Ryan Cohen, PDG de GameStop, a déposé une offre non sollicitée sur eBay à hauteur d'environ 56 milliards de dollars, soit 125 dollars par action dans un montage moitié cash, moitié actions. La nouvelle a fait bondir le titre eBay de près de 12 %, pendant que GameStop grimpait de 4 %.
Un montage financier qui ne s'improvise pas
Sur le papier, l'écart de taille entre les deux entreprises a de quoi faire sourire : GameStop n'est qu'un revendeur de jeux vidéo en perte de vitesse depuis des années, alors qu'eBay est toujours un poids lourd du e-commerce mondial. Le dossier est pourtant sérieux. GameStop a déjà constitué une participation d'environ 5 % au capital d'eBay, sécurisé une lettre d'engagement de 20 milliards de dollars de financement par dette, et compte mobiliser ses 9,4 milliards de dollars de trésorerie pour boucler le reste. Un trésor de guerre hérité en grande partie de l'épisode meme-stock de 2021, quand l'action GameStop avait explosé de manière improbable sous l'impulsion des forums Reddit.
L'objectif : faire de l'ombre à Amazon
Cohen ne cache pas son ambition, qui sont fortes. Il a déclaré au Wall Street Journal vouloir transformer eBay en une entreprise valorisée à plusieurs centaines de milliards de dollars, capable de venir chatouiller Amazon sur le terrain du e-commerce. Pour y arriver, il promet de tailler 2 milliards de dollars de coûts annuels dans les douze mois suivant la clôture, en s'attaquant en priorité au budget marketing d'eBay, qui atteignait 2,4 milliards en 2025 sans réussir à faire grimper la base d'acheteurs actifs (croissance inférieure à 0,75 %). Si la transaction aboutit, Cohen prendrait personnellement les rênes du nouvel ensemble. Et si le conseil d'eBay refuse, il a déjà prévenu qu'il ferait cette proposition directement aux actionnaires.
On en dit quoi ?
Honnêtement ? L'opération a quelque chose de fascinant et de très douteux en même temps. D'un côté, un patron qui a su retourner GameStop avec un sens du timing financier assez rare, et qui a transformé une bulle Reddit en véritable trésor de guerre. De l'autre, un rachat ultra-disproportionné, financé en grande partie par de la dette, sur un actif qui rame depuis dix ans et que ni les précédentes équipes ni les fonds activistes n'ont vraiment réussi à relancer.
Promettre de couper 2 milliards de dollars sans toucher à la croissance, c'est aussi un classique des fusions qui finit rarement très bien. Cohen voit loin, on ne peut pas lui reprocher. Mais entre l'objectif annoncé et la réalité d'un eBay qui n'arrive même plus à recruter de nouveaux acheteurs, le chemin va être très long.