Les fuites de données s’enchaînent au sein des administrations françaises. Après les informations fiscales de 678 000 particuliers et professionnels, la DGFiP doit désormais faire face au piratage de données cadastrales concernant 1,8 million de comptes et au vol d’informations liées aux successions vacantes. Dans le même temps, l’Éducation nationale est à son tour dans la tourmente : ZeroBytes revendique le vol de 43 Go de données, qui pourraient notamment concerner plus de 1,2 million d’élèves. Une accumulation particulièrement préoccupante à quelques semaines de la rentrée.
1,8 MILLION DE COMPTES CONCERNÉS PAR LE CADASTRE
L’ampleur de l’incident touchant les données cadastrales commence à se préciser. Après plusieurs jours d’investigations, la DGFiP évalue désormais à 1,8 million le nombre de comptes concernés par les fichiers compromis. L’attaque aurait été menée le 29 juillet 2026 contre le Serveur Professionnel de Données Cadastrales (SPDC). Le pirate ZeroBytes en avait revendiqué la responsabilité le 13 août, affirmant avoir extrait 252 149 lignes depuis un domaine de la DGFiP (il a aussi reconnu celui de l'éducation nationale dans la foulée).
ZeroBytes affirme que les données dérobées concernent 2 041 778 titulaires. Ce nombre ne signifie toutefois pas que plus de deux millions de personnes différentes sont touchées : un même propriétaire peut apparaître plusieurs fois dans les fichiers s’il possède plusieurs parcelles. De son côté, la DGFiP évoque 1,8 million de comptes concernés. Les deux chiffres ne mesurent donc pas exactement la même chose et ne peuvent être directement comparés.
LES SUCCESSIONS VACANTES ÉGALEMENT TOUCHÉES
Un autre service de la DGFiP vient parallèlement d’être compromis. Cette fois, il s’agit du Portail des successions vacantes, utilisé notamment pour rechercher les successions dont la gestion a été confiée au Domaine. Une vulnérabilité aurait permis d’accéder et dérober certaines informations sans authentification. La faille serait aujourd’hui corrigée, mais la DGFiP reconnaît que des données ont effectivement été dérobées.
Les informations potentiellement concernées sont sensibles : identités, adresses postales et électroniques, dates et lieux de décès, situations matrimoniales ou encore différentes données relatives aux successions et au patrimoine. Le nombre de personnes touchées n’est pour l’instant pas connu.
UNE FUITE MASSIVE QUI POURRAIT CONCERNER PLUS D’UN MILLION D’ÉLÈVES
L’Éducation nationale fait à son tour face à une fuite de données potentiellement massive. Le groupe ZeroBytes affirme avoir aussi récupéré environ 43 Go de données réparties dans près de 2 500 fichiers. L’analyse menée par FrenchBreaches évoque notamment 1,22 million d’élèves distincts, ainsi que des données concernant de nombreux personnels de l’Éducation nationale. Les fichiers contiendraient notamment des noms, dates de naissance, coordonnées, informations scolaires et administratives, voire certaines données disciplinaires. Ces chiffres doivent toutefois rester au conditionnel : leur ampleur n’a pas encore été intégralement confirmée par le ministère.
L’existence d’une intrusion est en revanche bien officielle. Le ministère avait annoncé fin juillet qu’un compte professionnel avait été compromis dans la nuit du 25 juillet, permettant d’accéder à un système consacré à la formation des personnels. À l’époque, il indiquait que cet environnement ne contenait aucune donnée concernant les élèves. Les fichiers désormais revendiqués par ZeroBytes suggèrent donc un périmètre potentiellement beaucoup plus vaste, que les investigations doivent encore confirmer. L’affaire intervient par ailleurs après plusieurs incidents de sécurité ayant déjà touché l’Éducation nationale depuis le début de l’année.
QUI SE CACHE DERRIÈRE ZEROBYTES ?
ZeroBytes se présente comme un duo de pirates français, déjà associé à plusieurs cyberattaques et désormais particulièrement médiatisé après ces derniers vols de données. Contacté par l’AFP via Telegram, à partir de coordonnées publiées sur un forum du dark web spécialisé dans la vente de données volées, le groupe affirme agir principalement pour des motivations financières, sans revendiquer de cause politique ou idéologique particulière.
Le duo assure également avoir déjà vendu une partie des données dérobées au fisc à deux acheteurs pour plusieurs milliers d’euros, tout en continuant à proposer les fichiers à la vente. Une même base pouvant être copiée et revendue plusieurs fois, le nombre d’acquéreurs pourrait donc augmenter. Ces déclarations restent toutefois invérifiables à ce stade, notamment concernant l’identité et la nationalité des pirates, la réalité des transactions et les montants évoqués.
QU’EN PENSER ?
Au-delà du nombre de personnes concernées, c’est l’accumulation de ces incidents en quelques semaines qui devient préoccupante. Données fiscales, cadastrales, successorales, mais aussi informations personnelles et scolaires concernant potentiellement plus d’un million d’élèves : leur nature et leur complémentarité pourraient notamment permettre de construire des tentatives de phishing particulièrement crédibles.
Ces différentes affaires ne concernent pas nécessairement les mêmes systèmes ni les mêmes méthodes d’attaque. Leur succession soulève néanmoins des questions sur les moyens et les protections mis en place par l’État pour sécuriser des bases contenant des millions de données personnelles. Les investigations en cours devront maintenant déterminer l’ampleur exacte de chaque fuite, mais aussi comprendre comment plusieurs services publics ont pu être compromis dans un laps de temps aussi court.