Un jury du Nouveau-Mexique vient d'infliger 375 millions de dollars de dommages et intérêts à Meta pour avoir dissimulé les risques de Facebook et Instagram pour les enfants. C'est la première fois qu'un État américain obtient la condamnation d'un réseau social pour mise en danger des enfants. Mark Zuckerberg a reconnu avoir tardé à agir. Meta fait quand même appel.
375 millions de dollars
Hier, 24 mars, un jury de Santa Fe a tranché : Meta devra verser 375 millions de dollars de dommages et intérêts à l'État du Nouveau-Mexique. Le procureur général Raul Torrez réclamait initialement 2,1 milliards, mais le montant retenu reste colossal. Le jury a estimé que Meta avait enfreint la loi de l'État sur la protection des consommateurs en cachant les dangers de Facebook, Instagram et WhatsApp pour les mineurs. Le Nouveau-Mexique devient le premier État américain à obtenir la condamnation d'un réseau social pour mise en danger d'enfants dans un procès civil.
Ce que le procès a mis en lumière
L'enquête reposait sur une méthode radicale : des agents se sont fait passer pour des enfants sur les réseaux de Meta afin de documenter les sollicitations problématiques qu'ils recevaient. Côté documents internes, un mémo de 2018 révélait que 4 millions de comptes Instagram appartenaient à des enfants de moins de 13 ans dès 2015. À cette époque, 30 % des 10-12 ans américains étaient déjà sur Instagram, et la plateforme ne demandait même pas la date de naissance. Ce contrôle n'a été mis en place qu'en 2019.
Mark Zuckerberg a été auditionné sous serment pendant six heures le 18 février. Il a reconnu avoir tardé à mettre en place des mesures de protection. Et puis il y a point important : en 2015, Zuckerberg fixait un objectif de plus 12 % de temps passé sur Instagram, c'est énorme. Un document interne de 2023 enfonce le clou : seulement 1,1 % des adolescents utilisaient la fonction de temps limite quotidien, et à peine 2 % activaient l'option faites une pause.
Meta fait appel, mais les procès s'accumulent
Précisons quand même que Meta conteste la décision et fait appel, en se disant respectueusement en désaccord avec le verdict. Un autre procès est en cours à Los Angeles, cette fois contre Meta et Google pour YouTube. TikTok et Snapchat, eux, ont préféré trouver un compromis hors tribunal. En juin, un procès fédéral s'ouvrira à Oakland, porté par des districts scolaires américains.
On en dit quoi ?
375 millions, c'est une somme. Mais pour Meta, ça représente à peine quelques jours de chiffre d'affaires. Le vrai coup, il est symbolique. Quand un jury conclut qu'une entreprise a sciemment privilégié ses profits au détriment de la sécurité des enfants, ça laisse des traces. La défense de Zuckerberg, qui reconnaît avoir tardé, est quand même un peu faible face à des documents internes qui pointent un système qui n'avait qu'un but, générer de l'audience.