Après vingt ans de négociations, l'Union européenne et l'Inde ont enfin conclu un accord de libre-échange massif, qui couvre quasiment tous les secteurs industriels. Et parmi les grands gagnants de ce deal qualifié de l'accord de tous les accords par Narendra Modi, il y a l'industrie du vélo, qui devrait profiter de grosses baisses de droits de douane des deux côtés de la frontière.
Qu'est-ce que ça change ?
L'accord a été signé à New Delhi, et c'est le plus gros jamais conclu par les deux pays. L'UE va supprimer les droits de douane sur 99,3 % de ses lignes tarifaires, et l'Inde sur 96,6 %. Pour les exportateurs européens, la Commission estime les économies à 4 milliards d'euros par an. Pour l'industrie du vélo, ça veut surtout dire une baisse des droits de douane dans les deux sens. Les vélos et composants européens exportés vers l'Inde seront moins taxés, et les vélos fabriqués en Inde arriveront en Europe bien moins chers.
Le vide laissé par la Chine
Vous le savez, l'Europe impose des droits antidumping pouvant aller jusqu'à 48,5 % sur les vélos importés de Chine, et ces mesures viennent d'être prolongées de cinq ans. Résultat, les exportations chinoises de vélos et en particulier de vélos électriques vers l'Europe se sont effondrées. L'Inde, elle, veut récupérer cette part de marché. Hero Cycles, qui est le plus gros fabricant de vélos au monde en volume, a investi 32 millions d'euros dans la production de vélos électriques. Son patron a d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme il y a quelques mois, car il estimait que l'Inde risquait de perdre l'équivalent d'un milliard d'euros d'exportations de vélos électriques vers l'UE sur cinq ans si les droits de 14 % sur les vélos indiens n'étaient pas abaissés. L'accord de libre-échange répond directement à ce problème.
Si l'accord est bien ratifié (il doit encore passer devant le Parlement européen), l'entrée en vigueur est prévue pour 2027. Mais les baisses de droits ne seront pas immédiates sur tous les produits. Environ 50 % des lignes tarifaires indiennes passeront à zéro dès le premier jour, le reste suivra progressivement sur cinq à dix ans. Côté composants, les moteurs, batteries et équipements électroniques pour vélos électriques, qui tombent dans la catégorie machines et équipements électriques, verront leurs droits passer de 44 % à zéro. Avec ça, le prix des vélos va mécaniquement chuter (et/ou les marges des vendeurs augmenter, au passage).
On en dit quoi ?
Vingt ans pour en arriver là, c'est long, mais le résultat peut être intéressant pour les deux pays. En tout cas, pour le marché du vélo, l'accord tombe bien : avec les mesures antidumping qui bloquent la Chine, l'Inde a une fenêtre pour s'imposer comme fournisseur alternatif de vélos électriques en Europe. Reste à voir si l'industrie indienne saura répondre aux exigences de qualité européennes, parce que le prix ne fait pas tout.