La Californie vient de franchir une première étape. Son Assemblée a voté l'AB 1921, surnommée Protect Our Games Act, par 43 voix contre 16. Le texte obligerait les éditeurs à prévenir deux mois avant de couper un jeu, puis à le laisser jouable hors ligne ou à rembourser. Prochaine étape, le Sénat de l'État en juin, sur fond de mouvement Stop Killing Games.
Ce que prévoit le texte
Porté par l'élu démocrate Chris Ward et introduit en février 2026, le projet de loi part d'un constat simple : quand vous achetez un jeu en ligne, vous payez pour quelque chose qui peut disparaître du jour au lendemain. L'AB 1921 imposerait un préavis de soixante jours avant la fermeture des serveurs. Et surtout une porte de sortie. Soit l'éditeur prévoit un mode hors ligne ou la possibilité d'héberger des serveurs entre joueurs, soit il rembourse purement et simplement les acheteurs qui se retrouvent le bec dans l'eau. La mesure ne viserait que les jeux payants mis en vente à partir du 1er janvier 2027. Les gratuits, ceux des abonnements type Game Pass et les jeux déjà jouables hors ligne, eux, resteraient en dehors.
Stop Killing Games derrière la bataille
Rien de tout ça n'arrive par hasard. Tout part d'Ubisoft. En avril 2024, l'éditeur français retire The Crew de la vente et coupe ses serveurs, et des joueurs qui avaient payé plein pot se retrouvent du jour au lendemain avec un jeu de course parfaitement injouable, sans le moindre mode solo pour sauver les meubles. Le YouTubeur Ross Scott lance alors Stop Killing Games. Le mouvement a fait du chemin depuis. Une initiative citoyenne européenne a réuni assez de signatures pour atterrir sur le bureau de la Commission en février 2026, et Scott s'est même retrouvé à plaider le dossier devant le Parlement européen le 16 avril. La Californie, elle, devient le premier État américain à traduire cette colère en proposition de loi.
L'industrie monte au créneau
L'Entertainment Software Association, le lobby qui parle pour Sony, Microsoft, Nintendo et les autres, voit forcément tout ça d'un très mauvais œil. Son raisonnement tient en une ligne : un jeu est sous licence, pas vendu comme une propriété définitive. Maintenir pour toujours des serveurs, de l'authentification en ligne, des systèmes anti-triche et des contenus sous licence, ça coûte cher, et l'ESA prévient que la facture finirait par retomber sur tout le monde, avec à la clé moins de jeux, des coûts plus élevés et moins d'innovation. Stop Killing Games balaie l'argument. Le texte n'oblige personne à faire tourner ses serveurs jusqu'à la fin des temps : un éditeur garde le droit d'arrêter les ventes, de prévenir que l'anti-triche s'éteint, et de laisser ensuite le jeu vivre sa vie entre les mains des joueurs.
On en dit quoi ?
Honnêtement, le principe parle à tous ceux qui se sont déjà retrouvés avec un jeu mort sur leur compte. Payer plein tarif pour un produit qui peut s'évaporer parce qu'un éditeur décide de couper la prise, ça pique un peu. Le hic, c'est que la Californie démarre à peine : il reste le Sénat, puis la signature du gouverneur, et l'ESA a les moyens et la patience de batailler longtemps. Reste que le simple fait qu'un État légifère là-dessus change déjà l'ambiance, et la France n'est pas loin avec sa propre plainte contre Ubisoft. Voir un vidéaste de YouTube se faire inviter au Parlement européen pour parler préservation du jeu vidéo, la séquence a quand même quelque chose de réjouissant. Et du coup je vous pose la question, sur quoi jouez-vous en ce moment ? Moi clairement ma Switch 2 et la Xbox, qui sont mes deux consoles préférées, en attendant que la Neo-Geo AES ressorte vraiment !