L'Union européenne va plafonner les importations de voitures hybrides fabriquées en Chine à 350 000 par an, alors que près de 800 000 étaient attendues sur 2026. L'accord a été négocié directement avec Pékin. Pour MG, BYD et Chery, qui ont fait de l'hybride leur porte d'entrée en Europe, le calcul change complètement.
Un quota négocié à Pékin
Le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic a passé deux jours dans la capitale chinoise avec son homologue Wang Wentao, et les deux camps ont annoncé un accord de principe le 9 octobre, confirmé depuis au Wall Street Journal. Le dispositif prend la forme d'une mesure de sauvegarde, un outil prévu par les règles de l'OMC pour freiner une hausse brutale des importations. Il doit s'appliquer dès le 1er décembre, pour quatre ans, avec un plafond relevé de 6 % chaque année à partir de la deuxième. En échange, la Chine baisse ses droits de douane sur environ 4 milliards d'euros de produits européens, des pièces automobiles à l'huile d'olive, et promet de faciliter les licences d'exportation de terres rares.
Pourquoi viser l'hybride ?
Tout part des surtaxes imposées en octobre 2024 sur les voitures électriques fabriquées en Chine, qui peuvent grimper jusqu'à 45,3 % de droits au total, alors qu'une hybride se contente de 10 %. Les marques chinoises ont donc basculé massivement vers cette motorisation : environ 107 000 hybrides importées en 2024, puis 302 000 en 2025, et la trajectoire de cette année promettait bien pire. Au premier semestre, une hybride rechargeable vendue en Europe sur quatre venait déjà de Chine.
Une mesure déjà contournable
Le quota vise les voitures fabriquées en Chine, peu importe le logo sur le capot, et une hybride assemblée dans l'Union n'entre donc pas dans le calcul. BYD a une bonne raison d'accélérer son usine hongroise de Szeged, qui doit démarrer d'ici la fin de l'année, et Chery prépare l'assemblage de ses Omoda et Jaecoo près de Barcelone. Il reste pourtant des trous dans le dispositif. La Commission n'a pas encore publié le texte réglementaire et personne ne sait comment les 350 000 places seront réparties entre les constructeurs. Quant aux voitures qui arriveraient une fois le quota épuisé, plusieurs responsables évoquent un blocage en douane, sans que rien ne soit tranché. Le plafond de la première année dépasse quand même d'environ 16 % les importations de 2025, la pénurie n'est donc pas pour tout de suite.
On en dit quoi ?
Cette mesure protège d'abord Renault, Dacia et Toyota, qui fabriquent leurs hybrides hors de Chine, et on comprend l'idée après des années de naïveté commerciale. Sauf que c'est le client qui risque de trinquer : si les commandes dépassent le quota, les marques chinoises enverront en priorité leurs modèles les plus rentables, et les prix agressifs qui ont fait leur succès auront moins de raison d'être. Et puis tout le monde connaît la suite, les constructeurs chinois vont accélérer leurs usines européennes, exemptées du quota, avec 1,5 million de voitures produites sur place évoquées pour 2036. Le quota offre un répit à l'industrie européenne, il ne règle pas le fond du problème.