L’arrivée de macOS 27 Golden Gate cet automne marquera la fin des Mac à processeur Intel. En effet, c’est le premier système d’exploitation qui ne prendra plus en charge les MacIntel. Faisons un petit retour sur cette période spéciale pour le Mac qui a duré 20 ans.
Ma relation avec Intel a toujours été tendue. Bien que j'aie eu des processeurs 486 ainsi que des Pentium (200 MMX s’il vous plait), je n’ai jamais vraiment aimé l’entreprise. Avec la concurrence d’AMD, Intel avait commencé à se prendre les pieds dans le tapis avec la mémoire Rambus à l’époque du Pentium 4 ou encore avec le passage au 64 bits. En effet, l’architecture actuelle, x86-64, n'a pas été décidée par Intel mais par son concurrent AMD qui avait développé une architecture plus saine.
C’est ainsi que je suis passé aux processeurs Duron, puis Athlon, au début des années 2000. Imaginez ma surprise quand, en 2005, Steve Jobs annonce qu’Apple va abandonner les processeurs PowerPC pour des Intel. Blasphème, hérésie, mais que se passe-t-il à Cupertino ? Et ce, au moment même où j’ai besoin d’un ordinateur portable. Cela ne va pas m'empêcher de m'acheter un iBook G4 12 pouces, mon premier Mac, en me disant qu’au moins il n’a pas de processeur Intel.
Cependant, j’avais bien conscience que le Mac allait prendre un tournant décisif et cela à plusieurs niveaux. J’avais déjà vécu de loin le passage de l'architecture Motorola 68000 au PowerPC au début des années 1990. Il est d’ailleurs intéressant de souligner que le Mac change d’architecture de processeur tous les dix à quinze ans… Mais il semblait que, là, ce serait différent : enfin le Mac aurait un processeur similaire à tout le reste de l’industrie. D’ailleurs, je me rappelle de beaucoup d’articles qui essayaient de démontrer que cela était une erreur monumentale. En effet, leur argument était de dire qu’un client prendrait forcément un ordinateur de type PC, comme un HP et un Dell, car il serait possible de comparer les spécifications techniques directement. Et ainsi, le client choisirait automatiquement un ordinateur similaire (avec le même processeur) mais pour moins cher.
Windows Vista avec sa gestion de la transparence, cela ne vous rappelle pas quelque chose ?
C'était oublier deux choses : la possibilité dorénavant d’utiliser Windows sur son Mac et l’arrivée de Windows Vista. Ces deux éléments ont au final incité les utilisateurs à acheter des Mac. D’abord parce qu'il était dorénavant possible d’utiliser Windows pour faire tourner les éventuelles applications indisponibles sur Mac. Et ensuite parce que l’arrivée de Vista rendait un bon nombre de machines obsolètes, chose que l'on revoit en ce moment avec Windows 11, obligeant des millions de clients à acheter un nouvel ordinateur, alors pourquoi pas un Mac ? Sans compter que Vista a connu un lancement et des premières années totalement catastrophiques.
Cela m’a d’ailleurs poussé à passer sur Mac de manière définitive, abandonnant mon fidèle Athlon (et Tribes Vengeance…) pour un MacBook noir du plus bel effet.
Pourquoi ces transitions ?
Pour comprendre pourquoi le passage à Intel a été vécu comme une libération en 2006, il faut se souvenir de l'impasse dans laquelle PowerPC s'était engagé. Steve Jobs avait promis sur scène un G5 à 3 GHz sous un an. Cela ne fut jamais le cas. Pire : la puce chauffait tellement que le Power Mac G5 haut de gamme a dû être équipé d'un système de refroidissement à eau. Du jamais-vu.
Conséquence directe : il n'y a jamais eu de portable Apple avec la puce G5. Impossible de faire entrer une fournaise pareille dans un châssis d'ordinateur portable. Ils sont restés coincés sur le G4 pendant qu'IBM et Motorola n'arrivaient pas à suivre. Pour Apple dont les portables étaient la vitrine, et la majorité des ventes, c'était devenu intenable. Le passage à Intel n'était pas un caprice : c'était une question de survie.
À quoi aurait pu ressembler un PowerBook avec un processeur G5...
