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Après les supermarchés, des pirates s'attaquent aux frigos de sang de l'EFS

Par Vincent Lautier - Publié le

Dans la nuit du 1er au 2 novembre, des pirates ont pris la main sur le pilotage de chambres froides de l'Établissement français du sang, en passant par Coolworld, un prestataire chargé de leur maintenance. Ces équipements, qui conservent des échantillons de sang et du plasma à -30 °C, ont été reprogrammés pour chauffer, et c'est un technicien de permanence qui a donné l'alerte en pleine nuit.

Après les supermarchés, des pirates s'attaquent aux frigos de sang de l'EFS


Une attaque passée par le prestataire



L'affaire a été révélée par Le Canard enchaîné. Les pirates ne sont pas entrés directement chez l'EFS, ils se sont attaqués à Coolworld, la société qui entretient ses conteneurs de stockage, en particulier en Bourgogne-Franche-Comté. En passant par les installations de supervision qui servent à piloter ces équipements à distance, ils ont modifié la consigne de chambres froides réparties sur trois sites de l'établissement. On parle d'enceintes qui conservent à -30 °C des échantillons de donneurs utilisés pour la veille sanitaire sur la transfusion, et dont la température cible serait passée à 110 °C, de quoi littéralement cuire ce qu'elles contiennent.

Après les supermarchés, des pirates s'attaquent aux frigos de sang de l'EFS


Un technicien de garde a limité la casse



C'est une remontée de température repérée en pleine nuit par un technicien de permanence qui a tout déclenché. L'EFS explique que ses systèmes de surveillance et d'alarme ont permis d'identifier rapidement les anomalies, le ministère de la Santé parle de « zéro conséquence opératoire, car la situation a été repérée », et aucune perte de produits sanguins n'est à déclarer. L'établissement a d'abord évoqué de simples échantillons de veille sanitaire, avant de reconnaître que du plasma congelé destiné à la transfusion était lui aussi concerné. Les poches, y compris celles qui servent à fabriquer des médicaments, ont été transférées ou sécurisées depuis. Il s'en est fallu de peu quand même, un dimanche soir de week-end de la Toussaint, tout reposait sur une astreinte.

Après les supermarchés, des pirates s'attaquent aux frigos de sang de l'EFS


Après les supermarchés, les frigos sanitaires



Des systèmes de froid de supermarchés ont déjà été piratés de cette manière ces derniers mois, en France puis ailleurs en Europe. La recette ne change pas : ces chambres froides se pilotent à distance comme n'importe quel objet connecté, et cette supervision bien pratique pour la maintenance devient une porte d'entrée dès que le prestataire qui la gère se fait pirater. On ne sait pas pour le moment qui est derrière l'attaque, ni ce que cherchaient ses auteurs, et Coolworld n'a rien communiqué publiquement. Mais la cible, elle, change tout : il ne s'agissait plus de voler des données, mais de s'en prendre physiquement à des réserves liées au sang.

On en dit quoi ?



Voler des fichiers pour les revendre, c'est devenu du grand classique. Chauffer à distance des poches de plasma, c'est un niveau au-dessus, et on a du mal à voir ce que les auteurs espéraient en tirer, à part prouver qu'ils pouvaient le faire, et déstabiliser l'état. Cette fois, une alarme et un technicien réveillé au bon moment ont suffi. Mais bon, des équipements de santé pilotables depuis l'extérieur, ça mérite le même niveau de protection que les serveurs qui hébergent nos dossiers médicaux, et on en est visiblement encore loin.