L’IA est aujourd’hui partout et Apple essaie désespérément de rattraper son retard. Heureusement, le Mac est la plateforme de choix pour tester toutes les nouveautés des concurrents. Et il se trouve que Perplexity a sorti Perplexity Computer qui change totalement la façon dont on utilise sa machine. Apple ferait bien de s’en inspirer.
Perplexity Computer peut tout faire
Perplexity Computer est appelé en appuyant simultanément sur les deux touches ⌘. Une barre de commande apparaît, similaire à Spotlight, et elle est contextuelle. C’est-à-dire que des fonctions apparaissent par rapport à ce que vous êtes en train de faire. Par exemple, si vous êtes dans Notes, il propose de créer une note ou de lancer une recherche dans vos notes. Si vous êtes dans Mail, il affiche des outils spécifiques à Mail. L'IA s'adapte à ce que vous faites.
Perplexity Computer lancé avec Notes en fond : il propose des fonctions spécifiques à l'application.
Un exemple concret de mon quotidien : dans Mail, je demande à Perplexity de répondre à un collègue pour lui proposer un rendez-vous la semaine prochaine. L'agent vérifie mon emploi du temps dans le calendrier, rédige un brouillon avec des créneaux réellement disponibles, et me le soumet pour validation. Je valide, ou pas. C'est tout. Pas de bascule entre les applications, pas de copier-coller, pas de vérification manuelle de mon agenda.
Au-delà du Mac, l'agent sait naviguer sur le web, extraire des données de sites, écrire et exécuter du code, construire des applications, lire vos fichiers, ouvrir vos logiciels, lire et envoyer des messages. La liste donne le vertige. On est très loin de Siri qui peine encore à enchaîner deux actions.
Différence avec OpenClaw et Hermes ?
Les habitués me diront qu'on peut faire tout cela avec OpenClaw ou Hermes. C'est vrai, mais il y a des éléments qui font toute la différence.
OpenClaw tourne en local, avec des connexions aux API de ChatGPT ou Claude (ou autres : il est aussi possible d’utiliser des modèles locaux). Cela demande un ordinateur allumé en permanence, une configuration à maintenir, et une aisance certaine avec le terminal (et les bugs…). C'est gratuit, mais les appels aux API peuvent coûter cher.
Pour ceux qui ne veulent pas passer leur temps à configurer, bidouiller, régler des problèmes et des bugs, il y a Perplexity Computer. Perplexity a fait le choix inverse : tout tourne dans le cloud. Pas de configuration, pas de terminal, pas de serveur à gérer. L'agent choisit lui-même le meilleur modèle parmi une vingtaine (dont ChatGPT et Claude) selon la tâche. Et comme tout s'exécute sur les serveurs de Perplexity, pas besoin d’avoir un ordinateur allumé en permanence. Certaines tâches prenant du temps, on peut suivre leur déroulement depuis l'application iPhone, valider une étape depuis le canapé, et retrouver le résultat terminé au réveil.
But et agents : ça change du prompt à papa
Contrairement au prompt classique dont on a l’habitude, Perplexity Computer fonctionne à partir de but (goal dans la langue originale). Il vous suffit de décrire un objectif final et l’IA s’occupe de découper le travail en tâches, réparties à des agents. Chaque agent peut d’ailleurs utiliser un modèle différent : Claude pour la rédaction, Gemini pour la recherche, GPT pour le code, etc. Ces agents tournent en parallèle et se nourrissent les uns les autres. La recherche alimente l’analyse qui va structurer le document qui aura besoin d’éléments visuels comme des graphes.
Et si votre demande est floue, Perplexity vous pose des questions pour préciser ce que vous voulez avant de se lancer.
Perplexity Computer vous permet aussi de faire des tâches planifiées. Mon usage préféré : tous les matins, l'agent va chercher mes mails, mes messages Slack, mon agenda Google Calendar et mes tâches à faire, puis me livre un résumé priorisé. J’ai mis cela en place une fois, et Perplexity s'en occupe pour toujours.
Enfin, les Custom Skills : un enchaînement Instructions > Déclencheur > Actions > Résultat. Recherche, présentations et analyse de données sont fournies par défaut, mais le vrai intérêt est de créer les vôtres. Mieux : décrivez à Perplexity la skill dont vous rêvez, et il vous aide à rédiger le prompt qui correspond.
Une IA qui se souvient de vous
C’est pour moi un élément primordial. Afin qu’une IA vous serve le mieux possible, il faut qu’elle vous connaisse le mieux possible. Et pourtant, pour la plupart des LLM actuels, ce n’est pas le cas : chaque session est une page blanche. Impossible de construire de longues collaborations, le contexte finit toujours par déborder.
Perplexity Computer, lui, a une mémoire persistante d'une session à l'autre. Il sait qui vous êtes, ce que vous lui avez dit, vos préférences. Plus vous l'utilisez, plus ses réponses et son attitude collent à vos attentes. Si, comme moi, vous ne supportez pas les emojis et préférez un ton froid et direct, il s'en souvient. Pas besoin de le répéter au début de chaque session.
Exemples concrets
Quelques cas concrets tirés de mes tests. Un fichier CSV truffé de doublons, de produits avec fautes de frappe, de dates dans trois formats et d'emails mal saisis ? Perplexity nettoie tout. Certes, cela est relativement courant, les LLM sont capables de le faire aujourd’hui. Mais Perplexity Computer va plus loin en allant rechercher les produits en ligne pour corriger les libellés, harmonise les dates puis génère un dashboard interactif partageable sur le web. Dashboard bluffant : il est compatible dark mode, propose des filtres, des graphes et liens directs ainsi qu’un rapport PDF d'analyse complète. Ayant accès aux données boursières, il peut aussi dresser le portrait financier de n'importe quelle entreprise cotée. Pas de code, pas de tableau croisé dynamique, pas de formule : juste un prompt.
