La Cour des comptes vient de tirer la sonnette d'alarme sur le calcul quantique. Face aux États-Unis et à la Chine, qui investissent sans commune mesure, la position française est jugée fragile, et le risque de voir nos jeunes pousses rachetées ou cotées à l'étranger est bien réel. Les enjeux de souveraineté, eux, sont présentés comme colossaux.
Une position française fragile
Dans son rapport rendu public cette semaine, la Cour reconnaît que la France est bien partie, avec quelques pépites qui comptent parmi les plus avancées de la planète sur le quantique. Mais elle prévient tout de suite que cette avance ne durera pas sans un vrai coup d'accélérateur. Le plan a mobilisé à peu près 1,8 milliard d'euros entre 2021 et 2025, dont 1,5 milliard d'argent public, et l'État a promis fin mai un milliard de plus pour la période 2026-2030 via France 2030. Le problème, c'est que ces sommes paraissent presque symboliques face aux montants alignés par les Américains et les Chinois.
Le vrai danger, c'est la prédation
Ce qui inquiète surtout la Cour, c'est de voir les champions tricolores partir chercher ailleurs l'argent qu'ils ne trouvent pas ici. Pasqal, l'un des fleurons du secteur, s'est fait coter au Nasdaq américain plutôt qu'à Paris, pour une valorisation autour de deux milliards de dollars. La grenobloise Quobly discute de son côté avec le suisse SEALSQ, prêt à poser près de 200 millions de dollars pour en prendre le contrôle. Et sur les onze sociétés du quantique cotées en Bourse dans le monde, il n'y en a pas une seule d'européenne, ce qui en dit long sur la faiblesse de nos marchés de capitaux.
Ce que la Cour recommande
Du coup, pour éviter que des pépites comme Quandela, Alice & Bob ou C12 ne passent elles aussi sous pavillon étranger, la Cour insiste surtout sur une chose, faire venir beaucoup plus de capitaux privés et bâtir de vrais partenariats européens. Elle compte aussi sur la commande publique, quand l'État achète lui-même des machines pour créer un marché et rassurer les investisseurs, à condition que le soutien tienne dans la durée. Le jeu en vaut la chandelle, puisque ce marché mondial, qui pesait un peu plus d'un milliard d'euros début 2025, pourrait grimper autour de treize milliards d'ici 2035.
On en dit quoi ?
La France est très douée pour faire éclore des technologies de rupture, beaucoup moins pour les financer une fois qu'il faut passer à l'échelle. Le quantique tombe exactement dans ce travers, et tous les milliards publics du monde n'y changeront rien si les investisseurs privés et un marché européen ne prennent pas le relais.