Vous l'avez forcément installé sur votre ordinateur. VLC, le lecteur multimédia au cône de chantier orange, vient de franchir les 6 milliards de téléchargements. Invité par François Sorel dans Le Podcast Tech d'RMC, son président Jean-Baptiste Kempf est revenu sur une aventure née dans les couloirs de Centrale Paris, entre parties de Doom en réseau et offres de rachats hallucinantes.
Jean-Baptiste Kempf, invité dans "De Quoi J'me Mail"
Tout est parti d'une partie de Doom
Pour ceux qui allument un ordinateur pour la première fois de leur vie, VLC est un logiciel de type "lecteur multimédia" qui permet de lire quasiment tous les formats vidéo et audio du monde sans installer quoi que ce soit. Ça a longtemps été un indispensable pour lire toutes les vidéos dans des formats un peu tordus téléchargés sur internet.
Tout ça à cause de Doom
L'histoire de VLC
Tout vient de Doom en fait, oui oui, le jeu. Dans les années 90, des étudiants de l'École Centrale de Paris à Châtenay-Malabry veulent un réseau plus rapide pour jouer à Doom en réseau. Alain Pouyat, DSI du groupe Bouygues, propose un deal improbable. Financer ce nouveau réseau, en échange d'une antenne satellite sur le campus, dans le seul but de diffuser la télévision via ce réseau, plutôt que de multiplier les décodeurs individuels. C'est la naissance du projet "Network 2000", en 1996.
Le 1er février 2001, la direction autorise le passage en open source. VLC sort de l'école et commence sa vie publique. Sa grande force : il embarque ses propres codecs. À l'époque, lire un DivX sur Windows obligeait à installer trois logiciels douteux, souvent bourrés de spywares. VLC, lui, lisait tout sans rien demander.
Pas le logiciel le plus sexy qui soit, mais clairement un des plus pratiques !
Des offres à huit chiffres, et un non catégorique
Jean-Baptiste Kempf, ingénieur diplômé de Centrale, arrive en 2003 et prend la tête du projet. En 2008, il fonde l'association VideoLAN pour garantir l'indépendance de VLC. Sous sa direction, le logiciel passe de quelques millions d'utilisateurs à 500 millions d'actifs.
Avec une audience pareille, forcément, les propositions n'ont pas tardé. Des entreprises tech ont mis sur la table des contrats à huit chiffres pour intégrer des barres d'outils, remplacer le moteur de recherche par défaut ou coller de la publicité dans le logiciel. À propos de Google, Jean-Baptiste raconte même : Ils nous ont proposé un deal : à chaque installation de VLC, tu installais Chrome. Un contrat à 1 € l'installation. Pas mal quand même. Mais il a tout refusé. Ce n'était pas moral, confie-t-il au micro de François Sorel. Pour lui, VLC appartient aux milliers de développeurs bénévoles qui y contribuent depuis bientôt 30 ans.
Toujours gratuit, toujours debout
Aujourd'hui, VLC tourne encore sur Windows XP et sur de vieux iPad. Il lit environ 1 000 formats et son moteur LibVLC est intégré dans des dizaines de produits, des box opérateurs aux applications de streaming. Toujours gratuit, toujours sans pub, financé par des dons. Kempf a aussi lancé Videolabs en 2012, une entreprise qui développe des services pro autour de VLC (du support, du consulting) et qui permet au projet de se financer.
On en dit quoi ?
Si VLC avait été racheté par un géant américain il y a 15 ans, on aurait probablement un lecteur bourré de pubs à la place. Kempf fait partie de ces gens dans la tech pour qui l'éthique passe avant le chiffre d'affaires. Et la plupart des utilisateurs ne savent même pas que VLC est français, ni maintenu par une asso et des bénévoles. Et vous, vous avez toujours VLC installé sur votre machine ? Vous l'utilisez régulièrement ?