Apple envisagerait de s’appuyer sur l’infrastructure cloud de Google pour faire fonctionner une version plus avancée de Siri, potentiellement basée sur Gemini. Le but est d'anticiper l’explosion des usages liés à l’IA sur ses appareils dans les prochains mois.
UNE TRANSITION COMPLIQUÉE VERS L’IA À GRANDE ÉCHELLE
Selon The Information, Apple paierait aujourd’hui le prix d’une réticence culturelle de longue date à investir massivement dans ses infrastructures cloud. Pendant des années, la priorité aurait été donnée au matériel et aux fonctionnalités visibles par le grand public, reléguant les technologies de support au second plan.
Cette approche aurait entraîné le départ de plusieurs experts clés, dont Patrick Gates, à l’origine de l’idée d’intégrer des puces Apple dans les centres de données — un concept qui a ensuite servi de fondation à Private Cloud Compute.
Lorsque Cupertino aurait pleinement pris conscience de l’importance du cloud pour soutenir ses ambitions en intelligence artificielle, son infrastructure interne aurait déjà montré des signes de fragilité. Dans ce contexte, Apple aurait progressivement dû s’appuyer sur des fournisseurs tiers, notamment Amazon, pour répondre à ses besoins croissants en puissance de calcul.
DES LIMITES TECHNIQUES À PRIVATE CLOUD COMPUTE
Si Apple dispose bien de sa propre architecture cloud, baptisée Private Cloud Compute, celle-ci présenterait plusieurs limites. Les serveurs utilisent des puces dérivées de composants conçus à l’origine pour des appareils grand public. Or, ces processeurs ne seraient pas pleinement optimisés pour les charges de travail intensives liées aux grands modèles d’IA.
Autre difficulté : Private Cloud Compute évoluerait plus lentement que les infrastructures cloud traditionnelles. Aussi, faire tourner efficacement de grands modèles de langage comme Gemini s’avérerait plus complexe que prévu.
UNE INFRASTRUCTURE ENCORE SOUS-EXPLOITÉE… MAIS PAS SUFFISANTE
Pendant des années, les ingénieurs IA d’Apple n’auraient tout simplement pas été autorisés à utiliser les technologies cloud de Google, principalement pour des raisons de confidentialité. Craig Federighi aurait à plusieurs reprises opposé son veto à Google Cloud.
La situation aurait toutefois évolué en 2023, lorsque Google aurait renforcé ses systèmes de sécurité afin de répondre aux exigences d’Apple. Depuis, Cupertino aurait commencé à adopter progressivement l’infrastructure de Google pour certains usages liés à l’intelligence artificielle.
Paradoxalement, la capacité actuelle de Private Cloud Compute serait encore largement sous-utilisée : environ 10 % en moyenne. Certains serveurs destinés au cloud IA d’Apple seraient même toujours stockés dans des entrepôts, sans avoir été installés.
Mais cette marge apparente pourrait rapidement disparaître avec l’arrivée d’une version plus avancée de Siri, bien plus gourmande en calcul. Apple chercherait ainsi à anticiper un pic massif d’usage de l’IA sur ses appareils.
APPLE SE PRÉPARE À UN SIRI NOUVELLE GÉNÉRATION
C’est dans cette optique qu’Apple aurait demandé à Google d’étudier la possibilité d’héberger une future version de Siri directement sur ses serveurs. L’objectif serait de s’assurer d’une capacité suffisante pour faire tourner des modèles comme Gemini, tout en évitant d’être pris de court lors du lancement.
Si cette stratégie se confirme, elle marquerait un tournant important : pour la première fois, Apple accepterait de s’appuyer plus largement sur une infrastructure externe pour un service aussi central que Siri — preuve que, à l’ère de l’IA générative, le cloud devient aussi stratégique que le matériel.
Qu'en penser ?
Avec le lancement attendu, plus tard cette année, d’un Siri nouvelle génération basé sur Gemini, Apple chercherait avant tout à anticiper une explosion de l’usage de l’IA sur iPhone, iPad et Mac. D’où cette demande adressée à Google, qui marquerait un tournant stratégique : accepter, au moins partiellement, de s’appuyer sur une infrastructure externe pour un service aussi central que Siri. Si rien n’est encore officiel, cette approche souligne une réalité de plus en plus difficile à ignorer pour Apple : à l’ère de l’IA générative, le cloud devient aussi stratégique que le matériel.