Dans la nuit du 13 au 14 octobre, SpaceX a imposé une limitation de vitesse aux terminaux Starlink utilisés en mouvement en Ukraine. L'armée n'avait pas été prévenue, plusieurs missions ont été perturbées, et un conseiller de Volodymyr Zelensky évoque une décision directement liée au contexte politique. SpaceX, de son côté, n'a fait aucun commentaire.
Un bridage tombé en pleine nuit
C'est Serhii Beskrestnov, dit "Flash", conseiller du président ukrainien pour les technologies radio, qui a donné l'alerte mercredi matin : SpaceX a instauré dans la nuit une limitation de vitesse pour les terminaux Starlink en mouvement. Les antennes grand public plafonnent déjà autour de 160 km/h, une limite trop basse pour certaines missions de drones, et c'est justement pour cette raison que les unités ukrainiennes se sont équipées de Starshield, la déclinaison militaire du service vendue aux armées. D'après les premiers retours du terrain, le plafond imposé à ces terminaux militaires serait d'abord descendu au niveau des antennes classiques, avant d'être resserré autour de 60 à 70 km/h.
Des drones coupés en plein vol
Les conséquences ont été immédiates. Nos forces de défense n'ont pas été prévenues de cette restriction, ce qui a entraîné la perturbation de plusieurs missions, écrit Beskrestnov, alors que des sources militaires ukrainiennes évoquent des vidéos de drones perdant leur connexion en plein vol. Pour un appareil de frappe à longue portée lancé à pleine vitesse au-dessus des lignes russes, un lien satellite qui tombe sans préavis signifie tout simplement la perte de la machine et de la mission. Le conseiller ne croit pas une seconde au hasard et juge que cette mesure ne peut être une coïncidence, en la reliant à la situation politique actuelle.
Des tensions avec Washington
Les relations entre Kiev et l'administration Trump traversent justement une très mauvaise passe. Washington reproche à l'Ukraine ses frappes de drones contre les raffineries russes et aurait menacé ce week-end de bloquer une partie de l'aide militaire. Mardi, Zelensky se plaignait déjà sur Facebook de n'avoir reçu aucun avertissement préalable de ses partenaires avant une attaque russe. Le volontaire Serhii Sternenko, très suivi dans le pays, va plus loin et suggère que SpaceX aurait agi à la demande de la Maison Blanche. Rien ne le prouve pour le moment, mais plus grand monde en Ukraine ne croit à la coïncidence.
On en dit quoi ?
En septembre 2022, Elon Musk avait déjà refusé d'étendre la couverture de Starlink jusqu'aux abords de la Crimée, et les drones navals ukrainiens lancés contre la flotte russe de Sébastopol s'étaient retrouvés sans connexion. À l'époque, le patron de SpaceX avait au moins assumé publiquement son choix. Cette fois, le bridage est arrivé sans un mot, en pleine nuit, au moment où les relations entre Kiev et Washington se tendent sérieusement. Le programme satellite ukrainien UASAT existe, la constellation européenne IRIS2 est promise pour 2030, mais aucun des deux ne remplacera Starlink sur le front avant plusieurs années. Les unités de drones n'ont donc pas d'autre choix que de continuer avec Starshield. Une situation particulièrement délicate donc.