L'agence américaine de l'immigration (la célèbre ICE) a envoyé des centaines de demandes de données à Google, Meta, Reddit et Discord pour identifier des comptes critiques envers sa politique. Des requêtes normalement réservées aux enquêtes criminelles, utilisées ici pour repérer de simples citoyens. L'EFF, la principale ONG américaine de défense des libertés numériques, tire la sonnette d'alarme.
Des centaines de réquisitions envoyées aux géants de la tech
Depuis plusieurs mois, le département de la Sécurité intérieure américain (DHS, l'équivalent du ministère de l'Intérieur) a envoyé des centaines de subpoenas administratifs aux grandes plateformes. Les subpoenas, ce sont des réquisitions judiciaires qui permettent d'exiger des données personnelles à une entreprise. Google, Meta, Reddit, Discord, tous ont reçu ces demandes qui exigent les noms, adresses mail, numéros de téléphone et toute information permettant d'identifier les titulaires de certains comptes. En ligne de mire : des utilisateurs qui documentent les opérations de l'ICE dans leur quartier, qui critiquent les politiques migratoires de l'administration Trump, ou qui ont tout simplement participé à des manifestations.
Jusqu'à présent, ce genre de requête était plutôt réservé à des affaires criminelles graves, comme le trafic d'êtres humains.
Il a été demandé à Meta de donner les informations personnelles des admins du compte Instagram MontcoWatch
Un étudiant balancé par Google, un retraité ciblé pour un e-mail
Le cas le plus emblématique concerne Amandla Thomas-Johnson, un étudiant britannique et journaliste à l'université Cornell. Après avoir assisté cinq minutes à une manifestation sur le campus en 2024, il s'est retrouvé dans le viseur de l'ICE. Google a transmis ses données personnelles sans le prévenir : numéros de carte bancaire, compte en banque, adresses IP, identité complète. Avec en plus un ordre interdisant à Google de l'informer.
Autre cas, un compte Instagram du nom de Montco Watch, qui partageait des ressources pour protéger les droits des migrants en Pennsylvanie, a fait l'objet d'une demande d'identification par le DHS. Et un retraité a été ciblé après avoir envoyé un simple e-mail critiquant la politique d'asile du département. Quand l'ACLU (la grande association américaine de défense des droits civiques) a contesté certaines de ces demandes en justice, le DHS les a retirées plutôt que de risquer un jugement défavorable.
Et Apple ?
Apple a visiblement été épargné par les citations à comparaître du DHS, mais pour autant, Apple n'est pas neutre. Sous la pression de la procureure Pam Bondi, la marque a supprimé de l'App Store ICEBlock, une application signalant anonymement les opérations de l'ICE. Cet acte de censure a déclenché une enquête parlementaire pour déterminer l'influence du ministère de la Justice. Pour le reste, Apple reste assez flou : son rapport de transparence sur les demandes gouvernementales n'a pas été mis à jour depuis juin 2023.
L'EFF appelle les GAFAM à résister
L'Electronic Frontier Foundation, une ONG qui défend les libertés en ligne depuis 1990, a envoyé une lettre ouverte à Amazon, Apple, Discord, Google, Meta, Microsoft, Reddit, Snap, TikTok et X. Le message est clair : arrêtez de transmettre les données sans ordonnance judiciaire, prévenez les utilisateurs ciblés, et contestez. Google a répondu qu'il examinait chaque demande et repoussait celles jugées trop larges, mais les chiffres sont quand même parlants : rien qu'au premier semestre 2025, Google a reçu plus de 28 000 demandes gouvernementales et Meta plus de 14 500, tous services confondus, c'est énorme.
On en dit quoi ?
Des outils pensés à la base pour traquer des criminels servent désormais à identifier des gens qui postent sur Instagram ou envoient un courriel de protestation, et certaines entreprises tech ont répondu à ces demandes. Tout ceci est quand même un peu gênant au pays de la liberté d'expression. Que pensez-vous de cette situation ?