Actualité

Sécurité

Intermarché, Super U : des pirates ont fait fondre les surgelés de 150 magasins

Par Vincent Lautier - Publié le

Près de 150 Intermarché et plusieurs Super U ont retrouvé dimanche matin des rayons frais bons à jeter. Dans la nuit, des pirates avaient modifié les consignes des régulateurs de froid fournis par le danois Danfoss, en poussant certains équipements jusqu'à 50 degrés. La grande distribution française découvre un type d'attaque qu'elle n'avait encore jamais croisé.

Intermarché, Super U : des pirates ont fait fondre les surgelés de 150 magasins


C'est le froid qui a été visé



Pas de caisses bloquées cette fois. Pas de fichiers clients dans la nature non plus. Les pirates se sont attaqués aux boîtiers Danfoss qui pilotent les meubles réfrigérés et les chambres froides de centaines de magasins, des équipements accessibles à distance pour que les techniciens de maintenance n'aient pas à se déplacer au moindre réglage. Dans la nuit de samedi à dimanche, quelqu'un s'est servi de cet accès pour détourner le cycle de dégivrage et pousser la consigne, dans certains cas, jusqu'à 50 degrés. Des congélateurs prévus pour tenir -20 degrés affichaient des valeurs largement positives au petit matin. Des salariés de Leclerc, de Carrefour Market ou de Monoprix décrivent le même scénario, même si ces enseignes n'ont encore rien confirmé.

Intermarché, Super U : des pirates ont fait fondre les surgelés de 150 magasins


Ce sont les surgelés qui payent



La chaîne du froid ne pardonne pas. Une fois les températures remontées pendant plusieurs heures, la viande, les yaourts, les plats traiteur et les glaces partent à la benne, parce qu'aucun magasin ne prendra le risque sanitaire de les remettre en rayon. Un Intermarché de Haguenau, dans le Bas-Rhin, évoque environ 50 000 euros de marchandises détruites. Le Leclerc voisin parle de 220 000 euros. Le patron de Coopérative U Dominique Schelcher a confirmé l'attaque lundi, il la juge inédite et d'une extrême gravité. Une réunion de crise doit maintenant réunir les enseignes, Danfoss et le frigoriste Axima pour chiffrer un bilan national qui s'annonce lourd.

Personne n'a rien réclamé



Aucune rançon n'a été demandée pour le moment. Aucun groupe ne revendique l'opération. Les données des clients et des salariés ne semblent pas avoir bougé non plus, le scénario classique du racket au fichier volé ne colle donc pas. Les premiers recoupements évoquent des régulateurs restés accessibles depuis internet avec des versions logicielles anciennes, une configuration qui n'a hélas rien d'exceptionnel dans le secteur. L'enquête dira si les pirates ont exploité une faille connue de ces boîtiers ou un accès dérobé chez l'équipementier.

On en dit quoi ?



Faire fondre les surgelés de 150 supermarchés sans toucher au moindre serveur des enseignes, il fallait y penser. Jusqu'ici, pirater la grande distribution voulait dire bloquer des caisses ou revendre des fichiers clients. Monter un thermostat se révèle presque pire, puisque des tonnes de nourriture sont parties à la poubelle en quelques heures dans un pays où on demande à tout le monde de ne pas gaspiller. Ces équipements industriels connectés rendent service aux techniciens, c'est entendu, mais un boîtier joignable depuis internet avec un logiciel vieillissant finit toujours par attirer quelqu'un. Danfoss et les enseignes ont du ménage à faire. Et la prochaine fois que vous tombez sur un rayon surgelés bâché, ce ne sera pas forcément une panne.