comme Sora, et de générer des revenus supplémentaires, comme avec l’arrivée de la publicité dans ChatGPT.

L’entrée en bourse d’OpenAI est donc un moment historique. Si elle se passe bien, et que l’entreprise est bien évaluée aux alentours de 500 milliards de dollars, alors cela veut dire que le marché garde une confiance aveugle dans les technologies de l’IA. Par contre, si elle échoue avec une décote significative, ce sera sans doute le premier signe concret que la bulle est en train d’éclater sous nos yeux.

Une concentration historique



OpenAI en bourse : pourquoi cela pourrait provoquer la prochaine crise économique mondiale


Si on prend 41 entreprises liées à l’IA, elles représentent 50% de la capitalisation totale du S&P. C’est un niveau de concentration jamais vu.

Bank of America avertit que l’arrivée de SpaceX, OpenAI et Anthropic en bourse pourrait augmenter cette concentration à un niveau extrêmement dangereux, dépassant tous les pics historiques connus. Nous sommes devant une bulle dite rationnelle : tous les acteurs reconnaissent que les valorisations sont excessives mais personne ne veut être le premier à le reconnaître car cela coûte cher.

Vous voulez d’autres chiffres qui font peur ? L’année dernière, la bourse américaine a levé 44 milliards de dollars. Le record était de 142 milliards de dollars et il datait de 2021, quand l’économie mondiale repartait après le COVID et qu’une frénésie d’investissement avait déferlé.

Or, en 2026, on parle de 300 à 400 milliards de dollars qui vont arriver en bourse, tous en lien direct avec l’IA. Soit trois fois le record précédent qui était déjà une folie en soi. Rien que SpaceX a levé 75 milliards de dollars. Pourquoi j’aborde SpaceX alors que j’écris sur les IA et que la société est spécialisée dans les fusées réutilisables ? Parce que l’entreprise a fusionné avec xAI afin de faire monter les prix. SpaceX est maintenant valorisée à plus de 1 770 milliards de dollars. Rien n’a de sens.

2026 : l’année du jugement



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De nombreux datacenters ont été construits. De nombreux modèles ont été entraînés et déployés. Les entreprises ont eu le temps de tester l’impact des IA sur leurs activités. Ainsi, c’est en 2026 que, pour la première fois, on va savoir si les investissements massifs dans les IA sont justifiés.

Tout porte à croire que ce n’est pas le cas, le marché risque alors de répondre de manière violente. Ajoutons à cela qu’une grande partie des investissements concerne l’achat de GPU. Or, ils ont une durée de vie limitée, de l’ordre de 3 à 5 ans. Ainsi, la fenêtre de rentabilité est extrêmement courte : si les revenus n’arrivent pas rapidement, les actifs vont se déprécier avant même d'avoir été amortis.

Qui va payer ?



Les milliardaires rient face aux crises économiques car ce ne sont pas eux qui payent.
Les milliardaires rient face aux crises économiques car ce ne sont pas eux qui payent.


D’après vous ? Qui va payer ? Qui risque de tout perdre ? Si l’histoire nous enseigne quelque chose, c’est que les plus riches et puissants ne sont pas ceux qui payent les pots cassés des crises. Bien au contraire. Pour les IA, si la bulle éclate, ce sera pareil.

Larry Fink, PDG de Blackrock (plus grand gestionnaire d’actifs au monde) a fait une intervention intéressante en mai 2026. Il a dit que les centaines de milliers de milliards nécessaires pour financer les infrastructures pour les IA américaines viendraient des comptes d'épargne et des comptes de retraite des Américains.

C’est la logique des investissements de start-up (et de la dernière phase de bulle spéculative). Les investisseurs professionnels cherchent une porte de sortie et ce sont les épargnants ordinaires, via leurs fonds de pension et leurs investissements personnels, qui se retrouvent à tenir la position, et à prendre de plein fouet l’explosion de la bulle.

Et après l’introduction en bourse ?



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Que va-t-il se passer une fois que les plus grosses entreprises de l'IA seront entrées en bourse ? Deux solutions sont probables. La première : elles augmentent leurs prix afin de satisfaire les investisseurs pour avoir une meilleure rentabilité et enfin gagner de l’argent. Le résultat serait alors une destruction de la demande. Habitués à des prix bas, les utilisateurs n'accepteront pas une hausse des prix. De plus, les entreprises ont du mal à trouver pour l’instant l’intérêt des IA au niveau de la productivité. C’est d’autant plus important dans un contexte où, comme je l’ai abordé précédemment, de grosses entreprises plafonnent leurs dépenses en IA ou cherchent des alternatives moins coûteuses. Cela ferait perdre confiance aux investisseurs et les entreprises de l’IA ne pourraient plus se financer.

Deuxième solution : les entreprises de l’IA baissent les prix pour rester compétitives. C’est ce qu'OpenAI envisage à cause de la concurrence féroce d’Anthropic, notamment sur le marché professionnel avec Claude Code. Le résultat serait des pertes qui s'aggravent sur un modèle déjà déficitaire de plusieurs milliards par an. Le financement d'infrastructures de plusieurs centaines de milliards deviendra alors impossible à honorer. Et on se retrouve dans la même position qu’à la première solution : baisse de confiance des investisseurs et des entreprises incapables de se financer.

Et qui regarde cela avec attention et qui s’en frotte les mains ? Nos amis chinois : ils n'ont pas de GPU Nvidia ni accès aux derniers modèles d’Anthropic, mais ils ont des idées.