Le divorce entre Elon Musk et OpenAI tourne à la guerre totale. Selon un document déposé vendredi devant un tribunal fédéral, le patron de Tesla et de xAI demande jusqu’à 134 milliards de dollars de dommages à OpenAI et Microsoft, estimant qu’il a droit aux gains obtenus indûment grâce à son soutien initial lors de la création de l’organisation en 2015. Cette somme astronomique pourrait aboutir à un procès très médiatisé dès le printemps.
Quel rôle a joué Elon Musk dans le succès de chatGPT ?
Dans sa requête, Elon Musk aligne une démonstration chiffrée. Il affirme qu’OpenAI aurait tiré entre 65,5 et 109,4 milliards de dollars de bénéfices liés à ses contributions de départ. Microsoft, devenu l’allié industriel et financier majeur d’OpenAI, aurait pour sa part bénéficié de 13,3 à 25,1 milliards de dollars.
Pour appuyer ces montants, le milliardaire s’appuie sur une expertise financière réalisée par l’économiste C. Paul Wazzan, cité dans le dossier. A l’image d’un investisseur très précoce dans une start-up, il estime que sa mise de départ — relativement faible à l’échelle actuelle — devrait lui donner droit à des retours sur investissement démultipliés.
Elon Musk rappelle qu’il aurait contribué à hauteur d’environ 38 millions de dollars, soit 60 % du financement d’amorçage d’OpenAI à ses débuts. Il affirme aussi avoir aidé à recruter des talents, à connecter les fondateurs à des contacts stratégiques et à apporter une crédibilité déterminante au projet au moment où OpenAI n’était qu’un jeune laboratoire. Un des avocats, Steven Molo, résume l’argument dans une formule choc : Sans Elon Musk, il n’y aurait pas d’OpenAI, estimant qu’un expert de premier plan a quantifié la valeur réelle de son implication.
Quelle est la position d'OpenAI ?
En face, OpenAI rejette en bloc. L’entreprise a qualifié la demande peu sérieuse et l’inscrit dans ce qu’elle décrit comme une campagne de harcèlement à son encontre. Microsoft, de son côté, n’a pas répondu dans l’immédiat à Reuters en dehors des heures ouvrées.
Néanmoins, les deux firmes ont également déposé leurs propres conclusions pour contester la méthode de calcul et tenter de limiter ce que l’expert d'Elon Musk pourra présenter au jury. Globalement, elles considèrent l’analyse comme inventée, invérifiable dans une démarche sans précédent : un ex-donateur devenu concurrent qui réclament des milliards de dollars à une organisation à l’origine non lucrative ! Du jamais vu même aux USA...
Qu'en penser ?
Derrière ces chiffres, la bataille est avant tout idéologique et stratégique. Elon Musk, qui a quitté OpenAI en 2018 et dirige aujourd’hui xAI (et son chatbot Grok), accuse OpenAI d’avoir trahi sa mission fondatrice, en se restructurant autour d’un modèle à but lucratif.
Avec un montant réclamé pouvant atteindre 134 milliards, l’offensive d'Elon Musk dépasse largement le cadre d’un litige entre ex-associés. Elle pourrait surtout créer un précédent sur une question centrale pour l’IA moderne ou pour la reconnaissance financière d'un donateur.
Si la justice suit Elon Musk — même partiellement — c’est toute la mécanique économique autour d’OpenAI et de ses partenariats, notamment avec Microsoft, qui pourrait se retrouver sous pression. À l’inverse, si ses demandes sont rejetées, ce procès pourrait aussi apparaître comme un coup de pression juridique dans une rivalité plus large : celle qui oppose désormais OpenAI et xAI dans la course aux modèles.