Apple ferme le 20 juin sa boutique de Towson, dans le Maryland, la première du pays à s'être syndiquée en 2022. La marque invoque le déclin du centre commercial, mais 40 élus du Congrès y voient une manœuvre antisyndicale et demandent à Tim Cook de revenir sur sa décision. Les quelque 90 salariés concernés, eux, doivent repostuler pour garder un emploi.
Une fermeture programmée pour le 20 juin
Le couperet est tombé début avril. Apple a prévenu que sa boutique du Towson Town Center fermerait définitivement le 20 juin à 20 heures, en mettant en avant le départ de plusieurs enseignes du centre commercial, une fréquentation en baisse et des problèmes de sécurité dans la galerie. Rien d'inhabituel sur le papier, sauf que ce magasin n'est pas un magasin comme les autres. C'est ici, en juin 2022, que des salariés d'Apple ont voté pour la première fois aux États-Unis en faveur d'un syndicat, par 65 voix contre 33, sous la bannière de l'IAM, l'Association internationale des machinistes. Près de 90 personnes travaillent encore sur place.
Le vrai point de friction, ce sont les mutations
Apple s'appuie sur l'accord négocié avec le syndicat, qui n'impose des propositions de transfert que dans un rayon de 80 kilomètres, avec une indemnité de départ à défaut. Le problème, c'est ce qui se passe ailleurs. Quand Apple a fermé ses boutiques de Trumbull et de North County, les employés ont eu la garantie de continuer leur carrière dans un magasin voisin. À Towson, non. Les salariés syndiqués sont les seuls, parmi toutes les fermetures récentes, à devoir repostuler de zéro pour espérer être repris. L'IAM y voit une discrimination pure et simple, et parle ouvertement de manœuvre destinée à casser le seul collectif organisé d'Apple Retail.
Quarante élus écrivent à Tim Cook
C'est là que Washington est entré dans la danse. Le 1er juin, une lettre portée par le Congressional Progressive Caucus et signée par 40 membres du Congrès a atterri sur le bureau de Tim Cook et de John Ternus. Menée par Greg Casar, Ilhan Omar et Jesús García, elle demande à Apple d'étudier d'autres emplacements pour sauver les emplois, d'offrir des mutations équivalentes à celles des magasins non syndiqués et de travailler avec les élus du Maryland. Une première salve avait déjà été tirée en mai par la délégation locale, autour de Chris Van Hollen et Jamie Raskin. Apple, pour l'instant, n'a pas répondu publiquement.
On en dit quoi ?
Sur le terrain juridique, Apple a sans doute ses arguments, la clause des 80 kilomètres existe noir sur blanc dans l'accord. Mais l'optique est franchement mauvaise. La seule boutique où l'on demande aux gens de repostuler comme s'ils débutaient se trouve être, par le plus grand des hasards, la seule à s'être syndiquée. Difficile de croire à une coïncidence, et 40 élus ont visiblement eu le même doute. Apple soigne pourtant son image d'entreprise progressiste, sauf que voilà, ça coince dès qu'un syndicat pointe le bout du nez. Reste à savoir si la pression politique pèsera plus lourd qu'un bail commercial.