Tout le monde guette le moment où la bulle de l'IA finira par craquer. En Chine, c'est déjà fait. Le STAR50, l'indice qui regroupe les champions locaux de l'IA et des semi-conducteurs, a abandonné 40 % depuis son sommet de juillet, et près de 480 milliards de dollars sont partis en fumée. Les petits porteurs qui rêvaient de robots humanoïdes font maintenant les comptes.
Des valorisations délirantes
Reuters a posé ce diagnostic le 26 octobre. La purge déborde d'ailleurs largement de la tech, puisque les grandes entreprises du pays, toutes activités confondues, reculent de 20 % depuis juin, alors que les valeurs technologiques américaines n'ont cédé que 6 % depuis leur record. Le plus parlant est quand même ailleurs : même après la chute, le STAR50 se paie encore une centaine de fois ses bénéfices passés, contre à peu près 30 pour le Nasdaq 100. Au sommet, ce ratio frôlait les 250. Et d'après Goldman Sachs, l'IA pèse 42 % de la capitalisation boursière chinoise et 57 % des échanges. Personne n'y échappe là-bas.
Unitree dévisse
Pour mesurer l'emballement, regardez Unitree. Le fabricant de robots humanoïdes est arrivé sur le STAR Market le 19 août avec un prix d'introduction de 150 yuans, une demande des particuliers couverte à peu près 8 000 fois, et un titre qui a ouvert à 1 100 yuans. Depuis, l'action a perdu la moitié de sa valeur. Même punition pour Moore Threads et MetaX, les concepteurs de GPU censés remplacer Nvidia, qui avaient bondi de 400 % et 700 % lors de leur introduction avant de voir leur cours divisé par deux. Quant à Zhongji Innolight et Eoptolink, spécialistes des composants optiques, leur dégringolade frôle les 60 %, la faute à Washington qui envisage de les bannir des data centers américains.
Mais que fait Pékin ?
Le pouvoir chinois rêvait pourtant d'une hausse sage, un marché haussier lent dans lequel l'épargne des ménages viendrait financer l'autonomie technologique du pays. Raté. Les autorités avaient pourtant fait la chasse à l'effet de levier et au trading à haute fréquence, et des fonds adossés à l'État sont même allés vendre en plein rallye pour refroidir tout ce petit monde, sans grand succès visiblement. Résultat, l'État rachète à tour de bras. D'après Bloomberg, les fonds indiciels prisés des investisseurs publics ont aspiré 19 milliards de dollars la semaine du 23 octobre, du jamais vu depuis la tempête commerciale d'avril 2025. Ça tombe mal pour DeepSeek. La star chinoise des modèles d'IA vient de boucler une levée d'environ 15 milliards de dollars et préparait justement son arrivée sur ce même STAR Market.
On en dit quoi ?
Alors certes, les marchés américains ne sont pas dans le même délire. Mais quand même : neuf géants de la tech US traînent aujourd'hui plus de dette que les subprimes à leur pic de 2007, et le FMI s'inquiétait justement mi-octobre des montages à crédit qui font tourner toute l'IA américaine. Classer cette purge au rayon des bizarreries chinoises serait donc aller un peu vite. Wang Zhuo, un gérant de Shanghai, a sa formule pour ça : Toutes les bulles finissent par éclater.