Perplexity Computer excelle dans la création de dashboard.
Autre usage qui m'a bluffé : la vérification de documents. À partir d'un document Word, l'agent fact-checke, propose des améliorations et insère ses commentaires directement dans le fichier. Je l'ai utilisé pour comparer deux offres de prêt : il a attiré mon attention sur l'assurance de l'une des deux, nettement plus complète, alors que le prix était similaire.
Perplexity Computer propose, uniquement sur le web pour l’instant, une option council : cela interroge plusieurs modèles en même temps sur le même sujet, puis synthétise leurs avis avec un tableau indiquant où ils s'accordent et où ils divergent.
Et puis il y a le développement d'applications. Décrivez une application, et Perplexity la code, la designe, la déploie en ligne : une vraie appli web qui fonctionne, publiable même sur GitHub. Le fantasme de l'utilisateur qui crée une application rien que pour lui est presque une réalité : certains ont construit des sites de jeux entiers pour leurs enfants. Cette même personne a réussi à recréer le système archaïque utilisé par Blockbuster pour la location de cassettes vidéos et autres DVD.
Perplexity Computer vous permet de créer des applications, même celle de Blockbuster.
Mon exemple préféré reste plus modeste : j'ai donné à l'agent l'accès à la feuille Google Sheets où je note les pleins d'essence de mes voitures. À partir de ma bibliothèque de photos, il reconnait celles de l’odomètre et la pompe, vérifie si les informations ne sont pas déjà présente et il ajoute une nouvelle ligne en identifiant tout seul de quelle voiture il s'agissait (chacune ayant sa feuille), grâce au kilométrage. Il m'avait d'abord posé la question : je lui ai demandé de réfléchir, et il a trouvé la solution lui-même.
Perplexity Computer propose un ensemble d'exemples sur cette page. J’aime particulièrement ce logiciel de dessin en ASCII. Ou encore cette page récapitulative sur la santé d’un utilisateur que je risque bien de copier. Vous en voulez encore ? Et pourquoi pas un dashboard sur la situation du détroit d'Ormuz ? Ou un dossier d’enquête sur une chaîne de restaurants qui vend des sandwichs et qui est aussi une organisation sectaire ?
Les limites : des crédits qui fondent comme neige au soleil
Vous êtes convaincu ? Désolé, il est temps de revenir sur Terre. Pour profiter de tout cela, il faut un abonnement Max qui coûte la bagatelle de 200$ par mois. Cela vous donne 10 000 crédits par mois. C'est très cher, mais en plus les crédits fondent très vite pour les usages complexes : multi-agents, création d'applications, recherches approfondies, analyse d’images. Surveillez votre consommation les premiers jours, d'autant que l'outil est terriblement addictif : on essaie plein de choses, et souvent, ça marche.
Oui, ça pique.
Notons que les applications générées restent limitées, avec un design un peu triste, même s'il est possible d'itérer en demandant des changements, et que les progrès du code généré par IA en deux ans laissent présager le meilleur. Enfin, tout est dans le cloud : pas de création d'applications locales, et il faut accepter de confier ses données à Perplexity. C'est le prix de la simplicité.
Apple devrait prendre des notes
Résumons ce que propose Perplexity Computer : un agent système invocable partout, contextuel, connecté à des centaines de services (Slack, Gmail, Google Drive, Google Calendar, Dropbox, Notion, GitHub…), doté d'une mémoire persistante, capable de travailler en arrière-plan pendant que vous dormez.
Maintenant, comparons avec ce qu'Apple a livré. Un Siri sous perfusion de Gemini (non disponible en Europe…), dont j'ai déjà raconté l'accident industriel et le sauvetage par Google. Des fonctions Apple Intelligence qui, des années après la concurrence, se limitent encore à résumer des notifications et retoucher des photos.
L'ironie est cruelle : tout ce que fait Perplexity Computer, Apple était la mieux placée au monde pour le faire. Elle contrôle le matériel, le système, les applications natives, et dispose d'un argument que Perplexity n'aura jamais : la confidentialité et le traitement local. Un agent système signé Apple, intégré à macOS et iOS, avec la mémoire et les connecteurs de Perplexity mais les garanties de vie privée de Cupertino : voilà le produit qui aurait justifié le nom Apple Intelligence. À la place, c'est une entreprise née il y a quatre ans qui montre à Apple à quoi ressemble le futur de sa propre plateforme.
Sony MZ-N 505 : concurrent de l'iPod.
Cela me rappelle un peu Sony à la fin des années 90. Alors que les lecteurs MP3 commençaient à trouver leur marché, la société japonaise s'est entêtée avec son MiniDisc et avec ses formats propriétaires (Memory Stick et ATRAC3). Sony avait tout pour faire son propre iPod : un design fort, des compétences techniques dans le domaine de l’audio, des contacts dans le milieu de la musique pour faire son propre Music Store. Au lieu de cela, ils se sont fait écraser par une entreprise californienne moribonde qui n'avait jamais travaillé dans l'audio.…
Évidemment, pour l’instant à cause de son prix prohibitif, Perplexity Computer n’est pas fait pour être utilisé par le grand public. Mais c’est un bon moyen de se faire une idée de ce qui sera possible dans le futur.
Et vous, avez-vous déjà confié votre Mac à un agent IA, ou attendez-vous encore qu'Apple s'y mette ?