Un look original, des technologies maitrisées et une autonomie correcte, la toute première moto électrique de Royal Enfield semble cocher toutes les cases. Nous avons pu l'essayer sur ses terres en Inde, mais aussi en région parisienne dans le cadre d'un usage au quotidien. Et les (bonnes) surprises ne manquent pas.
Les amateurs connaissent bien Royal Enfield, mais on a rarement l'occasion de vous en parler sur Mac4ever. Le lancement de son premier modèle électrique permet de nous intéresser à cette marque, qui est considérée comme la plus ancienne en termes de production continue. Car Royal Enfield a connu une histoire mouvementée avant de passer sous le pavillon indien. Alors qu'elle fête ses 125 ans cette année, elle ouvre également un nouveau chapitre en lançant une moto électrique.
Baptisée Flying Flea C6 (ou Classic 6, d'autres modèles étant attendus dont un Scrambler d'ici l'année prochaine), c'est un modèle léger et compact qui s'inspire de la Flying Flea qui fut parachutée sur le front en 1942. Un modèle d'un peu plus de 50 kilos qui permis aux soldats britanniques de se déplacer derrière les lignes ennemies, et si besoin de le porter pour franchir des obstacles.
La Flying Flea de 1942
Un style néo-rétro et atypique
La Royal Enfield Flying Flea C6 ne ressemble a aucune autre moto électrique actuellement, surtout en équivalent 125. À la rigueur, la seule qui nous vient à l'esprit est la Maeving RMS1 que nous avions pu essayer l'année dernière. Différence importante entre ces deux modèles, la C6 est livrée avec une selle passager que l'on peut facilement monter ou démonter en quelques minutes. Pour rouler à deux en Maeving il faut passer à la RMS2.
Ceci étant dit, la Royal Enfield Flying Flea C6 réinterpréte le design de son aïeule avec une silhouette extrêmement fine, un poids contenu et un cadre exosquelette en aluminium au sein duquel trône désormais une batterie en plus du moteur électrique en position basse.
Fabriquée dans l'usine de Royal Enfield à Chennai en Inde, dans une zone intégralement dédiée à l'électrique, et dans laquelle sont produits les moteurs et assemblées les batteries, la moto bénéficie d'un niveau de finition élevé. L'usine flambant neuve de Chennai
Les batteries sont assemblées sur place
Les moteurs sont conçus et fabriqués par Royal Enfield
Lors de notre visite, nous avons d'ailleurs pu constater à quel point les contrôles sont réguliers tout au long de la chaîne d'assemblage, mais aussi avant l'expédition.
La chaîne d'assemblage à Chennai
Les motos sont amenées sur des robots autonomes
Les motos sont toutes testées en fin de ligne
Alors oui, certains éléments tels que les garde-boue sont en plastique, mais cela permet de contenir le poids de la moto à seulement 124 kg. Et ça en vaut la peine comme on le verra plus loin.
La Royal Enfield Flying Flea C6 se décline dans trois coloris avec le vert de notre modèle d'essai, le noir très réussi et le blanc (Parachute White) que nous avons pu découvrir lors du lancement à Paris. Chacun ses gouts, mais c'est notre version préférée avec la combinaison du blanc et d'éléments couleur champagne, le tout avec une selle et des poignées assorties en bleu.
Avouez qu'elle en jette en blanc
Equipements, technologies, du jamais vu sur ce segment
Des phares aux clignotants, tout est à LED. Et ce n'est pas tout, Royal Enfield propose un niveau d'équipement inédit sur une moto électrique équivalente à un 125 cm3 thermique.
ABS et Traction Control dans l'angle, modes de conduite, régulateur de vitesse, écran couleur et tactile, boutons rétro-éclairés, fonctions connectées, la liste est longue. Et tout ça pour moins de 6 000 euros, autant dire que la concurrence est totalement larguée.
On connait déjà les systèmes keyless tant pour les voitures que pour les deux-roues (celui de mon Honda Forza 300 est parfois capricieux), mais la Flying Flea C6 pousse le concept encore plus loin. Beaucoup plus loin même car cette moto électrique est carrément livrée sans la moindre clef.
En effet, le VIN est associé au numéro de téléphone du propriétaire, qui pourra démarrer la moto grâce à son smartphone. Plusieurs cas de figure sont possibles avec le déverrouillage à distance via l'application mobile, ou à proximité de la moto grâce au Bluetooth.
Plus de batterie ou vous avez perdu votre smartphone ? Qu'importe, il suffit de composer le code PIN à six chiffres sur l'écran tactile de la moto avant de prendre la route. D'ailleurs on peut aussi définir un autre code afin de prêter la C6 à un ami. Et ça fonctionne parfaitement.
Par contre, on apprécie moins de devoir attendre pour démarrer avec avoir allumé la moto grâce au bouton sur le faux réservoir. Sur une thermique on tourne la clef et c'est parti.
Pour les amateurs, la C6 est équipée d'un haut-parleur qui est dissimulé dans le flanc gauche. Il diffuse un son pseudo futuriste à l'allumage ou quand l'aide au démarrage en côte s'active. Heureusement, il est possible de le désactiver via le menu. Royal Enfield envisage d'ailleurs d'autres usages pour ce haut-parleur via une mise à jour par Internet.
