Une étude américaine remet en cause les chiffres de Climate TRACE, une base de données mondiale très utilisée pour mesurer les émissions de CO2. Selon ses auteurs, l'outil basé sur l'IA et fondé entre autres par Al Gore sous-estime de 70 % les émissions des voitures dans 260 villes américaines. Un problème qui pourrait peser sur les politiques climatiques bien au-delà des États-Unis.
Climate TRACE, c'est quoi au juste ?
Climate TRACE est une plateforme lancée en 2019 et co-fondée par l'ancien vice-président américain Al Gore. Sa promesse : utiliser l'intelligence artificielle, les images satellite et le machine learning pour mesurer les émissions de CO2 partout dans le monde, sans dépendre des déclarations des États ou des entreprises. Une cinquantaine d'organisations participent au projet, des ONG aux labos de la NASA. Ses données sont aujourd'hui consultées par l'ONU, par des gouvernements, par des villes et par les organisateurs des COP pour suivre la pollution mondiale. En clair, c'est devenu une sorte d'étalon indépendant pour comparer les pays entre eux.
Une étude qui pointe un écart énorme
Sauf que Kevin Gurney, professeur à la Northern Arizona University et auteur principal pour le GIEC, a publié dans Environmental Research Letters une analyse qui remet un peu tout en question. Son équipe a comparé les chiffres de Climate TRACE avec ceux du projet Vulcan, un autre inventaire d'émissions américain calibré sur les données réelles de trafic, de carburant et de comptage routier. Verdict : sur 260 villes américaines en 2021, Climate TRACE sous-estime de 70,4 % en moyenne les émissions des voitures et camions. Indianapolis et Nashville affichent même des écarts de plus de 90 %. La cause ? Un modèle d'IA mal calibré, qui se trompe sur la consommation moyenne des véhicules (20,9 miles par gallon contre 27,2 selon Vulcan) et sur la répartition réelle du parc automobile entre voitures, SUV et utilitaires.
Un problème qui dépasse largement les États-Unis
Pourquoi ça concerne la France et le reste du monde ? Parce que Climate TRACE sert de référence mondiale pour comparer les pays entre eux, alimenter les négociations climatiques et parfois orienter les politiques locales. Si l'outil se trompe à ce point aux États-Unis, il y a peu de chances qu'il soit parfait ailleurs. En pratique, des villes européennes ou des collectivités françaises peuvent s'appuyer sur ces chiffres pour calibrer leurs zones à faibles émissions, justifier des restrictions de circulation ou bâtir leurs objectifs de réduction. Et au niveau international, des écarts pareils pèsent sur la crédibilité même de l'Accord de Paris. De son côté, Climate TRACE conteste l'étude et affirme que ses totaux nationaux collent à l'inventaire officiel américain remis à l'ONU, avec une marge d'erreur revendiquée de seulement 1,4 %.
On en dit quoi ?
C'est fou quand même de voir une plateforme vendue comme la grande référence indépendante du climat se faire épingler pour sous-estimation massive. Surtout quand on nous vend l'IA un peu partout comme la solution miracle pour mesurer la pollution. Le problème, c'est que ces chiffres ne restent pas dans des labos : ils servent à des maires qui veulent réduire le trafic, à des États qui négocient leurs quotas de CO2 et à des journalistes qui font des classements. Si la base est faussée de 70 %, toute la chaîne de décision derrière l'est aussi.