Avec l’arrivée des systèmes 26 et leur interface unifiée, cela a amené des changements radicaux. Parmi eux, on pense évidemment à Liquid Glass. Cependant, ce n’est pas le seul élément qui diffère des versions précédentes. En effet, macOS 26 a une toute nouvelle interface qui pose beaucoup de problèmes. Faisons un petit tour d’horizon.
Des règles claires pour l'usage des icônes
Historiquement, Apple produit un document appelé Human Interface Guidelines. Ce document regroupe les bonnes pratiques de développement pour les interfaces des plateformes de la société. Il existe depuis longtemps et est révisé régulièrement. Tellement longtemps d’ailleurs qu’on retrouve des versions pour le développement pour Apple II ! Cependant, l’origine du HIG est surtout l’apparition de l’interface graphique du Lisa et du Macintosh. Cette avancée était tellement nouvelle à l’époque qu’il fallait aider les développeurs à comprendre comment créer des applications fenêtrées qui fonctionnent correctement.
Rappelons que les autres ordinateurs utilisaient des systèmes avec un interpréteur de commandes. De plus, ils n’avaient pas de souris. Il fallait donc, d’une certaine manière, éduquer les développeurs aux bonnes pratiques : c’était l’objectif du HIG.
Des changements pour macOS 26
Dans la version sortie en 1992 du HIG, il était clairement indiqué qu’il fallait limiter le nombre d’icônes dans les menus. Sinon, cela limitait la lisibilité de l’interface.
Or, dès les betas de macOS 26 Tahoe, quelque chose me chagrinait. Pour la plupart des logiciels, les items de menu étaient précédés d’icônes. Cela ne me gène pas en soit, car cela peut même être utile pour retrouver rapidement une option. Le problème vient du fait que tous les items ont leurs propres icônes, rendant les menus illisibles. Ainsi, aucun item de menu ne ressort visuellement, le rendant trop chargé.
Il se trouve que je ne suis pas le seul à avoir fait ce constat. Cet article, qui fait le tour du web des fans de Mac en ce moment, démontre clairement ce qui ne va pas avec macOS 26 Tahoe.
Tahoe ignore le HIG
Pour le passage à Tahoe, le HIG a été mis à jour et suit les mêmes recommandations que la version de 1992. Apple demande d’utiliser des icônes familières, si possible des icônes communes dans tout le système. Vous n’êtes pas obligé de mettre un symbole si vous n’en trouvez pas un correspondant.
Or, comme nous allons le voir, Apple fait exactement le contraire. Regardez bien les exemples ci-dessus, dans Tahoe, les menus ne correspondent pas aux recommandations du HIG.
Des symboles partout dans les menus
Pourquoi Apple ne suit pas ses propres règles ? Sans doute parce que les développeurs et designers de Cupertino se sont inspirés de la concurrence. J’avais remarqué depuis un certain temps que Google adorait mettre des icônes partout. C’est le cas notamment dans Google Sheets comme on peut le voir ci-dessous :
Ainsi, au lieu de créer son propre mode d’expression, Apple s’est contenté de copier la concurrence. Seulement, au lieu de s’inspirer des bons designs, Cupertino n’a pas sélectionné le bon exemple.
Regardez ce que cela donne avec le menu Présentation de Mail avec ces deux niveaux de décalage :
Apple s’est bien rendu compte qu’il est impossible de trouver une icône pour chacun des items de menu. Mais pour une raison qui m’échappe, les développeurs ont décidé de décaler les textes pour les items sans icônes. Le résultat est une belle pagaille. D’autant plus quand on compare avec le même menu sur Sequoia :
Autre élément qui me gêne avec les systèmes modernes, c’est l’absence d’utilisation de contraste et de couleur. Tout est devenu extrêmement plat et monotone. Or, utiliser la couleur, avec parcimonie et subtilité, peut permettre une meilleure lisibilité, comme le montre Niki Tonski dans cet exemple :
Autre problème soulevé par Niki Tonski, les icônes choisies pour les même actions ne sont pas les mêmes d’une application à une autre.
Et même au sein d’une même application, cela change !
