Matt Brittin, l'ancien dirigeant de Google devenu directeur général de la BBC en mai, a raconté qu'on lui avait envoyé un épisode de Doctor Who de 50 minutes entièrement généré par IA, et qu'il l'avait trouvé « plutôt bon ». La petite phrase passe très mal, alors que la chaîne taille 500 millions de livres dans ses budgets et cherche justement le prochain producteur de la série.
Mais qui a fabriqué cet épisode ?
Lors de la convention de la Royal Television Society, à Londres, Matt Brittin a lâché l'anecdote au détour d'une réponse : « Quelqu'un m'a envoyé l'autre jour un épisode de Doctor Who de 50 minutes qui était généré par IA. Il était plutôt bon. » Il n'a pas précisé qui le lui avait fait parvenir, ni si le fameux épisode reprenait le visage des vrais acteurs de la série. Il a quand même ajouté que ça « n'allait pas remplacer les humains », puis enchaîné sur son argument préféré, celui des six milliards de personnes qui auraient maintenant dans leur poche « la capacité de créer du contenu au niveau d'un studio hollywoodien ». Il s'est même dit prêt à diffuser un jour une production pitchée par une IA, avec des garde-fous.
Un ex-Google aux commandes
Brittin a passé plus de dix ans chez Google, où il dirigeait les activités pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique, avant de prendre la tête de la BBC le 18 mai dernier à la suite de la démission de Tim Davie. Il arrive au pire moment, puisque le groupe public doit encaisser un plan d'économies de 500 millions de livres, avec des fermetures de chaînes à la clé. Entendre le grand patron s'enthousiasmer pour un épisode fabriqué par une machine pendant que les équipes comptent les postes supprimés, forcément, ça coince.
Les fans ont déjà donné
Côté Doctor Who, le contexte n'arrange rien. La BBC est en train de choisir le prochain producteur de la série via un appel d'offres dont l'échéance tombe ces jours-ci. Les fans, eux, ont déjà vécu ce genre de sortie. En mars, Russell T Davies, alors showrunner, s'était emballé sur Instagram devant une reconstitution par IA du tout premier épisode de 1963, avec un « Amazing!! » qui lui avait valu une volée de bois vert. Les reproches n'ont pas bougé depuis : des images à la qualité incohérente, et des outils entraînés sur le travail d'artistes qui n'ont jamais touché un centime.
On en dit quoi ?
Qu'un dirigeant trouve une curiosité technique « plutôt bonne », pourquoi pas. Mais quand ce dirigeant est l'ex-numéro un de Google en Europe, qu'il pilote le service public britannique et que sa phrase tombe pile pendant que des producteurs se battent pour décrocher Doctor Who, le message envoyé est quand même assez terrible. Les scénaristes et les comédiens de la série apprécieront.