Changer de batterie en quelques minutes, plutôt que de la charger, est-ce une idée révolutionnaire ou une fausse bonne idée ?
En Chine, le Swap de batterie est devenu une habitude pour de nombreux conducteurs de voitures électriques. On a donc voulu tester… par nous-même pour se faire une idée !
Une idée pas si nouvelle… et souvent abandonnée
Personne (ou presque) ne s’en rappelle, mais le premier à avoir eu l’idée de changer sa batterie dans des stations fut…. Elon Musk, avec sa Model S… en 2013 !
La présentation avait même eu lieu sur scène et le patron de Tesla avait d’ailleurs à l’époque déclaré que l’opération prenait deux fois moins de temps qu’un plein d’une Audi A8. Tout était déjà automatisé pour l'époque, du moins, sur le papier.
La suite, vous la connaissez : ni Tesla, ni le reste des constructeurs n’ont réellement persévéré dans cette voie. Il faut dire que le coût de l’infrastructure, de la maintenance et sans doute, la gestion de la disponibilité des batteries les a dissuadés de persévérer. Les progrès en matière de charge rapide ont aussi eu raison de ce système... enfin, pas tout à fait !
Le pari fou de Nio
Presque 10 ans plus tard, Nio est sans doute le seul constructeur à avoir réellement investi dans les stations de Swap.
Dès 2018, le constructeur annonce vouloir développer jusqu’à 1000 stations à travers la Chine et à l’époque, personne n’aurait parié qu’en 2026, il en compterait plus de 4000 ! Mais saviez vous que plusieurs dizaines sont déjà présentes en Europe ? On en trouve en effet quelques unes en Allemagne, Norvège et Pay-Bas.
En Chine, le maillage est déjà très complet, avec même souvent une bonne dizaine de stations dans les grandes villes comme Shenzhen ou Shaghai. Mais le plus amusant, c’est de voir qu’en parallèle, Nio a aussi déployé plus de 5000 stations… de recharge rapide ! Car oui, ces voitures peuvent être aussi rechargées de manière plus conventionnelle.
Des batteries pas toujours chargées ?
Nous voilà donc dans la voiture de Sefika, une amie chinoise qui a fait le pari de choisir une Nio, en grande partie pour ce système d’échange de batterie, nous confie-t-elle.
Dans la voiture, une carte affiche les stations et la disponibilité. En réalité, les batteries ne sont pas vraiment pleines, leur niveau de charge est variable, et vous pouvez donc choisir -en quelque sorte- votre autonomie. Si vous n’avez pas besoin de 500Km, vous pouvez par exemple opter pour une demi-batterie, et ne payer… qu’un demi-tarif. En fait, vous ne payez même que la différence entre la charge actuelle et celle de la nouvelle batterie. Si vous devez faire un grand voyage mais que vous avez déjà 60%, vous n'avez donc pas à payer le tarif maximum.
Je ne m’attendais pas à ce genre de fonctionnement et surtout, je pensais que chaque station embarquait des dizaines d’accumulateurs pour couvrir la demande, notamment pendant les pics de rotation. En réalité, les batteries sont continuellement en charge (rapide, donc), prêtes à être déployées dans un autre véhicule.
Une recharge en « pilote-automatique »
Une fois arrivé sur place, les choses sont encore plus simples que chez Tesla : vous appuyez sur un seul bouton, et c’est la voiture qui va aller se positionner seule dans la station.
Vous n’avez pas à sortir de la voiture, ni même à contrôler l’opération : la plupart du temps, les utilisateurs regardent des films ou travaillent pendant le swap.
La voiture est ensuite surélevée sur des vérins hydrauliques, afin d’être le plus stable possible. Une fois en place, un robot se charge de déverrouiller le berceau de la batterie, que l’on voit disparaître sous la station. La trape se referme, le temps qu’une nouvelle batterie soit placée sous le véhicule. Vous voyez d'ailleurs tout le détail sur l'écran de la voiture :
L’étape finale consiste à replacer la batterie dans le berceau, une opération assez mécanique, on sent d’ailleurs le véhicule bouger et c’est même assez bruyant. On est même un peu secoué pendant que la batterie est revissée, mais c’est assez rapide.
L’opération n’aura duré que 3 minutes, un minuteur atteste même de chaque recharge devant la borne ! En un petit quart d'heure, nous avons d'ailleurs vu défiler plusieurs voitures, preuve que le système est déjà très bien utilisé et parfaitement dimensionné : il n'y avait jamais de queue par exemple. Il faut dire que le système vous informe en temps réel de l'état des stations.
Combien ça coute ?
Le tarif est plutôt compétitif pour échanger sa batterie en Chine : entre 5 et 12€ environ.
En fait, le prix dépend de la taille de la batterie (75, 100 ou 150kWh) et du niveau de charge de celle-ci. Si vous la chargez à 90%, ce sera presque 15€, mais la plupart du temps, les clients se contentent de 50-60%, soit moins de 10€.
Il faut aussi compter la location de la batterie. Cette fois, on parle d’environ 80€ par mois pour une batterie de 80 kWh. Cela peut paraitre cher, mais une batterie neuve est facturée environ 8000€ en Chine, soit l'équivalent de 100 mois de location ! Vous pouvez donc avoir un véhicule bien plus équipé, le prix de la batterie étant déduit.
N’oublions pas non plus que les Nio sont toujours rechargeables via les prises CCS classiques, même si les vitesses de charge ne sont pas parmi les plus rapides du marché (30 à 40mn). Nio progresse toutefois aussi sur ce segment, avec des charges à 500kW annoncées récemment.
Nio, une marque qui mérite d'être connue
Encore peu présente en Europe, Nio est pourtant une marque... étonnante.
Par exemple, le niveau de finition intérieur nous a beaucoup surpris ! Avec des tarifs plutôt généralistes, on se croirait largement sur du premium allemand !
Les matériaux, les assemblages, le niveau de confort.. c'est bluffant ! Le toit panoramique est immense, les sièges ont des sur-coussins pour la tête, les caméras sont d'excellente qualité... Même le dernier GLC ne propose pas un meilleur niveau d'équipement !
Nio propose même de la conduite 100% autonome, pas forcément la meilleure du marché d'après notre amie chinoise. Reste que sur le trajet, elle l'a activée tout du long, et que la voiture a plutôt bien géré la conduite et les intersections.
Du coup, c’est une bonne idée ?
Je dois le reconnaître, avant de voir le swap de batterie pour de vrai, j’étais un peu sceptique sur la technologique.
En réalité, ce n’est pas si contraignant, plutôt rapide, et les stations ne nécessitent pas tant de logistiqus : elles sont plutôt compactes et n’hébergent en fait que quelques batteries à la fois. Pas besoin de gros stocks comme on aurait pu l’imaginer.
J’ai aussi été bluffé par la rapidité d’exécution malgré toutes les opérations mécaniques : tout est automatisé, super fiables et d’après les clients, il n’y a quasiment jamais de soucis.
Malgré tout, je reste sceptique sur le déploiement à long terme, et de façon généralisée : pour que ça marche, il faudrait que tous les constructeurs harmonisent les formes et les capacités des batteries, ce qui parait compliqué, ne serait-ce que par la disparité des topologies de véhicules, la diversité des technologies, etc.
Enfin, avec l’arrivée des chargeurs de 600 à 1000kW, et de la généralisation du 800V, une charge en 5 à 10mn est désormais une réalité. C’est presque aussi rapide qu’un échange de batterie, la logistique en moins.