Le haut-parleur dissimulé dans le flanc gauche de la moto
Car la Flying Flea C6 est une moto connectée qui pourra évoluer dans le temps, à l'instar des Tesla par exemple. En attendant, l'application mobile est un modèle du genre avec une interface à la fois jolie et intuitive, qui fournit moult services et informations : niveau de charge de la batterie, localisation, température du système, autonomie restante avec une estimation en fonction du style de conduite, la liste est longue.
Surtout, l'application intègre Google Maps, qui prend en compte l'autonomie de la moto pour vous indiquer si le niveau de batterie suffit pour atteindre la destination choisie. On peut aussi définir plusieurs étapes et ajouter des favoris ou sauvegarder des parcours.
Google Maps est intégré dans l'app Royal Enfield
Mais le meilleur reste la possibilité d'afficher la navigation sur l'écran de la moto. Oubliez les GPS ou support smartphone montés sur un rétroviseur, surtout qu'il ne s'agit pas de navigation Turn By Turn. Non, on a bien droit à une belle carte en couleur, comme sur des grosses routières très haut de gamme ou sur la Can-Am Pulse qu'on avait pu essayer par exemple. Nous avons tout de même déploré un peu de latence au cours des premières minutes d'utilisation. Il faut juste anticiper pour ne rater une intersection en début de parcours.
La navigation directement sur l'écran de la moto
Un chargeur USB type C est intégré dans le rangement sur le dessus du faux réservoir pour éviter de vider la batterie de votre smartphone en même temps que celle de la moto pendant les trajets. Et la C6 est aussi la première moto équipée d'un chargeur sans fil Qi de 15 W. Le berceau est suffisamment grand pour accueillir un iPhone 18 Pro Max qui sera bien maintenu par des éléments en plastique sur les quatre côtés, mais aussi sur le dessus pour éviter d'abimer l'écran.
Par contre impossible d'y ranger un iPhone Duo
Un port USB C est également disponible
À propos d'écran, celui de la Royal Enfield Flying Flea C6 est bien lisible et bénéficie lui aussi d'une interface aussi soignée qu'efficace.
Le tableau de bord
Bien qu'il soit tactile, on préfère utiliser les commandes sur la gauche du guidon avec un pavé directionnel, un bouton OK pour valider et un bouton Home accessible du bout de l'index gauche.
L'écran principal affiche toutes les informations dont on peut avoir besoin avec la vitesse en grand, l'odomètre, le niveau de la batterie et l'autonomie restante en km, le rapport (P, D ou marche arrière), le mode de conduite, sans oublier l'indicateur de contrôle de traction et d'ABS ainsi qu'une horloge. C'est très complet mais pas fouillis pour visualiser les infos en un coup d'oeil tout en roulant.
Différentes rubriques sont ensuite accessibles, y compris en roulant, en poussant le pavé vers les côtés, en bas ou en haut. En vrac, vous pourrez accéder à la navigation, aux prévisions météo, aux futures fonctions de communication avec un intercom, aux trips et aux réglages de la C6.
Cette dernière est équipée d'un régulateur de vitesse et de modes de conduite comme on le verra plus loin. Enfin, Royal Enfield permet même de sélectionner les informations de trajet qui seront affichées. On chipote mais on aurait aimé pouvoir remettre le trip à zéro rapidement et sans passer par le sous menu, par exemple en appuyant longuement sur le bouton OK.
Une moto fun et super facile
Au regard de ses dimensions, la Royal Enfield Flying Flea C6 est plutôt rassurante. Sa finesse et la hauteur de selle de 823 mm permet de poser les deux pieds par terre (C'est Didier qui va être content ). Plus sérieusement, la moto est vraiment accessible que vous débutiez ou que vous soyez expérimenté. Et franchement, tout le monde s'est vraiment amusé au guidon de ce modèle lors des essais presse.
Le moteur de 8 kW (15 kW en pic) délivre ce qu'il faut de puissance pour larguer pratiquement tout ce qui roule au feu vert. Le poids contenu (124 kg) et les 60 Nm de couple font forcément la différence, mais les accélérations restent contrôlées (merci le contrôle de traction qui fonctionne aussi sur l'angle).
Rassurante, même sur les graviers
Autre avantage de ce gabarit, il est aisé de se faufiler dans les embouteillages, un peu comme si on était sur un vélo et malgré les roues de 19 pouces. Attention toutefois à la largeur du guidon et aux rétroviseurs qui, s'ils offrent une bonne vision arrière, imposent d'être vigilant pour ne pas toucher ceux des voitures.
Le sens du détail
À noter aussi que la Flying Flea C6 reste très stable sur voie rapide, car ce n'est pas non plus une moto électrique qui va se retrouver cantonnée aux centres-villes. Ceci étant, la protection est inexistante.
