Microsoft vient d'accepter de payer 250 millions de dollars pour mettre fin à un procès lié au rachat d'Activision Blizzard en 2022. Un fonds de pension suédois accusait l'ancien patron Bobby Kotick d'avoir vendu son entreprise en urgence pour échapper aux conséquences du scandale de harcèlement qui secouait alors le studio. Petit rappel des faits pour s'y retrouver.
Retour sur le scandale qui a tout déclenché
C'est en 2021 que tout a commencé. À l'époque, Activision Blizzard (l'éditeur de Call of Duty, World of Warcraft ou Overwatch) est attaqué en justice par l'État de Californie pour ce qu'on a appelé une frat boy culture, soit une culture interne de fraternité étudiante américaine, sexiste et toxique. La plainte fait état d'environ 700 incidents de harcèlement, de discriminations salariales, et de représailles contre les femmes qui osaient se plaindre.
Un article du Wall Street Journal sort dans la foulée et accuse directement le patron Bobby Kotick d'avoir couvert des harceleurs et même menacé de mort une de ses assistantes par messagerie. Les employés se mettent en grève, demandent son départ, et la pression devient ingérable pour l'entreprise.
Bobby Kotick
Microsoft débarque pile au bon moment pour Kotick
En janvier 2022, alors que le scandale fait toujours rage, surprise : Microsoft annonce le rachat d'Activision Blizzard pour 68,7 milliards de dollars, soit 95 dollars l'action. C'est le plus gros deal de toute l'histoire du jeu vidéo. La transaction met près de deux ans à passer les autorités de la concurrence dans le monde entier, et se finalise en octobre 2023. Le problème, c'est que pour un fonds de pension suédois qui détenait des actions Activision, ce rachat express ressemble fort à un sauve-qui-peut.
Sjunde AP-Fonden (AP7, le septième fonds de pension public suédois) estime que Kotick a poussé à vendre vite pour échapper personnellement aux conséquences judiciaires du scandale, quitte à brader son entreprise au passage. Le fonds porte plainte au nom des actionnaires lésés dans la foulée.
250 millions pour faire taire le dossier
Quatre ans plus tard, après une bataille juridique qui devenait franchement embarrassante (Kotick a même contre-attaqué AP7 début 2026 pour abus de procédure), Microsoft a tranché. Plutôt que d'aller au procès et de voir ses cadres et anciens dirigeants d'Activision défiler à la barre avec emails et SMS à l'appui, l'entreprise préfère sortir le chéquier.
Aucune des parties ne reconnaît la moindre faute, comme c'est presque toujours le cas dans ce type d'accord à l'amiable. Concrètement, les anciens actionnaires qui détenaient des titres Activision entre l'annonce du rachat en janvier 2022 et sa finalisation en octobre 2023 toucheront environ 30 cents par action, sous réserve de la validation du juge.
On en dit quoi ?
Pour Microsoft, 250 millions de dollars c'est de la petite monaie, surtout pour s'éviter un procès qui aurait pu sortir des choses très moches du placard d'Activision. Pour les actionnaires, c'est symbolique : 30 cents par titre sur des actions vendues 95 dollars, ça ne va pas changer leur vie. Pour Bobby Kotick, qui aurait empoché environ 400 millions de dollars personnellement lors de la vente, ça reste une excellente affaire. Et pour les employés d'Activision Blizzard, qui étaient les vraies victimes de la frat boy culture, ce règlement ne change en fait strictement rien : Kotick n'a jamais été inquiété à titre personnel, Microsoft a depuis enchaîné les vagues de licenciements dans le studio, et tout le monde passe à autre chose. Mais c'est comme ça aux USA, ou les millions sont facilement dégainés pour étouffer des affaires qui pourrait coûter des milliards en image et en scandale, si elle passaient par une procédure judiciaire plus complète.