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En Colombie, une IA au look d'Avatar se présente aux élections législatives

Par Laurence - Publié le

Lors des prochaines élections législatives prévues le 8 mars en Colombie, une candidature pour le moins singulière ne manque pas d'attirer l’attention. Parmi les prétendants à un siège réservé aux communautés indigènes figure une intelligence artificielle. Son nom : Gaitana AI. Mais cette initiative bien réelle interroge autant qu’elle intrigue.

Gaitana IA


Gaitana AI, une candidature symbolique assumée



Contrairement à ce que son apparence pourrait laisser croire, Gaitana AI n’est pas une expérience artistique isolée, ni un simple coup de communication. Elle se présente officiellement comme candidate aux législatives, avec pour objectif de représenter les peuples indigènes, souvent marginalisés dans la vie politique colombienne.

Le choix de son prénom n’est pas anodin. Gaitana renvoie à une figure historique indigène du XVIᵉ siècle, connue pour sa résistance face à l’invasion espagnole. Une référence forte, destinée à ancrer ce projet technologique dans une mémoire collective de lutte et d’émancipation.

Une figure virtuelle très travaillée



Pour découvrir Gaitana AI, il faut se rendre sur son compte Instagram. On y découvre un avatar à l’esthétique futuriste, rappelant clairement l’univers du film Avatar : peau bleue, longs cheveux, vêtements traditionnels revisités.

D’une vidéo à l’autre, les traits de son visage évoluent légèrement, mais l’iconographie reste cohérente : celle d’une femme conquérante, parfois représentée rayonnant au cœur du Parlement dans une mise en scène très scénarisée.

Le message est clair : donner une visibilité nouvelle à des populations historiquement invisibilisées, en s’appuyant sur les codes visuels et narratifs de la technologie.

En Colombie, une IA au look d'Avatar se présente aux élections législatives


Une IA censée voter selon la volonté collective



Les concepteurs du projet insistent sur un point : il ne s’agit pas de promouvoir une vision dystopique, mais bien une technologie au service de l’humain. Si Gaitana AI était élue, ses décisions seraient prises à partir de votes consultatifs de sa base, l’IA se contentant d’agréger et de restituer la volonté collective de ses électeurs.

Selon ses concepteurs, une entité algorithmique serait ainsi mieux placée qu’un humain pour refléter fidèlement les choix de la population, sans biais personnels ni ambitions individuelles.



Qui parlera au nom de l’IA ?



Mais de nombreuses questions demeurent : comment une intelligence artificielle siégerait-elle concrètement à l’assemblée ? En pratique, Gaitana AI pourrait être représentée par son concepteur, Carlos Redondon, ingénieur à l’origine du projet.

Ce dernier affirme que les positions de Gaitana ont été façonnées à partir des discussions de plusieurs milliers d’utilisateurs sur un site web dédié. Une forme de démocratie participative algorithmique, dont les mécanismes précis restent toutefois largement opaques.

Cette candidature s’inscrit dans une tendance plus large, déjà observée ailleurs, consistant à présenter l’IA comme plus objective, plus juste et plus fiable que les responsables politiques traditionnels. Cette promesse est certes séduisante, dans un contexte de défiance croissante envers les institutions démocratiques.

Mais elle soulève aussi de sérieuses inquiétudes. La transparence de la programmation, l’absence de garanties sur l’indépendance du système et la facilité avec laquelle une IA peut être orientée posent question. Derrière l’image d’une décision collective se cache toujours la main de ceux qui conçoivent et contrôlent l’outil.

Qu’en penser ?



Plus qu’une réelle alternative politique, Gaitana AI apparaît comme le symptôme d’une époque marquée par la fascination technologique et la fragilité de la confiance citoyenne. Produit soigneusement marketé, elle bénéficie de l’effet d’autorité de la technologie, capable de faire oublier, au moins temporairement, les zones d’ombre de son fonctionnement.

Qu’elle obtienne ou non un siège, cette candidate de pixels et de code aura au moins réussi une chose : poser frontalement la question de la place que nous sommes prêts à accorder à l’intelligence artificielle dans nos démocraties.