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Selon le New York Times, voilà qui est le créateur du Bitcoin

Par Vincent Lautier - Publié le

Le journaliste John Carreyrou publie une enquête d'un an dans le New York Times. Sa conclusion : Adam Back, cryptographe britannique de 55 ans et patron de Blockstream, serait Satoshi Nakamoto, le créateur du Bitcoin.

Visuel : NYT
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Le journaliste qui avait fait tomber Theranos



Si le nom de Carreyrou vous dit quelque chose, c'est normal. C'est lui qui, en 2015, avait révélé dans le Wall Street Journal que Theranos, une start-up de la Silicon Valley valorisée 9 milliards de dollars, était une fraude. La fondatrice Elizabeth Holmes prétendait pouvoir faire des centaines d'analyses sanguines avec une goutte de sang, mais la technologie ne marchait pas. Holmes a fini par être condamnée à plus de 11 ans de prison. Carreyrou en a tiré un livre, "Bad Blood", devenu un best-seller. Quand ce genre de journaliste publie une enquête d'un an sur l'identité de Satoshi Nakamoto, ça pèse un peu plus lourd que le thread X habituel.

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Une enquête linguistique et technique



Carreyrou est parti des écrits de Satoshi, et en particulier des centaines de mails échangés avec Martti Malmi, un développeur finlandais qui avait collaboré avec Satoshi aux débuts du Bitcoin. Le journaliste a dressé une liste de plus de cent mots et expressions utilisés par Satoshi, puis les a comparés avec les écrits publics des principaux suspects. Un seul candidat correspondait à la quasi-totalité des termes : Adam Back. Le mélange d'orthographe britannique et d'expressions américaines, l'utilisation de termes techniques très précis comme "hand tuned" ou "partial pre-image", et un ton qui oscillait entre geek et idéologue libertarien collait avec le profil de Back.

Et puis il y a le fond. Entre 1997 et 1999, soit dix ans avant le lancement du Bitcoin, Back avait décrit sur la mailing list des Cypherpunks un système de monnaie électronique qui ressemble à s'y méprendre au Bitcoin : distribué sur un réseau de noeuds, protégé par la vie privée, résistant à l'inflation, sans autorité centrale, et vérifiable publiquement. Cinq caractéristiques qui sont devenues les piliers du Bitcoin.

Les pièces du puzzle



Back est l'inventeur de Hashcash, le système de preuve de travail que Satoshi a directement repris pour le minage du Bitcoin et qu'il cite dans le livre blanc. Sa thèse de doctorat portait sur les systèmes distribués, en C++, le même langage utilisé pour la première version du logiciel Bitcoin. Il a aussi travaillé sur le Freedom Network, un précurseur de Tor, le réseau que Satoshi aurait utilisé pour couvrir ses traces. Et en 1998, c'est Back qui a proposé de combiner Hashcash avec le b-money de Wei Dai pour créer une monnaie électronique. C'est exactement ce que Satoshi a fait dix ans plus tard.

Back avait aussi produit des mails montrant que Satoshi l'avait contacté en août 2008 avant de publier le livre blanc, ce qui semblait prouver qu'il n'était pas Satoshi. Mais Carreyrou soulève une possibilité : Back aurait pu s'envoyer ces mails à lui-même pour se créer un alibi. Back a déménagé à Malte en 2009, l'année du lancement du Bitcoin, un paradis fiscal que la communauté Bitcoin considère comme l'endroit idéal pour Satoshi et ses 1,1 million de bitcoins.

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Adam Back continue de nier



Back a toujours nié être Satoshi. Lors du tournage du documentaire HBO en 2024, il s'était tendu à la mention de son nom parmi les suspects et avait demandé à ce que la conversation reste confidentielle. Face à Carreyrou, il s'est montré cordial mais évasif. Il a reconnu les coïncidences mais les a balayées en disant que les bitcoineurs adorent jouer les détectives et que les coïncidences ne prouvent rien.

On en dit quoi ?



L'enquête est solide et les indices s'accumulent, mais il manque la preuve absolue : personne n'a vu Adam Back déplacer les 1,1 million de bitcoins de Satoshi, qui valent aujourd'hui une fortune. Tant que ces coins ne bougent pas, on restera dans le domaine du faisceau d'indices.