Le magazine WIRED a révélé début juin que Meta avait discrètement intégré dans son application Meta AI, celle qui sert d'interface à ses lunettes connectées Ray-Ban et Oakley, un code de reconnaissance faciale baptisé NameTag en interne, resté en sommeil depuis janvier sur plus de 50 millions de smartphones sans la moindre information des utilisateurs, avant de le retirer en urgence une fois la révélation publiée.
Une fonction « NameTag » planquée dans l'appli des lunettes
Tout se joue dans cette application qui relie les lunettes au smartphone et pilote une partie de leurs fonctions, et c'est en l'examinant de près que les journalistes de WIRED y ont découvert une fonctionnalité jamais activée ni proposée aux clients, mais pourtant bel et bien embarquée depuis au moins janvier 2026. Le plus dérangeant tient à sa diffusion silencieuse sur plus de 50 millions d'appareils, sans la moindre notification, car même inactif, un moteur de reconnaissance biométrique installé à une telle échelle représente exactement le genre de bombe à retardement qui ne demande qu'un interrupteur logiciel pour entrer en action, et c'est précisément ce qui a mis le feu aux poudres du côté des défenseurs de la vie privée.
Identifier les passants à partir d'une empreinte de leur visage
Le fonctionnement décrit avait de quoi inquiéter, puisque NameTag se proposait de transformer chaque visage croisé par le porteur des lunettes en un identifiant biométrique, une véritable empreinte faciale conservée localement sur son téléphone, que le système comparait ensuite en permanence aux nouveaux visages rencontrés pour signaler au porteur l'identité d'une connaissance dès qu'une correspondance était trouvée, tout en indexant automatiquement les inconnus afin de les reconnaître la fois suivante. Autrement dit, Meta préparait des lunettes capables de poser un nom sur le moindre passant anonyme que vous croisez dans la rue, ce qui ressemble assez précisément au pire cauchemar imaginable en matière de respect de la vie privée.
Retrait express
La firme n'a pas tardé à réagir, mais davantage par calcul que par conviction, puisque dès le lendemain de l'enquête une mise à jour de l'application supprimait purement le code en question, un retrait que l'Electronic Frontier Foundation s'est empressée de revendiquer comme une victoire obtenue sous la pression de l'opinion. Meta, par la voix de son vice-président communication Andy Stone, a relativisé l'affaire en évoquant un simple essai pilote et en assurant qu'aucune décision définitive n'avait été arrêtée, si tant est qu'il y en ait une, une prudence qui peine à convaincre quand on se souvient que l'entreprise avait déjà solennellement abandonné la reconnaissance faciale de Facebook en 2021, en supprimant plus d'un milliard d'empreintes, avant de la réintroduire sur Instagram et Facebook en 2024 pour lutter contre les publicités frauduleuses.
On en dit quoi ?
Que Meta entretienne une relation compliquée avec la vie privée n'étonnera évidemment plus grand monde, mais découvrir un moteur de reconnaissance faciale endormi sur cinquante millions de téléphones, déposé là sans que personne n'en soit informé, a clairement quelque chose de glaçant. Le retrait de tout ce foutoir est une bonne nouvelle, à ceci près qu'il ne doit rien à un quelconque sursaut éthique et tout à une enquête de presse, l'entreprise n'excluant d'ailleurs pas d'y revenir un jour. Le contraste avec le discours d'Apple sur le traitement en local et la confidentialité saute d'ailleurs aux yeux, même si Cupertino nourrit lui aussi des ambitions du côté des lunettes connectées. Reste cette question franchement préoccupante, combien de fonctions du même genre sommeillent encore dans les applications que nous installons sans jamais en lire les conditions ?