Un train à grande vitesse ne vit pas sans ateliers, et les Ouigo qui sillonnent l'Espagne n'en possèdent aucun sur place. Le régulateur espagnol a donc contraint la Renfe à ouvrir les siens à la filiale de la SNCF, et cette décision met le feu aux poudres. Le ministre des Transports Oscar Puente accuse les Français de « parasiter » l'outil industriel espagnol, pendant que la Renfe saisit la justice.
Des ateliers au centre de la bagarre
Tout part d'une question d'entretien. Ouigo et l'italien Iryo cassent les prix sur la grande vitesse espagnole depuis la libéralisation du rail, mais leurs rames doivent bien passer en maintenance quelque part. La CNMC, le régulateur de la concurrence, a tranché en les autorisant à utiliser les ateliers de la Renfe, l'opérateur historique. Celui-ci a aussitôt annoncé qu'il contesterait cette obligation devant les tribunaux. Dans un entretien à l'agence Europa Press mi-août, Puente a jugé la décision « inacceptable » et sommé les Français de choisir, investir dans leurs propres installations ou rapatrier leurs trains en France pour l'entretien, comme la Renfe le fait dans l'autre sens avec les siens.
Un réquisitoire contre la libéralisation elle-même
Le ministre ne s'est pas arrêté aux ateliers et a qualifié tout le processus d'ouverture du rail de « trompeur et irréaliste ». Son bilan comptable interpelle. Avant la concurrence, la Renfe gagnait 150 millions d'euros par an et ces bénéfices finançaient les lignes régionales déficitaires. Aujourd'hui, trois opérateurs publics se partagent le marché en perdant 230 millions au total, chacun tenu à bout de bras par son État, et les lignes régionales émargent directement aux impôts des Espagnols.
La SNCF n'est pas la seule visée
Cette rentrée offensive dépasse le rail. Flixbus, qui réclame l'ouverture des lignes de bus interurbaines, s'est vu opposer une fin de non-recevoir. Michael O'Leary, le patron de Ryanair, a eu droit à un traitement plus salé encore lors d'une passe d'armes sur X à propos des redevances aéroportuaires, conclue par un cinglant « Si tu n'aimes pas nos règles, vole ailleurs ». Le protectionnisme assumé est devenu la ligne officielle du ministère.
On en dit quoi ?
Il y a une vraie ironie à voir la SNCF traitée en Espagne comme elle-même considère les concurrents low cost qui débarquent sur ses terres. Sur le fond, le bilan chiffré de Puente mérite examen, un marché où trois acteurs publics creusent des pertes financées par trois contribuables différents pose une vraie question. Mais le calendrier sent aussi la défense du champion national, et les voyageurs espagnols, qui paient leurs billets bien moins cher depuis l'arrivée de la concurrence, apprécieront le débat à sa juste valeur. La bataille juridique de la Renfe contre son propre régulateur dira jusqu'où Madrid est prête à aller.