Depuis le sommet Lumière de Saint-Paul-de-Vence, Emmanuel Macron a expliqué que YouTube et TikTok devaient rejoindre Netflix, Amazon et Disney dans le club des plateformes obligées de financer la production locale. YouTube dépasse déjà Netflix dans plus de vingt marchés, dit-il, et il échappe à l'obligation d'investir en France. Sauf qu'aucun texte n'est sur la table.
Un sommet de patrons et un milliard sur la table
Le sommet Lumière s'est tenu lundi à la Fondation Maeght, coprésidé par Macron et le président sud-coréen Lee Jae-myung, avec plus de deux cents invités venus de plus de 65 pays, Ted Sarandos de Netflix au premier rang. Les deux présidents y ont annoncé un partenariat d'un milliard d'euros sur cinq ans pour la filière de l'image, sans détailler qui paie quoi. Le vrai message est ailleurs, dans un entretien accordé en marge de l'événement.
YouTube, la télé par défaut qui ne paie rien
Macron y décrit YouTube comme une plateforme très efficace, devenue de fait la télévision par défaut dans beaucoup de pays, et qui dépasserait Netflix en temps de visionnage dans plus de vingt marchés. Le problème, c'est que Netflix, Disney+, Prime Video ou Apple TV doivent, depuis le décret de 2021, reverser 20 % de leur chiffre d'affaires français dans des films et des séries français et européens, alors que YouTube et TikTok, considérés comme des sites de partage et non comme des services de vidéo à la demande, échappent à cette obligation et ne versent au CNC qu'une taxe de 2 % sur leurs recettes publicitaires, avec un abattement qui la vide en grande partie de sa substance. Le président veut donc les faire entrer dans le même écosystème, avec plus de créations et plus de respect des auteurs, et il propose d'engager la discussion de façon multilatérale, avec d'autres pays, plutôt que la France seule face à Google. Les chiffres lui donnent raison sur l'usage, une étude de l'Arcom publiée en mars indique que 27 % des utilisateurs français de YouTube l'allument en premier quand ils s'installent devant leur téléviseur.
Beaucoup de principes, zéro texte
L'entretien ne contient aucune proposition concrète, ni projet de loi, ni taxe, ni calendrier, et Google n'a pas réagi dans l'immédiat. Macron a aussi défendu le CNC et l'exception culturelle, attaqués selon lui par des extrêmes qui se battent très fort contre ce modèle. Tout ça à huit mois de la fin de son mandat, ce qui laisse peu de temps pour convertir des intentions en décret.
On en dit quoi ?
Sur le fond, difficile de lui donner tort. Quand une plateforme devient la première chose qu'on allume dans le salon, financée par la publicité et par un abonnement Premium, la traiter comme un simple hébergeur de vidéos de chats n'a plus beaucoup de sens, et Netflix serait le premier à applaudir. Par contre, on a déjà entendu ce discours, et faire payer YouTube ne se réglera pas dans un sommet sur la Côte d'Azur, surtout qu'aucun représentant de Google n'était annoncé dans la salle. Si obligation il y a un jour, on sait déjà qui la paiera, ce sera l'abonné Premium et les créateurs, pas Mountain View.