La future interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans semble recueillir un soutien inattendu auprès des premiers concernés. D’après une étude publiée par l’Arcom, près de sept enfants sur dix âgés de 10 à 14 ans estiment que cette mesure est une bonne chose. Si une majorité affirme qu’elle respectera la nouvelle réglementation, une part importante reconnaît déjà envisager des solutions pour continuer à accéder aux plateformes.
Notons que cette enquête a été réalisée quelques semaines avant l’adoption définitive de la loi, dont l’entrée en vigueur est prévue à partir du mois de septembre.
UNE MESURE PLUTÔT BIEN ACCUEILLIE
L’étude, conduite par l’institut CSA pour l’Arcom auprès de 1 012 enfants âgés de 10 à 14 ans, montre que 69 % des répondants considèrent que l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans est une bonne idée.
Selon le président de l’Arcom, Martin Ajdari, les plus jeunes expriment une attente de protection venant des pouvoirs publics, même si certains s’interrogent sur l’efficacité immédiate du dispositif. Cette perception se retrouve également dans les intentions déclarées : 67 % des enfants interrogés indiquent qu’ils respecteront les nouvelles règles lorsqu’elles entreront en application.
UN TIERS CHERCHE DÉJÀ À CONTOURNER LA LOI
Le tableau est toutefois plus nuancé. Près d’un enfant sur trois (33 %) reconnaît qu’il cherchera un moyen de contourner l’interdiction. Parmi eux, la méthode la plus souvent évoquée consiste à déclarer une fausse date de naissance lors de la création d’un compte. Cette solution est citée par 64 % des jeunes concernés, même si son efficacité dépendra des systèmes de vérification d’âge mis en place par les plateformes.
D’autres envisagent de demander l’aide de leurs parents. Et même pire : 27 % des enfants qui prévoient de contourner la loi affirment qu’ils pourraient créer un compte avec leur assistance. Le texte adopté par le Parlement ne prévoit d’ailleurs ni sanction spécifique contre les mineurs qui ne respecteraient pas cette interdiction, ni contre leurs parents.
LE CONTRÔLE DE L’ÂGE RESTE UNE INCONNUE
Cette nouvelle réglementation devrait avoir un impact important. Selon l’étude, 70 % des enfants de 10 à 14 ans disposent déjà d’au moins un compte sur un réseau social ou une plateforme en ligne, comme YouTube. Chez les 10-12 ans, ils sont encore 63 % à déclarer utiliser ces services, alors même que la plupart des plateformes interdisent déjà officiellement l’inscription des moins de 13 ans. Le futur dispositif devra donc composer avec des usages déjà bien installés.
La loi adoptée cette semaine prévoit une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans à compter de septembre, mais elle ne précise pas encore les technologies qui seront utilisées pour vérifier l’âge des utilisateurs. D’autres pays, comme l’Australie, ont déjà recours à différents systèmes de vérification depuis l’entrée en vigueur d’une mesure similaire pour les moins de 16 ans. Certains de ces dispositifs peuvent néanmoins être contournés, notamment grâce à l’utilisation d’un VPN, qui permet de simuler une connexion depuis un autre pays.
Qu’en penser ?
Cette étude montre un paradoxe intéressant : les principaux concernés semblent majoritairement favorables à une limitation de leur propre accès aux réseaux sociaux. Elle révèle aussi que beaucoup d’entre eux sont conscients des risques associés à ces plateformes et voient d’un bon œil l’arrivée d’un cadre plus protecteur.
En revanche, les réponses concernant les moyens de contournement rappellent que l’efficacité de la future loi dépendra largement des mécanismes de vérification de l’âge qui seront finalement retenus. Sans dispositif suffisamment robuste, une partie des jeunes pourrait continuer à accéder aux réseaux sociaux malgré l’interdiction.