L’affaire du piratage de l’administration fiscale prend une nouvelle ampleur. Après la confirmation du vol de données concernant 678 000 particuliers et professionnels, la justice s’est saisie du dossier et les investigations ont été confiées à l’Office anticybercriminalité. Une cellule interministérielle de crise doit également se réunir lundi, tandis que les victimes commenceront à être informées individuellement.
UNE ENQUÊTE OUVERTE PAR LE PARQUET DE PARIS
Les conséquences de la cyberattaque contre la Direction générale des finances publiques (DGFiP) continuent de s’accumuler. La section spécialisée dans la cybercriminalité du parquet de Paris a ouvert samedi une enquête sur l’intrusion informatique révélée quelques jours plus tôt par Bercy.
Les investigations ont été confiées à l’Office anticybercriminalité (Ofac). Elles portent notamment sur la récupération illégale d’informations présentes dans un système informatique de l’État contenant des données personnelles. La justice examine également une possible association de malfaiteurs en vue de préparer un délit passible d’au moins cinq années d’emprisonnement.
L’attaque remonte à la fin du mois de juin. L’administration fiscale estime avoir été confrontée à une opération d’un niveau de sophistication supérieur à celles observées précédemment.
QUELLES DONNÉES ONT ÉTÉ VOLÉES ?
La fuite concerne 678 000 usagers, particuliers comme entreprises sont concernés. Pour les contribuables, les informations récupérées comprennent notamment les noms et prénoms, mais aussi le quotient familial, le revenu fiscal de référence et le taux de prélèvement à la source. Un ensemble particulièrement sensible, susceptible de donner beaucoup de crédibilité à de futures tentatives d’escroquerie personnalisées.
Les données relatives aux entreprises seraient moins confidentielles. Elles comprennent notamment le numéro SIREN ainsi que les adresses de l’entreprise ou de son mandataire.
Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques, a néanmoins apporté une précision importante : les informations dérobées ne permettraient pas de se connecter directement à l’espace personnel sécurisé d’Impots.gouv.fr. Le principal risque immédiat se situe donc davantage du côté de l’usurpation d’identité et du phishing.
LES 678 000 USAGERS CONTACTÉS À PARTIR DE LUNDI
Matignon a confirmé que l’information individuelle des personnes et entreprises touchées débutera lundi 17 août. Les messages devront notamment préciser les risques associés à l’incident et les précautions à prendre face à d’éventuelles tentatives d’usurpation d’identité.
Mais le gouvernement veut également comprendre comment une telle intrusion a pu prendre cette ampleur. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué pour lundi après-midi une cellule interministérielle de crise, qu’il présidera en visioconférence sécurisée. Le ministre des Comptes publics David Amiel a parallèlement demandé à l’administration de formuler des propositions pour renforcer les dispositifs existants après cet incident.
UNE NOUVELLE ALERTE SUR LA CYBERSÉCURITÉ DE L’ÉTAT
L’affaire intervient surtout dans un contexte particulièrement chargé. Plusieurs organismes publics français, dont l’ANTS et l’Insee (sans parler de France Travail), ont récemment été confrontés à des incidents informatiques. Selon les données de Surfshark citées autour de cette affaire, 43,4 millions de comptes auraient été compromis en France au cours du seul premier semestre, ce qui placerait le pays au premier rang européen et au deuxième rang mondial.
Qu’en penser ?
L’impossibilité d’utiliser directement les informations volées pour entrer dans les comptes Impots.gouv.fr constitue évidemment un point rassurant. La nature des données récupérées reste néanmoins préoccupante : connaître le revenu fiscal de référence, le quotient familial ou le taux de prélèvement d’une personne permet de construire des messages frauduleux particulièrement convaincants.
Les 678 000 victimes devront donc être particulièrement attentives aux prochains courriels, SMS et appels prétendant provenir de l’administration. Mais l’affaire dépasse désormais largement leur cas individuel : après plusieurs incidents touchant des organismes publics, la capacité de l’État à protéger des bases contenant des millions de données personnelles revient une nouvelle fois au centre des interrogations.