Un timing parfait
Le lancement catastrophique de Vista va ouvrir une fenêtre d’opportunité exceptionnelle pour Apple. L’entreprise lancera une campagne marketing dont elle a le secret : I’m a Mac and I’m a PC, se moquant gentiment des problèmes des ordinateurs tournant sous Windows. Cela lancera pour moi l’âge d’or des Mac.
L'iBook et le PowerBook laissent place au MacBook et au MacBook Pro, et les ventes de Mac s'envolent comme jamais. Le partenariat avec Intel permet la création du MacBook Air. L’effet halo de l'iPod, et bientôt de l'iPhone, fait le reste : des millions de personnes qui n'avaient jamais touché un Mac y viennent, rassurées de savoir qu'elles ne perdront pas Windows en route. De plus, le développement des Apple Store permet à des millions de clients potentiels de venir admirer les derniers iPod et iPhone tout en pouvant tester les Mac.
Des machines exceptionnelles
L'ère Intel a aussi produit quelques machines qui resteront dans les mémoires. L'iMac 5K, lancé fin 2014 avec sa dalle de 5120 × 2880 pixels, était tout simplement en avance sur son temps : un écran d'une qualité folle dans un tout-en-un, à un moment où le reste du marché peinait encore à proposer du 4K, et cela pour un prix correct. J'ai d'ailleurs acheté le dernier iMac 5K, en 2020, et il fait aujourd'hui le bonheur de mon fils. La dalle, dix ans après, tient toujours la route.
Et puis il y a eu l'iMac Pro de 2017. Cette machine était exceptionnelle : un Xeon jusqu'à 18 cœurs, RAM ECC, une finition gris sidéral sexy, et même des périphériques noirs exclusifs livrés avec. Un objet de désir absolu, vitrine de ce qu'un Mac Intel pouvait offrir de plus puissant.
Quelques casseroles
Soyons honnêtes : l'ère Intel, c'est aussi de mauvais souvenirs. Le clavier papillon, introduit en 2015, restera comme l'une des pires idées d'Apple. Une touche pouvait devenir inutilisable du jour au lendemain. J'ai fini par utiliser mon MacBook Pro de l'époque uniquement avec un clavier externe, un comble pour un portable.
Et sur la toute fin, les derniers Mac Intel souffraient clairement de la chaleur et de ventilateurs poussifs face à des puces qui arrivaient en bout de course. Le MacBook Pro 16 pouces de ma femme, acheté en 2019, en est un exemple frappant.
Extrait d'un échange avec ma compagne il y a quelques jours...
Un passage à Apple Silicon réussi
Le premier Mac avec processeur Apple Silicon : le Developer Transition Kit.
La suite, on la connaît. En 2020, Apple annonce Apple Silicon, distribue son Developer Transition Kit à base de puce dérivée de l'iPhone, puis lance les premiers Mac M1 à l'automne. La transition s'est déroulée sans accroc.
J'avais d'ailleurs juré, en achetant mon iMac 5K Intel en 2020, que je ne ferais pas le cobaye d'un énième changement d'architecture. J'avais tort : le passage à Apple Silicon s'est admirablement bien passé. Mon MacBook Pro M1 Pro, puis mon Mac Studio M4 Max, m'ont définitivement convaincu. Mais ça n'enlève rien à l'affection que je garde pour ces machines Intel qui, pendant quinze ans, ont fait entrer des millions d'entre nous dans l'univers du Mac, moi le premier. macOS 26 Tahoe referme donc un chapitre ouvert en 2006.
Les MacIntel ne sont pas morts pour autant : Tahoe les fera vivre encore quelques années, et un iMac 5K branché sur le bureau de mon fils prouve qu'une bonne machine ne se périme pas le jour où Apple décide de passer à autre chose. Mon MacBook Pro au clavier maudit de 2017 me sert de serveur pour faire tourner Hermes. Le partage d’écran et SSH me permettent alors de ne jamais utiliser son maudit clavier. Mon seul regret ? Que le dernier système pour ces Mac soit macOS 26 Tahoe, qui est sans doute l'un des pires macOS de ces dernières années, alors que macOS 27 Golden Gate semble bien meilleur.
Et vous, quel est le Mac Intel qui vous laissera le meilleur souvenir ?