Les suspensions sont bien calibrées et on peut même se permettre d'augmenter le rythme sans craindre de perdre le cap. Très agile dans les enchainements de virages, la moto dispose aussi d'un système de freinage efficace avec un disque de 260 mm à l'avant et 220 mm à l'arrière. Également actif sur l'angle, l'ABS a tendance à intervenir rapidement sur les freinages appuyés à l'arrière.
La suspension avant est originale et efficace
Le disque à l'avant
Et à l'arrière
Mais si vous le souhaitez, vous pouvez aussi transformer le comportement de la Royal Enfield Flying Flea C6 en sélectionnant l'un des modes de conduite avec la molette située sur la gauche du guidon. Notre préféré est clairement le Custom Mode qui autorise un réglage de l'ABS, du contrôle de traction, de la puissance moteur, de la réponse à la poignée et de la récupération d'énergie au freinage (en relâchant la poignée ou en la poussant vers l'avant pour activer manuellement la régénération). Attention, sans ces béquilles électroniques, la moto peut vite afficher un tempérament fougueux mais à réserver au motard expérimenté. À vous de tout régler finement en fonction de vos préférences.
Si vous ne voulez pas vous prendre la tête, vous pouvez aussi sélectionner les autres modes. Le mode City optimise la consommation en ville en bridant légèrement la puissance. Les accélérations et les reprises sont moins vives qu'avec le mode Sport, mais il est tout de même possible de prendre l'autoroute à 90 km/h. Le freinage régénératif permet de légèrement ralentir la C6, mais pas jusqu'à l'arrêt complet. S'il est pour le moment limité à 6 kW, Royal Enfield pourrait éventuellement augmenter sa puissance avec une future mise à jour logicielle.
Sur autoroute, on vous recommande d'utiliser le mode Highway qui limite la régénération afin de garder son élan et contenir la consommation. On peut atteindre une vitesse maximale de 113 km/h tout comme en mode Sport qui libère l'accélération. Enfin, le mode Rain vient brider la puissance et augment la puissance de l'ABS et du contrôle de traction pour rouler sur le mouillé en toute sécurité.
Autonomie, du classique
Pas de batterie amovible pour la Royal Enfield Flying Flea C6 qui embarque un pack lithium-ion de 3,91 kWh. Le constructeur annonce jusqu'à 104 km d'autonomie en usage urbain, et jusqu'à 81 km en péri-urbain. Des valeurs assez proches de celles que nous avons pu relever en roulant en région parisienne, y compris en empruntant un peu l'autoroute (la vitesse est limitée à 90 km/h).
Bien entendu Royal Enfield n'a pas non plus trouvé la formule magique, et ce n'est plus la même histoire si vous roulez sur autoroute à la vitesse maximale. Dans ce cas l'autonomie chutera à 50 km environ, avec un mode tortue qui s'active à 3% avant l’inévitable panne quelques minutes plus tard. Bref, en roulant normalement et sans chercher l'économie non plus, la Royal Enfield Flying Flea C6 devrait donner pleine satisfaction à ceux qui habitent en dehors de centres-villes ou pour une petite balade dominicale. En revanche impossible de l'utiliser pour les longs trajets mais honnêtement vous partez souvent en road trip en 125 cm3 vous ?
On a testé jusqu'au bout du bout
La C6 recharge aussi beaucoup plus vite que ses concurrentes telles que la Maving RM1S ou l'Ultraviolette F77 Mach 2. Son chargeur embarqué accepte une puissance de 2,2 kW, ce qui permet de passer de 20 à 80% de capacité en un peu plus d'une heure, ou de retrouver environ un pourcentage par minute.
Sans surprise, il n'y a pas de connecteur Combo contrairement à la version 125 de la Can-Am Pulse, à la fois trop cher et trop encombrant. En revanche il est possible de recharger la moto simplement avec le câble fourni.
Ce dernier est autrement plus facile à transporter que celui de l'Ultraviolette F77 par exemple, et la trappe peut être verrouillée pour le sécuriser.
Le port de recharge standard
Le câble est sécurisé pendant la recharge
Enfin, on apprécie de pouvoir utiliser un câble standard trois broches en dépannage. Dans ce cas la puissance de recharge est bridée afin d'éviter qu'il surchauffe.
À moins de 6 000 euros, la Royal Enfield Flying Flea C6 met la concurrence à genoux. Certes on peut trouver moins cher sur le segment des motos électriques en équivalent 125, comme par exemple chez VMoto, mais le niveau de finition et surtout l'équipement de série sont incomparables. Plus chères et là aussi moins bien fournies, les Maeving et autres Ultraviolette sont également larguées. Au final, seule la Can-Am Pulse peut rivaliser avec son port Type 2 pour la recharge rapide ou encore l'intégration de d'Apple Carplay. Mais elle est affichée à plus du double. En revanche, l'autonomie peut encore poser problème dans certains cas, mais la C6 n'est pas non plus cantonnée aux centres-villes. Surtout, le câble standard et la puissance de charge plus élevée que la moyenne permettent de s'en sortir assez facilement et de ne pas attendre pendant des heures avant de reprendre la route. Bref, cette Flying Flea est une excellente surprise, vraiment sympa à conduire et dotée de technologies bien utiles. Preuve que le meilleur reste à venir en matière de moto électrique.