La Chine franchit une nouvelle étape dans la course aux fusées réutilisables. LandSpace est parvenue à placer un satellite en orbite avec sa Zhuque-3 avant de faire revenir son premier étage et de le poser verticalement à près de 400 km du site de lancement. Une prouesse qui intervient seulement quelques semaines après une autre récupération réalisée avec une technique très différente. Derrière ces démonstrations se joue surtout la capacité de Pékin à déployer rapidement ses futures mégaconstellations de satellites.
UN DÉCOLLAGE, UNE MISE EN ORBITE ET UN ATTERRISSAGE
Après un premier échec en décembre dernier, la deuxième tentative aura été la bonne. Mercredi, LandSpace a lancé sa fusée Zhuque-3 depuis le centre spatial de Jiuquan, dans le désert de Gobi. Le lanceur de 66 mètres, propulsé par un mélange de méthane et d’oxygène liquides, a placé le satellite internet Honghu-3 sur l’orbite prévue. Mais le plus intéressant s’est produit quelques minutes plus tard.
Son premier étage est revenu sur Terre avant de se poser verticalement sur une zone située dans le comté de Minqin, dans la province du Gansu, à environ 390 kilomètres au sud-est de la base de lancement.
LandSpace devient ainsi la première entreprise spatiale commerciale chinoise à réussir simultanément une mise en orbite et la récupération du premier étage de son lanceur. La Zhuque-3 établirait également une autre première mondiale : celle d’un booster en acier inoxydable récupéré après un lancement orbital.
DEUX TECHNIQUES DE RÉCUPÉRATION EN QUELQUES SEMAINES
La performance est d’autant plus intéressante que LandSpace avait échoué lors de sa précédente tentative. En décembre, le deuxième étage avait bien atteint l’orbite, mais le booster avait explosé pendant sa descente. Le moteur du premier étage n’était pas parvenu à se rallumer à environ trois kilomètres d’altitude, empêchant le freinage final nécessaire à l’atterrissage. Quelques mois auront donc suffi pour corriger le problème.
Ce succès intervient surtout dans un contexte d’accélération spectaculaire du programme spatial chinois. En juillet, la fusée publique Long March-10B avait déjà démontré une autre méthode de récupération, son premier étage ayant été capturé par un immense filet installé sur une plateforme en mer.
En l’espace de quelques semaines, la Chine a donc validé deux architectures très différentes : la capture maritime et l’atterrissage vertical sur la terre ferme. Il faut toutefois nuancer la comparaison avec les États-Unis. Actuellement, les États-Unis maîtrisent la réutilisation des fusées depuis plus d’une décennie, notamment avec les atterrissages verticaux de SpaceX et Blue Origin. La Chine adopte toutefois une approche différente en explorant plusieurs méthodes : après la capture du Long March-10B par un système de filet en juillet, Zhuque-3 vient de réussir un atterrissage vertical.
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JUSQU’À 21 TONNES EN ORBITE BASSE
Les performances de la Zhuque-3 la placent également dans une catégorie remarquable. En configuration non réutilisable, elle pourrait transporter environ 21 tonnes en orbite terrestre basse, contre 18 tonnes lorsque son premier étage doit revenir sur Terre.
La Long March-10B atteindrait de son côté environ 22 tonnes sans récupération et 16 tonnes en configuration réutilisable. Cette capacité pourrait devenir essentielle pour les ambitions chinoises. Pékin prépare notamment les constellations Guowang et Qianfan, qui doivent chacune compter à terme plus de 10 000 satellites destinés aux communications à haut débit.
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Qu’en penser ?
La réussite de LandSpace ne remet évidemment pas encore en cause l’avance opérationnelle considérable de SpaceX. Mais la vitesse à laquelle la Chine développe plusieurs technologies de récupération devient difficile à ignorer.
L’enjeu dépasse largement la prouesse technique. Des lanceurs réutilisables et moins coûteux permettraient surtout à Pékin d’accélérer le déploiement de ses mégaconstellations et de réduire l’écart avec Starlink. La prochaine bataille spatiale se jouera donc autant sur la fréquence et le coût des lancements que sur les performances des fusées elles-mêmes.