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Réseaux sociaux : les arguments incroyables de Mark Zuckerberg face à la justice

Par Laurence - Publié le

Confronté à une série de documents internes embarrassants, Mark Zuckerberg a peiné mercredi à défendre Meta devant un jury fédéral à Los Angeles. En jeu : une accusation lourde, selon laquelle Instagram et d’autres réseaux sociaux auraient ciblé sciemment les adolescents, malgré les risques d’addiction et de dommages psychologiques.

Mark Zuckerberg Meta Justice


Un procès aux conséquences majeures pour toute l’industrie



Ce procès, dans lequel YouTube est également mis en cause, est suivi de très près. Il pourrait influencer des milliers de procédures similaires intentées par des familles, des procureurs d’États et des districts scolaires contre les géants des réseaux sociaux.

Rappelons qu'il s’agit de la première comparution de Zuckerberg devant un jury, dans un procès emblématique qui pourrait faire jurisprudence aux États-Unis. TikTok et Snapchat, également visés initialement, ont préféré conclure un accord à l’amiable juste avant l’ouverture du procès, dont les termes n’ont pas été rendus publics.

Meta


Des documents internes au cœur des débats



À la barre, il a répété que les avocats de la partie adverse déforment le sens des communications internes. Pourtant, Mark Lanier, avocat de la plaignante principale identifiée par les initiales K.G.M., a multiplié les preuves : emails, messages et études internes montrant que Meta suivait de près l’usage d’Instagram et Facebook par les adolescents… et même les pré-ados.

Un email de 2019 adressé à Zuckerberg et à plusieurs dirigeants dénonçait notamment des limites d’âge non appliquées, rendant difficile d’affirmer que nous faisons tout notre possible. Le message était signé Nick Clegg, alors responsable des affaires internationales de Meta.

Il a également été cité une étude commandée en 2019 par Instagram à un cabinet extérieur. Celle-ci concluait que de nombreux adolescents se sentaient accros malgré ce que l’application leur fait ressentir, décrivant même une véritable narration d’addiction. Mark Zuckerberg a souligné que l’étude n’avait pas été menée en interne. Son avocat, Paul Schmidt, a insisté sur les aspects positifs relevés par le rapport, présentant ces recherches comme la preuve d’une volonté d’amélioration continue.

Ados, Pré-Ados ?



Autre document délicat : une présentation interne de 2018 se félicitant de la rétention des tweens, ces utilisateurs de moins de 13 ans pourtant officiellement interdits. Mark Zuckerberg a reconnu regretter de ne pas avoir progressé plus vite sur l’identification de ces comptes, tout en affirmant que Meta avait atteint le bon équilibre avec le temps.

Il a également rappelé que les adolescents représentent moins de 1 % des revenus publicitaires du groupe, accusant la partie adverse de sortir certains documents de leur contexte. Il a reconnu qu’à une époque, l’entreprise se focalisait davantage sur les métriques d’engagement, tout en assurant que ce n’était plus le cas aujourd’hui.

Mark Lanier a toutefois présenté plusieurs emails explicites. En 2015, Mark Zuckerberg évoquait parmi ses objectifs annuels une hausse de 12 % du temps passé et la volonté d’inverser la tendance chez les ados. Un autre message interne de 2017 indiquait clairement que Mark a décidé que les adolescents étaient la priorité numéro un.

Meta a mis en avant plusieurs fonctionnalités introduites dès 2018 : limites quotidiennes d’utilisation, alertes de temps passé, désactivation des notifications nocturnes. Problème : selon un document interne cité au procès, seulement 1,1 % des adolescents utilisaient effectivement la limite quotidienne.

Qu'en penser ?



Le procès devrait durer plusieurs semaines, avec le témoignage d’anciens employés de Meta devenus lanceurs d’alerte. En parallèle, 29 procureurs généraux américains demandent déjà des mesures immédiates, comme la suppression de tous les comptes identifiés comme appartenant à des moins de 13 ans.

À l’international, la pression monte aussi. Australie a récemment interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, tandis que le Royaume-Uni, la France, l’Espagne et le Danemark envisagent des restrictions similaires.

Quelles que soient ses conclusions, ce procès marque un tournant : pour la première fois, les dirigeants des réseaux sociaux sont confrontés frontalement, preuves internes à l’appui, à la question de leur responsabilité directe dans la santé mentale des plus jeunes.