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Mémoire LPDDR6 : le chinois CXMT grille la politesse à Samsung et SK Hynix

Par Vincent Lautier - Publié le

Voilà une première qui ne va pas plaire à Séoul. Le 29 août, le fabricant chinois CXMT a confirmé le lancement de la production à grande échelle de ses puces LPDDR6, la nouvelle norme de mémoire vive mobile. Jusqu'à présent, c'étaient les géants coréens Samsung et SK Hynix qui ouvraient le bal à chaque génération. Cette fois, la Chine dégaine la première, et ce n'est pas un hasard.

Mémoire LPDDR6 : le chinois CXMT grille la politesse à Samsung et SK Hynix


Une alliance 100 % chinoise avec Xiaomi



Pour comprendre la manœuvre, il faut regarder qui inaugure cette mémoire. La LPDDR6 de CXMT fera ses débuts dans le Xiaomi 18 Fold attendu en septembre, un téléphone dont le processeur Xring O3 a été conçu par Xiaomi spécifiquement pour en tirer parti, et dont le constructeur se trouve être un investisseur stratégique de CXMT. Autrement dit, la puce mémoire, le processeur et le téléphone sortent tous du même camp, sans passer par Qualcomm ni par Micron. La Chine assemble pièce par pièce un écosystème qui ne doit plus rien aux fournisseurs étrangers, et cette annonce montre que l'écart avec les Coréens fond à vue d'œil malgré les sanctions.

Mémoire LPDDR6 : le chinois CXMT grille la politesse à Samsung et SK Hynix


Des débits en hausse de 48 %, mais un plafond de verre



Sur le terrain des chiffres, la mémoire de CXMT atteint 12,8 Gbps et offre au Xring O3 une bande passante de 113,8 Go/s, en progression de 48 % par rapport à la LPDDR5X. De quoi nourrir l'intelligence artificielle embarquée, ces modèles de langage qui tournent directement sur le téléphone et réclament toujours plus de débit. Sauf que voilà, SK Hynix fait mieux avec 14,4 Gbps sur ses propres puces LPDDR6, et cet écart de 11 % raconte à lui seul toute la géopolitique du secteur. Les Coréens gravent leurs puces avec les machines EUV du néerlandais ASML, que la Chine n'a pas le droit d'acheter, embargo oblige. CXMT se débrouille donc avec la génération de gravure précédente, le DUV, qui touche ici sa limite physique.

Mémoire LPDDR6 : le chinois CXMT grille la politesse à Samsung et SK Hynix


Une production de masse toute relative



Il faut aussi relativiser l'expression production à grande échelle. Un seul appareil est concerné pour le moment, ce Xiaomi 18 Fold estimé entre 200 000 et 300 000 unités, quand Samsung et SK Hynix sortent des dizaines de millions de puces chaque trimestre pour tout le marché Android. CXMT traîne en plus un boulet juridique, sa présence sur la liste noire du Pentagone en tant qu'entreprise militaire chinoise. L'entreprise conteste ce classement en justice, mais il pourrait lui fermer bien des portes hors de Chine.

On en dit quoi ?



Symboliquement, le coup est très réussi. Les Coréens ouvraient le bal des nouvelles normes mémoire depuis des années, et un acteur chinois sous sanctions vient de leur passer devant, ce qui en dit long sur la vitesse de rattrapage de Pékin. Maintenant il faut garder la tête froide. Le volume est confidentiel, les performances sont en retrait sur SK Hynix, et la limite du DUV pèsera de plus en plus sur les prochaines générations. On surveillera surtout le lancement du Xiaomi 18 Fold ce mois-ci, premier vrai test grandeur nature de cette mémoire.