Sept millions de paires de lunettes connectées Meta vendues en 2025, soit trois fois plus qu'en 2024, et 67% des Français trouvent ces gadgets risqués pour la vie privée. La CNIL a publié un appel à la vigilance, avec des recommandations concrètes pour les porteurs et un rappel du cadre juridique en cas de dérapage.
Un sondage sans appel
Avant de sortir son communiqué, la CNIL a mené une petite enquête fin janvier 2026 auprès de 2 128 personnes, échantillon représentatif des plus de 18 ans. Le résultat est assez clair : deux tiers des sondés estiment que ces lunettes sont un risque pour la vie privée. Ce qui inquiète, ce sont surtout le droit à l'image, le consentement, les détournements liés à l'IA et la question de l'avenir des données récoltées par ces engins. Pas vraiment étonnant quand on voit la qualité des capteurs embarqués dans une simple monture.
Le problème, c'est l'invisibilité
La CNIL pointe surtout le fait que ces lunettes ressemblent comme deux gouttes d'eau à des lunettes classiques. On ne voit pas la caméra. On ne sait pas si elle filme. Un voyant LED censé prévenir l'enregistrement existe bien sur les Ray-Ban Meta, mais des kits de modification permettent de le désactiver pour pas trop cher.
Il y a aussi l'aspect surveillance mobile : avant on voyait une caméra fixe sur un bâtiment, maintenant elle se promène dans la rue ou dans le café d'en face. La CNIL parle aussi des espaces intimes comme les vestiaires, les cabinets médicaux ou les toilettes, où la captation peut devenir intrusive. Et on ne parle même pas des modérateurs sous-traitants au Kenya qui visionneraient certains enregistrements pour entraîner les modèles d'IA de Meta.
Ce que dit la loi
Côté cadre juridique, l'article 226-1 du Code pénal punit déjà l'atteinte à l'intimité de la vie privée jusqu'à un an de prison et 45 000 euros d'amende. L'article 9 du Code civil garantit le respect de la vie privée, alors le RGPD encadre le traitement des données personnelles.
La CNIL liste aussi plusieurs conseils pour les porteurs : prévenir les personnes autour, désactiver les capteurs quand on ne s'en sert pas, éteindre les lunettes si on vous le demande, recueillir le consentement avant de publier une photo ou une vidéo. Bref, refaire le b.a.-ba de la politesse.
On en dit quoi ?
On peut comprendre la position de la CNIL, qui est un peu coincée entre l'enclume et le marteau. Côté Meta, les ventes explosent et personne ne va sérieusement freiner ce marché.
Le souci, c'est que les recommandations restent... des recommandations. Demander à un porteur de Ray-Ban Meta de prévenir tout le monde dans un café avant de filmer, on imagine que ça ne se fera pas. La CNIL le sait bien.