La FCC a validé hier une dérogation pour Netgear, qui devient le premier fabricant autorisé à vendre de nouveaux routeurs grand public aux États-Unis malgré l'interdiction des routeurs fabriqués hors US mise en place en mars 2026. Résultat : sur le marché américain, le constructeur se retrouve en quasi-monopole face à des concurrents chinois comme TP-Link, visés par Washington.
Un bannissement voté en mars, motivé par trois cyberattaques chinoises
C'est le 23 mars 2026 que la FCC a dégainé la mesure. L'organisme a élargi sa Covered List (la liste noire des équipements jugés à risque) pour y inclure tous les routeurs Wi-Fi fabriqués à l'étranger. En clair, plus aucun nouveau modèle de routeur étranger ne peut recevoir l'autorisation FCC, donc être importé, commercialisé ou vendu outre-Atlantique.
Les routeurs déjà en circulation continuent de fonctionner normalement, mais plus aucune mise à jour logicielle ne pourra leur être poussée après le 1er mars 2027. En justification, la FCC pointe trois cyberattaques d'État chinoises (Volt Typhoon, Flax Typhoon et Salt Typhoon) qui ont exploité des failles sur des routeurs domestiques pour s'infiltrer dans des infrastructures critiques américaines.
Netgear obtient son ticket jusqu'en octobre 2027
Hier, Netgear a été le premier à franchir le filtre sécuritaire de la FCC et du Department of Defense. Après examen, le Pentagone a estimé que les produits du constructeur ne posent pas de risque pour la sécurité nationale.
La dérogation couvre une liste impressionnante de gammes : Nighthawk, Orbi (mesh et standalone), les séries R, RAX, RAXE, RS, MK, MR, M et MH, ainsi que les passerelles et modems câble CAX et CM. Elle est valable jusqu'au 1er octobre 2027, sous réserve d'une revue annuelle. Adtran a aussi décroché une exemption, mais sur le segment professionnel.
TP-Link, qui détient une part de marché considérable aux US, reste pour sa part dans le viseur de l'administration Trump, qui enquête sur ses liens avec Pékin. Le constructeur chinois s'est fendu d'un communiqué tout en diplomatie : il se dit confiant dans la sécurité de sa chaîne d'approvisionnement et accueille favorablement cet examen.
Un monopole de fait sur le marché américain
C'est là que ça se corse. Netgear, Asus, Linksys et TP-Link fabriquent tous leurs routeurs en Asie, essentiellement en Chine ou à Taïwan. Avec l'exemption, Netgear peut continuer à sortir de nouveaux modèles pendant que ses concurrents restent bloqués. De quoi inquiéter les associations de consommateurs américaines et les défenseurs de la concurrence. C'est un monopole de facto offert sur un plateau. Côté portefeuille, moins de concurrence veut souvent dire des prix qui grimpent et moins d'innovation sur les routeurs domestiques, un segment où TP-Link tirait justement les prix vers le bas.
On en dit quoi ?
La menace chinoise sur les routeurs n'est pas anodine : les attaques Typhoon ont bien eu lieu et la FCC a raison de prendre le problème au sérieux. Mais la manière dont cette interdiction s'applique pose question. Accorder une exemption quasi-exclusive à un seul acteur américain deux semaines avant l'entrée en vigueur des restrictions, ça ressemble moins à une politique de sécurité nationale qu'à une reconquête industrielle habilement déguisée.
D'autant que Netgear fait aussi fabriquer la majorité de ses routeurs en Asie. On sera attentifs à voir si Asus, TP-Link ou Linksys obtiennent le même passe-droit dans les prochains mois, ou si le marché américain se transforme vraiment en terrain de chasse réservé pour un seul constructeur. En France et en Europe, pas de restriction équivalente pour l'instant. Vous avez quelle marque de matériel pour votre routeur chez vous d'ailleurs ?