Enfin, avec les écrans Retina, Apple semble vouloir les exploiter au maximum avec des icônes de plus en plus petites et de moins en moins détaillées. Il devient alors difficile de différencier des icônes similaires, même avec un bon écran et de bons yeux. Si on ne peut pas distinguer deux icônes entre elles, à quoi cela sert de mettre des icônes aux items de menu ?
Comme Apple semble vouloir utiliser une icône par item de menu, cela pose la question : est-ce possible d’avoir suffisamment d’icônes différentes ? La réponse est non. Exemple avec Safari, comment faire la différence entre l’icône pour Fermer toutes les fenêtres et Fermer l’onglet ? Pourquoi Exporter et Partager ont la même icône ? A-t-on besoin d’une icône pour chacune de ces actions ? Apple a-t-elle une armée de stagiaires dans le seul but de sélectionner ou de produire des icônes toutes plus inutiles les unes que les autres ?
Appliquez le HIG !
Avant le retour de Steve Jobs aux commandes d’Apple en 1997, le HIG était une sorte de bible pour les développeurs. Non seulement les conseils étaient bons, mais ils étaient le fruit d’un énorme travail de réflexion et de tests scientifiques.
D’ailleurs, Jim Nielsen a trouvé dans une vieille version du HIG qui conseille de faire exactement le contraire de ce que l’on voit dans Tahoe.
On retrouve dans le HIG de l’époque ce passage sur l’utilisation d’icônes dans les menus :
Il y a peu de symboles standard que vous pouvez utiliser pour indiquer des informations supplémentaires dans les menus… N’utilisez pas d’autres symboles arbitraires dans les menus parce qu’ils ajoutent de la surcharge visuelle et peuvent ajouter de la confusion pour les utilisateurs.
Je ne peux qu’acquiescer.
Une interface à revoir
Dans cet article sont regroupés d’autres problèmes de l’interface de Tahoe. Parmi eux, l’augmentation de l’angle de l’arrondi de tous les rectangles. Le pire ? Cet angle n’est pas le même d’une fenêtre à l’autre, et est différent si l’application a une barre latérale.
Les zones de contrôle, comme les boutons et les zones de texte, sont beaucoup plus grands sur Tahoe. Les marges intérieures, forcées par SwiftUI, rendent le développement d'une interface correcte sur Tahoe plus difficile.
Le passage à des icônes d’application devant avoir la même forme pose aussi un problème de lisibilité. Chaque icône doit être dans un carré aux coins arrondis avec la même dimension. Toute cette uniformisation va à l’encontre de la lisibilité. Nous sommes loin de la grande époque des applications sur Mac.
Tout est plat et morne
Mac OS X : c'était mieux que macOS.
Depuis des années, c’est la course au grand nettoyage dans les interfaces. Depuis que Jony Ive a tué le skueumorphisme avec iOS 7, Apple simplifie au maximum les interfaces. Les ascenseurs sur les fenêtres ont été enlevés et le contraste baisse d’une version à l’autre. La couleur a pratiquement disparu et tout se ressemble, rien ne ressort, même au sein d’une même fenêtre. Faire la différence entre le contenu et les contrôles des fenêtres devient presque impossible.
Liquid Glass
Et je n’oublie Liquid Glass qui est censé mettre en avant le contenu. C’est une vaste blague. Aucun argument présenté par Alan Dye n’a de sens concernant Liquid Glass. Le fait de faire disparaître les contrôles pour laisser plus de place au contenu est incompréhensible. Au final, le contenu est pollué par des contrôles qui apparaissent ou disparaissent à l’envi. Sans compter qu’ils se mettent au-dessus du contenu en transparence, les rendant illisibles, et rendant illisible aussi le contenu dessous. Nous avons alors le pire des deux mondes : des contrôles inexistants avec un contenu peu lisible.
Alors qu’Apple était connu pour son soucis du détail presque maladif, cette version de macOS en manque cruellement. À tel point que beaucoup d’utilisateurs du Mac de longue date n’ont pas mis à jour leur ordinateur, jugeant Tahoe médiocre. J’espère de tout coeur que Stephen Lemay, le remplaçant d’Alan Dye au design des interfaces, pourra rattraper cela. Peut-être pour la version 27 ?