Ferrari a dévoilé lundi la Luce, sa toute première voiture 100% électrique. Résultat : une pluie de critiques, un titre en Bourse qui dévisse et des fans furieux. Pendant ce temps, chez Lamborghini, on respire. Le patron de la marque vient d'expliquer pourquoi avoir abandonné son propre projet électrique était, selon lui, le bon choix.
Lamborghini a fait machine arrière, et l'assume
Stephan Winkelmann, le patron de Lamborghini, ne regrette rien. La marque italienne, propriété du groupe Volkswagen, avait dans ses cartons une supercar électrique baptisée Lanzador, plus une version 100% électrique de son SUV Urus. Les deux sont passées à la trappe, au profit de l'hybride rechargeable. Notre décision de passer du moteur thermique à l'hybride rechargeable était très importante pour nous, et ça a payé, a-t-il confié à CNBC. Sa logique tient en une phrase : les clients ne suivent pas. En observant le marché, on a vu que la courbe d'adoption du tout-électrique pour notre type de clientèle ne progressait pas.
La Luce, c'est 1 035 chevaux et beaucoup de colère
En face, Ferrari a sorti le grand jeu. La Luce, c'est une berline à quatre portes et cinq places, quatre moteurs électriques, jusqu'à 1 035 chevaux, une batterie de 122 kWh et un 0 à 100 km/h abattu en 2,5 secondes. Le design est signé Jony Ive, l'ancien responsable du design chez Apple. Sur le papier, la fiche technique impressionne. Sauf que voilà : le tarif démarre à 550 000 euros, et le style ne passe pas du tout. Le titre Ferrari a perdu 8% à Milan dès le lendemain. Luca di Montezemolo, l'ancien président de la marque, n'a pas mâché ses mots : J'espère qu'ils vont retirer le cheval cabré de cette voiture. Même Matteo Salvini, le ministre des Transports italien, s'y est mis, jugeant la Luce hors de prix et tout sauf une Ferrari.
Deux maisons italiennes, deux paris opposés
Winkelmann, lui, a soigneusement évité de commenter la Luce directement. On ne parle pas de nos concurrents, chacun a sa propre stratégie, a-t-il botté en touche. Le message est quand même limpide. Pour lui, l'innovation compte avant tout, à condition de ne pas innover pour le plaisir d'innover, ni d'imposer quoi que ce soit au client. En clair, Ferrari forcerait la main d'une clientèle qui n'en veut pas encore. Lamborghini préfère attendre que le marché soit mûr, hybride au milieu du gué. Deux visions du luxe automobile, et pour le moment c'est le prudent qui a le sourire.
On en dit quoi ?
Difficile de ne pas sentir une petite pointe de satisfaction du côté de Lamborghini. Le timing est presque trop beau : Ferrari se prend une volée de bois vert, et le voisin explique tranquillement qu'il avait eu raison de ne pas y aller. Sur le fond, Winkelmann marque un point. Vendre une électrique à plus d'un demi-million d'euros à des gens qui achètent justement du bruit et des sensations, c'est un pari compliqué. Mais je prédits quand même que cette Luce va faire un carton. On prend les paris ?